Entrons dans la danse ...

 

Sans doute peut-on penser que tous les bonheurs ne peuvent pas arriver en même temps. Après une cérémonie d'ouverture des sixième Jeux des îles de l'océan Indien qui fut très largement à la hauteur de nos attentes, un podium de Stephan Buckland nous aurait assommés de bonheur. Et, avouons-le, nous étions tous un peu tristes après ces quelque 20 secondes dont au moins quinze nous laissèrent croire que le rêve se réalisait devant nos yeux. Mais relativisons quand même ce réveil : notre champion est cinquième mondial, à trois centièmes de secondes du médaillé de bronze, après une arrivée dans un mouchoir. Par ailleurs, outre de battre l'Américain Joshua Johnson, Buckland est le meilleur africain de cette finale, devançant le très grand Frankie Fredericks, ce qui confirme bien le sentiment qu'il incombe à notre Stephan d'hériter de l'aura continentale de cet athlète de légende qu'a été le prince namibien du 200 mètres. Septième à Edmonton, Buckland était cinquième hier et l'année prochaine, à Pékin, aux Jeux Olympiques, l'heure de la consécration aura peut-être sonné. En attendant, c'est face à leur public mauricien, aux présents Jeux des îles, que Buckland et Milazar seront à nouveau en action. Et même s'ils devaient courir uniquement contre eux-mêmes, nous savons déjà qu'ils nous réservent bien des émotions.

Ravi Yerrigadoo tenaient des propos de brûlante actualité lorsqu'il déclarait, hier, à la cérémonie d'ouverture des jeux : " Depuis les premiers JIOI de 1979, le niveau de performance de nos athlètes n'a cessé de progresser. Aujourd'hui, les îles de l'océan Indien peuvent se féliciter de l'émergence d'athlètes ayant accédé au gotha du sport international ". Oh combien !

Avant les compétitions, avant la pure émotion que procure cette mystérieuse alchimie du mental et du musculaire qui fait les champions, sans doute importait-il, pour Maurice, hier, de ne pas rater la cérémonie d'ouverture, ce pour quoi, notamment à l'occasion des Jeux Olympiques, les pays hôtes mobilisent des créateurs reconnus et ne lésinent sur les moyens pour cette grande célébration symbolique censée dire l'identité de la nation qui reçoit. Hier, il y eut bien quelques fausses notes - l'incident ayant irrité nos invités comoriens, un animateur/présentateur qui courut le risque d'être perçu comme le cheer leader de l'équipe de Maurice, les motos et les Momo trop pressés d'entrer en piste, nos deux capitaines commençant à donner lecture du serment des juges et arbitres mais, même si on aurait préféré une mécanique mieux huilée, la partie précédant le spectacle est surtout tributaire d'un format protocolaire. Il a été suivi et il n'y a, sans doute, pas grand-chose à en dire de plus.

Le spectacle, lui, fut l'occasion de mesurer le chemin que nous avons parcouru, en matière d'apprivoisement d'une esthétique lisible par tous les Mauriciens, depuis le temps où, quelle que soit l'occasion, on ressortait le même Composite Cultural Show. Si certains des tableaux du spectacle de Jean-Pierre d'Argent touchaient surtout par leur fraîcheur et par l'enthousiasme plus qu'apparent des enfants qui s'y donnaient à cœur joie, force est d'admettre que les derniers tableaux furent de réels moments de plaisir artistique à l'état pur, le travail du chorégraphe épousant avec bonheur la fabuleuse musique du jeune Kabir Gobin.

Pour avoir rendu compte du travail de création musicale mis en œuvre par cet ancien élève de l'école internationale Le Bocage dans le cadre de son baccalauréat, Le Mauricien peut avoir le sentiment qu'il ne s'était pas beaucoup trompé. Nous écrivions, en effet, le 24 mai 2001, que cet itinéraire académique permettant de valider les dons musicaux exceptionnels d'un jeune illustrait un des arguments du débat sur la réforme de l'éducation, en l'occurrence la nécessité d'une pédagogie appropriée au réel développement des talents.

Alors que le Stade Anjalay était, hier, tenu par la profondeur de ce compositeur d'à peine 20 ans, on pouvait aussi avoir le sentiment, stimulant en l'occurrence, que Kabir Gobin est également le reflet de sa génération. Ce n'est plus celle qui croyait faire la fusion de nos divers héritages en faisant résonner simultanément un tabla et un triangle. Ces mutants-là sont plus profonds. En effet, nous voulons croire que ce n'est pas la seule ressemblance des chorégraphies finales de Claud-Paul Henry avec celle imaginée par Maurice Béjart pour Jorge Donn sur le Boléro de Ravel dans le film Les uns et les autres de Claude Lelouch qui procure le sentiment que la musique de Kabir Gobin est soutenue par une tension comparable à celle de Maurice Ravel. Avec des sonorités qui nous viennent de nos divers héritages. Cette musique dit peut-être notre projet culturel. Pour des jeux qui disent ce que nous espérons être à côté de nos voisins. Et avec eux.

Le Mauricien

Samedi - 30 Août 2003

 
         
         
 
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Last Updated on Friday, September 05, 2003