Patriotisme...




Shenaz Patel

Le rendez-vous tant attendu des Jeux des Iles de l'Océan Indien a donc débuté avec panache et éclat, vendredi soir. Le public et l'enthousiasme étaient assurément au rendez-vous. Il n'y a pas de doute, ces Jeux galvanisent toute une population, comme le gouvernement et l'équipe du COJI ont su le faire pour assurer la réalisation de ces Jeux, comme Jean-Pierre d'Argent a su le faire pour réunir 1 500 participants au spectacle d'ouverture. Et tout cela appelle autant des compliments qu'une mise en perspective.

Le spectacle d'ouverture nous a ainsi, fort heureusement, permis d'échapper au sempiternel composite cultural show. Il a, hélas, commencé à une heure, 19h40, où le public commençait à se fatiguer, ayant déjà près de trois heures de présence sur les gradins. Sa perception en a nul doute un peu souffert. Certes, ce spectacle avait des failles. Une sono qui ne rendait pas toujours pleinement justice au texte de liaison. Un côté peut-être un peu trop éclaté et diffus, avec une action qui était partout, au point d'éparpiller parfois le regard et l'attention.

Mais il y avait une magie et une féerie indéniables dans ce spectacle (grandement servi par ses éclairages, eux, réussis) et une émotion très sensible à certains moments, par exemple dans ce duo entre le chorégraphe Claud-Paul Henry et Eva Dalais pour symboliser l'harmonie apprivoisée et retrouvée. Et l'on ne peut rester indifférent au message d'harmonie et d'unité que véhicule ce conte écrit par Carl de Souza, autour de la naissance d'une île, d'un équilibre naturel perturbé voire saccagé par les humains, mais finalement sauvé par une prise de conscience qui survient à propos.

Certains ont pu dire qu'il manquait, à ce spectacle, un côté plus "mauricien", plus "îlien". Il est quelque part vrai que cette réalisation était fort belle et appréciable du point de vue esthétique, mais pas forcément de nature à susciter un enthousiasme débordant. Mais il y avait, pour l'ambiance, le Séga des Jeux de Abel-Poonoosamy-Cassiya, qui n'a pas manqué de mettre du rythme et de l'allant.

Si ce spectacle d'ouverture s'inscrit dans une certaine universalité, celle-ci est loin d'être neutre ou passe-partout, se nourrissant des divers apports que nous pouvons choisir, ici, de conjuguer. On y trouve ainsi des sat maron rebelles qui font bien partie du bestiaire et de l'imaginaire de nos îles.

Très intéressante se révèle aussi, à ce titre, la musique composée pour ce spectacle par Kabir Gobin. Ce jeune homme est né et a grandi à Maurice, il a vingt ans, et son élan créatif témoigne bien, au fond, de ce que peuvent être l'identité, l'imaginaire et l'expression d'un jeune Mauricien d'aujourd'hui. Pas un de ceux qui se sentent obligés de faire du "collage", de la juxtaposition, de signaler de façon distincte ses divers "héritages", mais qui se sentent totalement libres de s'en emparer, d'en retenir certaines choses, d'en mettre de côté d'autres, pour recréer à partir de là des sensations et des expressions neuves. Le résultat, c'est cette musique ample, profonde, puissante, dont certaines scansions, bien écoutées, laissent transparaître le travail sur diverses influences de manière très subtile. Peut-être l'attitude, plus libre, d'une nouvelle génération de Mauriciens, d'une nouvelle génération d'îliens.

Paradoxalement, on ne peut s'empêcher de relever que cette cérémonie d'ouverture aura aussi été l'occasion de l'expression d'un certain chauvinisme. Très discutable se révèle le choix du présentateur de service d'appeler le public à scander, à plusieurs reprises, "Allez Maurice". Nous n'étions pas dans une des compétitions des Jeux, en train de soutenir notre équipe, notre pays, mais à la cérémonie d'ouverture des Jeux des Iles de l'Océan Indien, impliquant l'accueil et la participation des délégations de toutes les îles de la région.

Il ne faut pas se leurrer: derrière le "patriotisme" invoqué à satiété, il y a aussi, beaucoup, un esprit de compétition qui anime la population locale. Il y a indéniablement, dans le sport, des valeurs extrêmement fortes et positives d'effort, d'abnégation, d'endurance, de dépassement de soi, qui ne peuvent que servir à nous inspirer de façon bénéfique. Mais il faudrait sans doute se garder de prendre le fameux "esprit sportif" pour une panacée. Certaines réactions vives, hier après-midi, lors du match de foot au Stade George V, rappellent que par esprit de "patriotisme", en attachant la fierté de leur pays à une victoire sportive, certains sont parfois prêts à aller jusqu'à des gestes susceptibles d'entacher l'honneur de ce même pays. C'est bien dans le sport que sont apparus les hooligans britanniques. Dans un autre registre, la réaction comorienne très outrée vendredi après-midi, autour de l'absence de leur drapeau dans l'enceinte du Stade Anjalay, a bien failli entacher la cérémonie d'ouverture. Cela, même si les Comoriens reconnaissent eux-mêmes que Maurice a toujours agi comme un de leurs grands pays amis. La fierté exigeante du drapeau aurait pu avoir ici des conséquences très dommageables pour les Jeux.

Les Mauriciens ont vibré à l'unisson quand Judex Lefou et Sultan Beeharry ont remporté leurs médailles d'or en 1985. Mais cela n'a pas forcément fait de ces mêmes Mauriciens des gens plus unis une fois les Jeux terminés.

Les Jeux des Iles ont un temps, et il importe que l'on profite pleinement de cet élan pour construire la suite. En sachant bien que ce n'est pas le patriotisme mais l'enthousiasme qui se crée dans les stades, et qu'il nous reviendra ensuite de capitaliser sur cet enthousiasme pour construire le patriotisme voulu, davantage une course de fond qu'une épreuve de rapidité, fut-elle de dix jours…

  

L’émotion est palpable. Quelque chose de grand se prépare. La musique de la flamme, signée Kabir Gobin, rend l’instant encore plus intense.

 

 

WEEK-END

Dimanche 31 Août 2003

 

 

 

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Last Updated on Friday, September 05, 2003