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Sergent Barlen Munusami : «Imprudence durant les cyclones : éducation et répression vont de pair»

Un groupe de jeunes qui, en plein avertissement III, partent pour «admirer» les vagues à Montagne-Jacquot. Une sortie qui s'avère fatale pour l'un d'eux. Un père de famille qui, sitôt la levée des avertissements, enfourche la moto, avec un ami, pour constater ici et là les ravages de Gamede. Des jeunes qui font de l'aquaplaning dans un canal à Marie-Reine-de-la-Paix. D'autres, encore, qui sortent pour surfer sur les belles vagues de Tamarin... L'inconscience est là. Dangereuse. Le point avec le sergent Barlen Munusami:

Quels sont les types d'imprudence constatés durant le passage du cyclone Gamede ?

Les imprudences sont nombreuses. Cela va des gens qui se déplacent pour aller regarder les cours d'eau qui débordent en passant par ceux qui vont à la plage pour apprécier les vagues ou qui s'adonnent à des parties de foot sur le chemin, dans de l'eau qui dégringole avec force, en passant par ceux qui s'organisent pour des parties de pêche dans des rivières/digues en crue. Je constate une grande négligence des parents concernant la supervision de leurs enfants. Mais à dire vrai, les négligences ne se limitent pas qu'au passage du cyclone.

Que voulez-vous dire ?

Que l'enlèvement des avertissements cycloniques ne veut pas pour autant dire que les dangers cycloniques sont choses du passé. C'est paradoxal : les dangers postcyclone s'avèrent tout autant nombreux, surtout sur la route. A cause de panneaux de direction qui sont, soit, tombés soit changé de direction. Des carrefours qui ne sont plus réglementés par des feux de signalisation ou parce que les phases ont été déréglées. Des branchages, entassés en bordure de route, qui obligent à des écarts brusques et intempestifs... Dans pareil cas, nous recommandons fortement la conduite défensive.

Quelles peuvent être les conséquences
de ces imprudences dont vous avez fait état ?

Braver le mauvais temps accroît définitivement les risques d'accidents. Par exemple, lors du passage de Gamede, un camion a heurté, à Vacoas, un pylône électrique. Une voiture s'est, elle, retrouvée immobilisée dans des accumulations

d'eau à Wootun... Mais les risques peuvent être plus graves, allant jusqu'à entraîner la mort. L'actualité récente en a d'ailleurs fait état.

Les risques sont aussi accrus pour les secouristes: policiers, gardes-côtes, ambulanciers... Certes, l'essence de leur profession est de sauver les vies. Mais quel gâchis en termes de ressources humaines et financières, car si les gens avaient au préalable pris leurs précautions et respecté les consignes des professionnels... Moins de gens sur la route, moins d'imprudence égalent moins de possibilité de mettre à la fois sa vie et celle des secouristes en danger en réduisant grandement les perspectives d'intervention.

Que dit la loi au sujet de ces imprudences ?

Le Road Traffic Act reste assez silencieuse ; la loi ne stipule aucune part qu'il est interdit de prendre sa voiture en cas de mauvais temps. Notre consigne dans ce sens repose sur deux raisons : d'abord, il s'agit avant tout d'une logique sécuritaire ; et, ensuite, les polices d'assurance n'offrent pas de couverture en période cyclonique.

Comment mettre frein à de telles attitudes et ramener les Mauriciens à davantage de raison ?

Nous répétons à longueur de journée les consignes de sécurité. Pendant le cyclone, la police, les gardes-côtes, les ambulanciers ont été à pied d'œuvre. Par exemple, en début de semaine, Lyndsay Myrtil, de la Police Press Office, est intervenu sur les ondes, décourageant le public à s'aventurer en mer ; les vagues donnant dans les deux mètres de hauteur. Il faut que les Mauriciens écoutent et mettent en pratique nos conseils.

Toutefois, je reconnais qu'il est difficile pour certains de changer d'attitude. Some need a life-time ! Pour ma part, l'éducation et la répression vont de pair. Et je pense que tôt ou tard, il faudra un projet de loi pour empêcher le déplacement des téméraires, des inconscients, en période cyclonique. Ce, non avec l'intention de punir, mais par respect pour la vie : des victimes potentielles et des secouristes.

Danièle Babooram


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