Développement de son affectivité par une formation au vrai sens de la sexualité. Développement de son corps à travers l'éducation à une bonne hygiène et aux sports. Pour les chrétiens nous aurons à cœur de développer une spiritualité authentiquement chrétienne. Une spiritualité qui, comme nous invitent les Assises de l'école catholique à Rodrigues, «lie savoir, culture et foi». Une spiritualité qui, à l'exemple de la Vierge Marie, aide l'enfant à méditer les événements dans son cœur à la lumière de la Parole Vivante de Dieu. (Luc 2 vs 51) La vraie spiritualité selon la vision chrétienne est le développement de notre humanité, dans toutes ses dimensions, en nous laissant guider par la personne et l'amitié de Jésus. Pour cela, il est important que chaque enfant puisse mieux connaître personnellement Jésus, pour mieux vivre et témoigner de sa Bonne Nouvelle. Ce qui est vrai concernant l'éducation des enfants est également vrai concernant l'éducation des jeunes et des adultes. Est-ce que l'école à Rodrigues et au sein de la République mauricienne permet à l'enfant et aux jeunes de développer leurs potentialités ?

d) «Eduquer, c'est transformer les mentalités et les manières de faire»

a) Dans le document de préparation des Assises des écoles catholiques à Rodrigues, nous pouvons lire : «Il existe dans notre île Rodrigues, comme dans toute société, et en nous-mêmes, des pseudo-valeurs transmises d'une part, de génération en génération, des 'traditions', et d'autre part, celles véhiculées par les médias ou encore par le système éducatif. Ces fausses valeurs défigurent le Rodriguais créé à l'image de Dieu.» Effectivement, des fléaux rongent notre société: perte du sens du savoir- vivre, corruption, injustice, dévergondage sexuel, manière élevé ti garcon ek tifi faire qui souvent zom faire dominère avec madame, individualisme forcené, commerce de drogue, détérioration de l'environnement.

b) L'éducation a pour mission d'œuvrer pour un changement des mentalités afin d'apporter des changements et construire une société plus juste, plus fraternelle. Comment ? En aidant l'enfant, le jeune et l'adulte, par la réflexion, par le développement de son sens critique, par sa capacité d'analyse, à se forger une conscience droite et éclairée, capable de tenir parole, d'assumer des responsabilités au sein de la société et au service du bien commun. L'éducation doit nous aider à nous libérer des manières de penser, de faire, qui très souvent nous gardent prisonniers des préjugés, des slogans, en faisant de nous des suiveurs

e) «Éduquer, c'est espérer»

Face aux nombreuses mutations de notre société, nous sommes appelés à mettre en commun nos talents, nos traditions, nos réflexions et nos initiatives pour grandir ensemble. Si éduquer signifie faire grandir, éduquer c'est aussi espérer. Espérer qu'il y a un avenir possible pour chacun d'entre nous. En parlant d'un enfant, d'un jeune ou d'un adulte, nous ne pouvons jamais nous résigner à dire qu'il n'y a rien à faire avec cette personne ! Éduquer, c'est espérer qu'il est possible de faire changer les mentalités, les façons de faire, les habitudes, les structures, pour que chacun puisse se développer et ainsi grandir en humanité. En ce centenaire de l'école catholique à Rodrigues, j'invite tous les chrétiens mais aussi les personnes de « bonne volonté » à se mobiliser au service de l'éducation des enfants, des jeunes et des adultes de Rodrigues.

Grandir ensemble

Comment promouvoir une vraie éducation dans le contexte rodriguais ? Il y a me semble-t-il, trois grandes interrogations et des défis à relever:

a) Le système éducatif actuel exclut de fait un grand nombre d'enfants et de jeunes. En 2006, 44% des enfants n'ont pas réussi aux examens du CPE.

Un pourcentage important d'élèves ne termine pas le cycle secondaire et ainsi quitte l'école sans qualification et avec beaucoup de frustration.

Nous constatons également que de nombreux élèves ont de la difficulté à s'exprimer, à analyser des situations. Par rapport à «l'échec» de notre système scolaire, quelles initiatives prendre pour que, tant au niveau du primaire que du secondaire, chaque enfant, chaque jeune, puisse s'épanouir en développant ses capacités et se mettre ainsi au service de la société ? Comment promouvoir une école qui tienne compte de différentes formes d'intelligence ? Comment créer de vraies communautés éducatives au sein de nos institutions scolaires où les élèves, les professeurs, le personnel administratif, les parents collaborent étroitement pour une vraie éducation des enfants et des jeunes ?

b) Nous vivons dans un monde en profonde mutation, confronté à de nouveaux défis.

Quels moyens nous donner pour que les adultes- professeurs, parents, responsables de mouvements et d'ONG, religieux, religieuses, prêtres- puissent se mettre davantage à l'écoute des enfants et des jeunes, de leurs questions, pour leur proposer ensuite des repères ? Quelles conversions vivre pour que notre message soit crédible ? Quelles formations d'adultes, de parents, promouvoir pour que nous soyons plus capables d'assumer notre rôle d'adultes dans nos familles et dans ce monde confronté à de nombreux défis et aux questionnements de la modernité ?

c) Lors de sa visite à Rodrigues, le pape Jean-Paul II nous invitait a «deboute lor nou deux lipie».

En ce centenaire de l'école catholique à Rodrigues, j'invite les paroisses, les mouvements et les différents services d'Église à évaluer leur programme de formation, les moyens mis en œuvre, et ainsi vérifier comment l'éducation proposée valorise le peuple de Rodrigues et permet à l'homme et à la femme de grandir. L'école et la famille à elles seules ne peuvent assumer l'éducation (chrétienne) des enfants, des jeunes, d'où l'importance des mouvements et des services comme la catéchèse. Quels efforts déployer pour le développement de ces services et des mouvements d'Action catholique si importants pour la promotion d'une vraie éducation. ?

Je voudrais remercier tous ceux et celles qui ont écrit et qui écrivent cette belle histoire de l'école catholique à Rodrigues. Que cette célébration soit pour nous l'occasion de rendre grâce au Seigneur pour le chemin parcouru. Que ce soit également l'occasion de retrouver un nouveau dynamisme et qu'ainsi nous puissions, dans les années à venir, poser des actes prophétiques pour faire progresser l'éducation dans notre île Rodrigues autonome. Ainsi, nous «serons sel de la terre et lumière du monde».

Votre frère et votre évêque

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