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Le grand éternuement

Quand le vice-Premier ministre et ministre des Finances éternue, c'est toute la République qui attrape la grippe. Nous en avons fait l'expérience cette semaine. Une semaine qui n'a pas manqué de faire tout le pays vivre à l'ère d'un éternuement fort sonore de notre Grand argentier.

Drôle de situation où de la décision d'un seul homme, tout un pays s'en est trouvé suspendu. Tout l'appareil d'Etat, le monde des affaires, et même, nous a-t-on appris , les représentants du Fonds monétaire international ( FMI) sur place, s'en sont trouvés grippés aussi.

Certes, il est vrai , on ne peut minimiser la compétence d'un homme du calibre de Rama Sithanen en matière de gestion de la finance publique. L'homme impressionne par la facilité de jongler avec les chiffres. Un bagout. Une vision. Une constance d'action, dont on ne peut lui tenir rigueur. Une action vers un type de développement qui privilégie l'économie de marché par rapport à l'interventionnisme d'Etat.

De l'économie de marché, il en fait plus qu'une vision . Il y met souvent , en supplément , comme une âme d'un mystique. Et puis, que de grands manœuvriers des affaires regrettent sa démission, cela ne peut qu'aller un peu de soi ! La politique d'économie de marché tous azimuts pratiquée, des fois, sous forme d'horizon indépassable, trouve vite ses chantres à qui cela rapporte.

Exit le social

Mais, avouons-le, une économie de marché qui générerait des profits et des «dividendes», n'est pas, en soi, inqualifiable. Mais pas quand il donne à voir que l'interventionnisme d'Etat se pratique à rebours. C'est-à-dire, qu'au lieu de protéger les sans moyen et les sans droit, les gagne-petits et les sans-voix, ici, certains se voient enlever , de plus en plus , droits acquis, subventions, allocations, protections sociales, et là, d'autres se retrouvent, de mieux en mieux, exposés aux affres de la vie chère et des hausses de prix insupportables. L'Etat ,en ce faisant, se départit de sa fonction de protecteur de ceux dans des grandes misères et dont le nombre ne fait qu'augmenter sans arrêt .

Au pis-aller, on nous en met , entre-temps ,plein les yeux de tout ce que l'on fait pour attirer les gros capitaux. Pour appâter la finance étrangère toute puissante. Pour raccoler les investisseurs d'oú qu'ils viennent pourvú qu'ils investissent. Road Shows, par ici, campagne promotionnelle par-là. Le tout emballé dans une politique qui veut que l'on conçoive le pays lui-même en entreprise.

Entreprise Mauritius, n'est pas qu'une appellation. Mais, par contre, on voit si peu le pendant social de tout cela. Que fait-on pour les plus pauvres, ceux de la grande

détresse matérielle, dont la presse chaque jour , nous rapporte leurs si cruels quotidiens ? Le logement social , la santé, les aménités vitales d'existence humaine élémentaire et décente, l'accès à l'eau, l'électricité, pour grand nombre d'entre eux, relèvent du vœu pieux.

Mécontentement populaire

Rarement, a-t-on vu en si peu de temps d'un mandat populaire, autant de mécontentement social, de grondement de rue, de mouvement d'humeur populaire. Les grèves de la faim, les mobilisations citoyennes, les manifestations populaires devant des bureaux de corps para-étatiques et de ministères, sont devenues une constante sociale immanquable. L'adhésion populaire au programme de développement économique, censé assurer le bonheur national n'est pas acquise. Loin s'en faut.

Tout ce qui devrait couler de source, droits acquis, avantages sociaux doivent aujourd'hui être arraché, sauvé de force de la politique d'abolition des acquis, devenue programme déclaré de gouvernement. Telle une chronique déjà annoncée, il semblerait qu'on ait déjà mis en ballon sonde le projet de démantèlement des avantages salariaux et de bénéfices de carrière, des fonctionnaires, dans le cadre des négociations futures du PRB. Sans pour autant, que l'on indique, du moins, pas encore, ce que l'on investirait pour motiver et inciter la performance dans la fonction publique. Espérons que le PRB ne sera pas un service bis des abolitions d'avantages établis comme le budget 2007 en a assuré les premières volées . Ou encore qu'il sera bien autre chose qu'un bureau des anomalies.

Tout au long de la semaine, le destin financier du pays est resté tributaire du destin d'un homme. Au point tel que l'on l'en est arrivé à oublier que la politique financière nationale est une affaire d'équipe. Une affaire qui doit , malgré tout et au plus vite rapporter des fruits. On prétend qu'elle a annoncé à en rapporter. Tant mieux.

Attendons d'en voir les premiers rapports , pour en prêter foi. Ou alors il faudra vite infléchir cette politique actuelle de la finance publique . La sortir au plus vite de son inflexible rigidité dont on ne voit que les terribles dommages sociaux collatéraux sur les plus pauvres. Autrement que l qu'il soit, M Rama Sithanen ou autre, celui qui se trouvera sur un pareil échiquier de la finance publique, chancellera. Rapidement. A peine le temps d'un éternuement.

Serge Ng Tat Chung

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