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S'ouvrir à l'autre

Ce mercredi a débuté le carême et, comme chaque année, nos églises se remplissent et accueillent nombre de chrétiens qui n'ont pas l'habitude de les fréquenter.

D'où l'exhortation de Mgr Maurice Piat, dans sa lettre pastorale, à dépasser l'observation du rituel religieux : «Ce qui n'a pas d'avenir, c'est une Eglise qui a encore l'illusion de croire qu'elle transmettra la foi et la pratique de génération en génération par la seule force des traditions familiales ou des coutumes sociales.»

Ainsi, pour que le carême retrouve sa vraie dimension, il est primordial de toujours garder en tête l'esprit d'amour qui sous-tend l'ensemble des enseignements du Christ : «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.»

Nous qui sommes, dans notre quête du bonheur, inconsciemment ou non, toujours à la poursuite du matérialisme, ne devrions-nous pas nous demander si notre richesse n'est pas dans l'autre ? Dans sa lettre pastorale, Mgr Piat nous adresse «une parole d'espérance et [nous] invite au courage de l'espérance». La source de l'espérance ne réside-t-elle pas dans l'autre ?

En ces temps difficiles où l'on sent parfois que l'on perd pied, l'autre est celui qui nous permet de garder la tête hors de l'eau. Comme le dit l'Ecclésiaste (4, 9-10) : «Il vaut mieux être deux qu'isolé : ils obtiennent meilleur rendement dans le travail. S'ils viennent à tomber, ils se relèvent l'un l'autre ; - mais malheur à l'isolé qui tombe, il n'a personne pour le relever.»

Etre deux nous fait bien sûr penser au couple. Et la bible fait bien ressortir que c'est cette complémentarité et cette solidarité qui donnent la force. «C'est à cause de cela que l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme ; ils sont deux en une seule chair.» (Genèse, 2, 24) Beaucoup de nos couples ne vivent pourtant pas cette union comme une

grâce, mais sont souvent gagnés par la routine, l'habitude.

Nous vivons côte à côte sans nous rendre compte comment, de l'autre, nous pouvons puiser notre force, notre vitalité. Sans prendre conscience du cadeau que nous avons d'avoir rencontré quelqu'un avec qui nous avons des affinités et avec qui nous pouvons rire, pleurer et rêver.

Le carême nous rappelle l'importance d'une vie spirituelle pour retrouver le vrai sens du couple et briser cette «fatalité» qu'est devenue, pour certains, de vieillir ensemble. Et c'est seule cette vie spirituelle qui nous permettra de ne pas nous focaliser sur notre bonheur personnel, mais d'être attentifs aux autres.

Cette ouverture sur les autres est plus que jamais nécessaire, car avec la mondialisation, nous accueillons sur notre sol un nombre croissant de travailleurs étrangers. Il a souvent été question, ces dernières années, de réticence, voire de discrimination de notre part envers des travailleurs étrangers.

Ce temps de carême peut également être une occasion pour nous de revoir notre manière de traiter ces «autres» dans le quotidien. Et, pour cela, être fidèle à cette parole de L'Exode : «Tu n'exploiteras ni n'opprimera l'étranger ; car vous-mêmes avez été étrangers au pays d'Egypte.» (22, 21).

Ainsi, l'Ancien et le Nouveau Testaments soulignent bien que la notion du prochain est élargie à l'infini. Le prochain n'est pas uniquement celui que nous côtoyons, mais tout être humain. «Je suis homme : rien de ce qui est humain ne m'est étranger !» Et le carême est le temps de recul privilégié pour faire preuve de grandeur d'âme dans nos relations au quotidien.

Erick Brelu-Brelu

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