La bêtise politique
de diffamer Mgr Piat

p.5foto1

Nous sommes un bon nombre de Mauriciens à être stupéfaits d'entendre plusieurs personnes s'en prendre à Mgr Maurice Piat, sous prétexte qu'il n'aurait pas bêlé à l'unisson avec l'opposition syndico-politique, plus démagogue que jamais. De la part de certains leaders, habitués à vilipender tous ceux qui ne braient pas les mêmes refrains démagogues qu'eux, cela ne surprend guère. Mais que d'autres, que le fait d'appartenir, désormais, à un énième front commun ou plate-forme d'opposition, aussi éphémère qu'insignifiant, monte peut-être à la tête, le fassent, voilà qui dépasse tristement l'entendement. Dis-moi où est ton cœur (mauve) et je te dirai qui tu es ?

De quel péché, sans doute capital, accuse-t-on un Maurice Piat qui doit s'y connaître plus que nous en matière de frais d'examens de SC et de HSC ? Il confie un avis personnel à la presse et confesse sa stupéfaction au sujet du moratoire réclamé par le BEC, concernant la suppression des subsides gouvernementaux de 50% des frais d'examens de SC et de HSC. Une certaine opinion publique le condamne à porter désormais l'étiquette infamante : «Mgr Piat roule pour Navin Ramgoolam».

Nuances

Cela appelle plusieurs nuances. En tant qu'évêque de Port Louis, Mgr Piat a finalement le dernier mot sur toute institution diocésaine. Cela ne l'empêche pas de déléguer généreusement une partie de ses pouvoirs, quitte à brandir sa crosse quand il juge que son délégué fait ou dit quelque chose qu'il n'estime pas devoir avaliser ni encore moins avaler.

Cela signifie-t-il que la nouvelle directrice du BEC pèche, à son tour, en s'alignant sur un moratoire réclamé, de façon bien compréhensible, par bon nombre de parents ? Certains d'entre eux, même s'ils se prévalent d'un salaire mensuel de plus de quatre chiffres, peuvent avoir des difficultés à trouver les quatre ou cinq mille roupies additionnelles qu'ils espéraient que l'Etat-Providence, ou plus exactement l'ensemble des contribuables, paieraient à leur place. Un moratoire fait partie de la panoplie de faux-fuyants, de solutions de facilité pour ne pas perdre la face, pour rester à la fois mi-lard, mi-cochon. A accepter à la grande rigueur, en se pinçant le nez, à la condition expresse que cela restaure au moins la paix sociale.

Ineptie

Comparer la réprobation épiscopale à une décision examinée et approuvée par le Conseil des ministres relève de l'ineptie. Cela prouve seulement que notre évêque se mêle le moins possible des affaires courantes de ses institutions diocésaines et n'intervient, pas même ex cathedra, quand cela lui apparaît nécessaire. Il aurait pu quand même faire savoir privément, à qui de droit, que la demande de moratoire lui reste personnellement à la gorge, à charge pour le responsable de rectifier le tir à la première occasion.

Nos journaux rapportent que Mgr Piat donne son avis personnel sur la question du moratoire. Là encore, il nous faut des précisions sur les circonstances de cette confidence épiscopale. Le ton et la manière font que d'autres journalistes, dans le même cas, auraient compris qu'il peut s'agir d'un aveu fait off record et pas destiné à être diffusé avec tant d'accent.

Les imbéciles, osant accuser Mgr Maurice Piat d'être pour le gouvernement de Navin Ramgoolam, n'ont-ils pas assez d'intelligence pour comprendre que c'est le plus grand service qu'il peut lui rendre ? Que risque-t-il dans tout çà ? Que Navin Ramgoolam se mette à croire tout de go à l'exactitude de la démagogie politico-

syndicale et considère que Mgr Piat a viré sa cuti politique et qu'il deviendra son thuriféraire attitré. Que peut peser l'accusation gratuite, à l'effet que Mgr Piat serait devenu un Ramgoolamiste enragé, comparée aux classeurs dans lesquels sont rangés, au PMO, tous les rapports de police et autres lettres anonymes accusant l'évêque de Port Louis, ou l'un de ses prêtres, d'avoir pris position contre le gouvernement en place ?

Question fondamentale

Demeure la question fondamentale à laquelle se réfère notre évêque. Il s'agit du bon usage d'un Etat-Providence bien compris. Cela veut dire un Welfare State privilégiant les plus pauvres d'entre nous et seulement les vrais pauvres, sans hypothéquer la création d'emplois productifs, ni menacer l'équilibre de l'économie nationale.

Cela signifie venir en aide, à 100% au besoin, seulement aux plus pauvres d'entre nous. Ceux-là, et plus particulièrement les enfants et les moins jeunes dans le besoin, entièrement ou partiellement, pris en charge, l'Etat-Providence peut alors accorder une aide graduée à ceux qui sont partiellement ou temporairement dans le besoin. Cette assistance publique coûte cher aux contribuables et ne doit jamais être gaspillée pour ne pas démotiver ni encourager la paresse. Un système d'assistance sociale doit être mis en place, avec enquêtes sur le terrain, pour vérifier que des paresseux ne se déguisent pas frauduleusement en pauvres. Cette enquête sur le terrain peut s'enrichir des observations de la police, des collectivités locales, du corps enseignant, des forces vives, des autorités religieuses d'une localité donnée. Elle doit être révisée régulièrement. Naturellement tout refus d'un chef de famille dans le besoin d'accepter le premier emploi offert peut remettre en question l'aide publique qui lui est consentie. Celle-ci peut être graduée de 100 à 10% selon les cas. Elle peut être accordée en permanence ou sur une base temporaire et même être supprimée, s'il est prouvé qu'on a affaire, non pas à un cas méritoire, mais à un vulgaire parasite. Cette assistance publique ne pénalisera jamais un enfant ou un vieillard en raison d'un incorrigible tire-au-flanc, comme elle ne permettra pas à celui-ci de profiter indûment de l'aide publique accordée à ceux-là.

Trahison

La démagogie politico-syndicale aura parfaitement raison d'accuser le gouvernement de Navin Ramgoolam d'avoir ignominieusement trahi cette juste conception de ce que doit être un Etat-Providence digne de ce nom, en promettant et en offrant, dans la pagaille que l'on sait, le transport gratuit à tous les élèves et vieux, riches et pauvres compris, pour soigner tristement sa popularité avant et après les élections du 5 juillet 2005, ce qui rend si amère la pilule de la brutale suppression des subsides de 50% des frais d'examens de SC et de HSC.

Nous nous arrêtons, ici, car il ne s'agit plus du procès intenté à Mgr Piat mais bien celui de Navin Ramgoolam et de son gouvernement qui commence. Ne confondons surtout pas les serviettes épiscopales avec les torchons gouvernementaux et donner ainsi raison à ceux qui accusent Mgr Piat d'arborer le rouge en plein carême.

Yvan Martial

retour