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Christian Lecordier : «C'est la première fois que je vois un évêque défendre si ouvertement une proposition du gouvernement»

Cheville ouvrière de la plateforme citoyenne, Christian Lecordier nous parle de son combat et ce qui les dérange. Cet entretien a été réalisé mardi soir.

Dans «Le Mauricien» du mardi 20 février, la plateforme fait état de son mécontentement quant aux propos de l'évêque, Mgr Maurice Piat. Que lui reprochez-vous exactement ?

Nous pensons que l'évêque peut avoir des prises de position, mais que son avis diverge de celui du Bureau de l'éducation catholique (BEC) est bizarre. C'est trop facile. C'est à se demander comment l'évêque peut prendre à contrepied le BEC, supposé être une cellule exécutant du diocèse.

Certains propos donnent aussi l'impression que la plateforme est constituée de personnes sans cœur concernant les pauvres. Tel n'a jamais été le cas. Or, nous luttons pour un droit. Un maillon de la chaîne de l'éducation gratuite est brisé. Après le transport gratuit et l'école obligatoire jusqu'à l'âge de 16 ans, on vient dire aux parents qu'ils doivent payer l'intégralité des frais d'examens. Il y a un problème quelque part.

L'Eglise catholique a toujours dit qu'elle ne prenait pas de position quand il s'agit de politique. Toutefois, c'est la première fois que je vois un évêque venir défendre si ouvertement une proposition du gouvernement.

Je ne suis pas pro ou antigouvernement, mais cela ne me plaît pas de voir que l'évêque va à l'encontre de ce que l'Eglise a toujours prôné. Quand l'évêque parle de ciblage, il faut penser à tout ce qui touche aux mesures budgétaires. Il faut faire des études pour réellement voir qui sont ceux qui sont pauvres, de la classe moyenne,... Et ainsi déterminer clairement qui a droit à quoi.

«Jusqu'ici je n'ai entendu personne parmi ceux qui affirment qu'ils peuvent payer venir dire qu'ils renoncent à cette subvention», a déclaré Mgr Piat. Mais comment renoncer au paiement quand il a déjà été dit que ces parents devront de toute façon payer la totalité des frais d'examens. L'évêque tient là un langage incohérent et vient montrer qu'il est en faveur de la politique ultralibérale.

Quelles sont vos attentes

par rapport à la marche du 22 février ?

Nous marcherons pour dire que nous sommes contre la suppression de la subvention des frais d'examen. Notre démarche n'a rien de politique. Nous sommes un groupe de citoyens, de divers milieux sociaux, qui partageons une même cause. Nous sommes pour la paix et la solidarité. D'ailleurs, beaucoup de ceux qui sont avec nous peuvent se permettre de payer la totalité des frais d'examen, mais ils sont là pour lutter à côté de ceux qui ne le peuvent pas.

Et si jamais votre démarche demeure vaine...

Si le gouvernement maintient sa décision, nous allons demander une année moratoire. D'ailleurs, nous y avions même pensé avant de prendre connaissance du point de vue du BEC. Et si même dans ce cas de figure, le gouvernement campe sur ses positions, nous allons faire une contre-proposition. Laquelle ? Je ne peux vous le dire pour l'heure.

Plusieurs parents se sont joints à la plateforme citoyenne.
Comment accueillez-vous cette mobilisation ?

Beaucoup de ces personnes sont venues témoigner. Même celles qui touchent Rs 10 000 - 13 000 ont énormément de problème. Après avoir payé les dépenses de chaque mois, beaucoup de familles auront du mal à trouver l'argent pour payer leur emprunt. Lors de nos rencontres, nous avons eu des témoignages poignants dans ce sens. Et cela est pire pour les parents qui auront à payer pour deux enfants. Les parents sont venus s'exprimer. Il y a aussi des centaines d'autres parents qui rejoignent nos idées mais qui hésitent de s'afficher de peur qu'on les taxe d'être antigouvernementaux. On oublie que les gens ont leur dignité.

Propos recueillis par


Martine Théodore


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