Francine Moutou

Mère courage au service de la société

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Marquée par les souffrances de la vie qui ont forgé son caractère, Francine Moutou souhaite, à travers son combat comme travailleur social, donner aux autres les chances qu'elle n'a pas eues afin qu'ils n'éprouvent pas les mêmes regrets qu'elle. L'éducation est son cheval de bataille.

Mariée et mère de deux enfants, Francine Moutou est employée comme Liaison Officer à l'école Espitalier-Noël de Cité-Mangalkhan, institution où elle a enseigné la catéchèse pendant de longues années et où elle a occupé le poste de présidente de la PTA pendant neuf ans. Ce qui l'a amenée à connaître les familles habitant son quartier. Petit à petit, constatant les problèmes des enfants et de leurs familles, elle s'est lancée dans le travail social.

«A l'école, je voyais que les enfants n'arrivaient pas à lire correctement, bien que scolarisés dès l'âge de cinq ans et qu'ayant passé six années à l'école, ils quittaient l'école sur un échec. Cela m'a interpellée, c'était une situation que je n'arrivais pas à comprendre. C'est ainsi que j'ai «basculé» dans le travail social». Face à cette situation, elle a eu le courage d'espérer, pour reprendre le titre de la lettre de carême 2007 de Mgr Maurice E. Piat, pour épauler les personnes en difficulté et cheminer avec eux.

Connaître les gens

En tant que Liaison Officer, elle a eu la possibilité de rencontrer les parents et s'enquérir de l'absence des enfants à l'école. Ce qui lui a permis de connaître beaucoup de choses et de comprendre les divers problèmes que les gens rencontrent. Et d'essayer de trouver des solutions avec eux. «Quand j'enseignais la catéchèse, j'ai appris à rencontrer le Christ à travers ce que je faisais. J'ai appris que les pauvres sont proches de Jésus et mes pauvres à moi ce sont ceux qui ont des difficultés dans leur éducation.» Malgré leur «pauvreté», Francine Moutou dit recevoir beaucoup de richesses d'eux.

«Le travail social m'a amenée à rencontrer des familles avec toutes sortes de difficultés, qui souffrent de différents fléaux sociaux comme la drogue et le VIH/sida.» Cela ne l'effraie pas de les rencontrer et il y a un respect mutuel entre eux. «Je ne suis pas là pour les juger ; mon rôle à moi, c'est de les aider simplement.» Pour cela, elle a suivi des cours au Centre de solidarité et chez Pils.

Il y a trois ans, elle a aussi fait la rencontre de l'Ecole de solidarité pour la justice (ESJ) et de l'Ecole complémentaire. Avec Jean-Noël Adolphe, elle s'est engagée à regrouper des volontaires pour être éclaireurs au sein de l'Ecole complémentaire. Leur mission est d'aller à la rencontre des parents et de les inciter à envoyer leurs enfants suivre des cours de rattrapage gratuits afin d'améliorer leur performance. Le taux d'échec aux examens du CPE est élevé et l'école primaire fait partie des institutions de la Zone d'éducation prioritaire (ZEP).

Accompagnement scolaire

Avec une soixantaine de volontaires, elle dispense des cours de rattrapage à raison de deux heures par semaine aux 350 élèves de Cité-Mangalkhan inscrits à l'école complémentaire. Francine Moutou précise que ce ne sont pas des leçons particulières qui sont données aux élèves, mais «un accompagnement scolaire dans les matières où ils éprouvent des difficultés».

Etre mère de famille et donner du temps au travail social n'est pas un obstacle pour Francine Moutou. «C'est vrai que cela prend beaucoup de mon temps. Quand on est travailleur social, on est souvent submergé et je suis sollicitée à n'importe quelle heure. C'est comme un service 24h sur 24. Mais je fais

l'effort de prendre autant de temps que possible pour ma famille. Mes enfants sont scolarisés et je dois m'occuper d'eux, car ils ont aussi besoin de moi. Cela, bien que je doive participer à des réunions presque quotidiennement.»

Si elle arrive à s'engager pleinement dans ces activités sociales, c'est qu'elle a l'appui de sa famille, qui l'encourage. Son mari l'accompagne bien souvent quand elle doit rentrer tard, même s'il ne s'est pas engagé dans la même voie qu'elle. Le week-end est sacré pour Francine Moutou, qui le réserve aux membres de sa famille. Néanmoins, ils sont habitués à cette situation et ils l'encouragent dans ce qu'elle fait. «Il y a une grande collaboration», lâche-t-elle.

Evénement formateur

Bien qu'ayant étudié jusqu'à la Form IV pour cause de difficultés financières à la suite du décès de sa mère, Francine Moutou n'a pas reculé devant l'invitation de suivre des cours de leadership social initiés par l'Ecole de solidarité pour la justice. «Je me suis toujours dit qu'il me fallait suivre des sessions de formation. Ce que j'ai eu dans les cours de leadership social m'aide aujourd'hui à mieux faire mon travail sur le terrain.»

Très appliquée, elle a eu son certificat l'an dernier après deux ans de formation comprenant divers modules, dont l'enseignement social de l'Eglise et animation de groupe. «Je ne pensais pas que j'allais être à la hauteur. Je me suis laissé porter par les encouragements de Jean-Noël Adolphe et des membres de ma famille, qui me poussent maintenant à faire mon GCE O Level. Je vais tout faire pour l'obtenir et je me dis qu'il n'est jamais trop tard.» Tout le monde chez elle l'encourage, plus particulièrement sa fille, qui la guide dans le choix des matières. «C'est un défi personnel que je me suis lancé.»

Enfance difficile

Le décès de sa mère alors qu'elle était encore adolescente a beaucoup marqué Francine Moutou. «Comme mon père et ma mère étaient divorcés, à la mort de ma mère, nous avons été séparés, mes frères, mes sœurs et moi. En tant qu'aînée des enfants, j'éprouve beaucoup de regrets que nous n'ayons pas grandi ensemble. Je suis la seule à avoir atteint la Form IV, les autres se sont arrêtés à la Form III ou au CPE faute de n'avoir pas eu le soutien parental pour continuer. On n'en voyait pas l'importance.»

Le travail social

Cet événement a forgé son caractère et fait d'elle ce qu'elle est aujourd'hui. «C'est pour cela que je me suis engagée dans le travail social et que je milite pour l'éducation. Je déteste voir souffrir les enfants, peu importe la façon.» Actuellement, elle collabore à l'ouverture prochaine du deuxième Centre of Learning de l'ESJ. Le bâtiment est en voie d'aménagement et devrait être opérationnel au mois d'avril. Un projet qui lui tient à cœur, elle, qui s'est rendu compte du nombre important d'adultes qui veulent aller plus loin dans leurs études. Le Centre of Learning va dispenser des cours d'alphabétisation et proposer une initiation à l'informatique, entre autres.

Sa devise : «Ne jamais baisser les bras, quelle que soit la situation et ne jamais perdre espoir.» Avoir le courage d'espérer, pourrait-on ajouter.

Jean-Marie St-Cyr

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