p.11foto1

Lettre Pastorale de Mgr Alain Harel

Eduquer c'est faire grandir, éduquer c'est espérer

Chers frères et sœurs de Rodrigues,

Cette année, nous célébrons les 100 ans d'existence de l'école catholique à Rodrigues. En effet, deux écoles-chapelles ont été inaugurées au début du XXe siècle, la première à Rivière-Cocos, en 1906, et la deuxième à La Ferme, en 1907. Pourquoi ce nom d'école-chapelle ? Cela nous aide à comprendre que mieux connaître Jésus et se mettre au service de l'éducation des enfants, que spiritualité et engagement pour la promotion d'un peuple ne font qu'un. La foi en l'Évangile ne concerne pas uniquement notre vie privée. Croire en Jésus nous appelle, à sa suite, à nous engager pour construire une société plus juste et fraternelle. Cette promotion humaine passe, entre autres, par une vraie éducation.

Nous pouvons être légitimement fiers du chemin parcouru par les écoles catholiques. Alors que les autorités coloniales concentraient leurs «efforts» à Port-Mathurin, l'Église catholique a véritablement joué un rôle de pionnier en rendant l'éducation accessible à tous les enfants rodriguais.

Trois grandes étapes

Nous pouvons, me semble t-il, souligner trois étapes importantes (clés) au long de l'histoire de l'éducation catholique (école primaire) à Rodrigues:

a) La construction des écoles (Notre-Dame-de-Lourdes, à Brûlé, en 1920 ; Sainte-Famille, à Lataniers, en 1932 ; Don Bosco, à Citron-Donis, en 1966) et l'amélioration constante des infrastructures au prix de grands sacrifices financiers de la part des catholiques et aussi grâce au volontariat.

b) La rodriguanisation du personnel enseignant, indistinctement pour les écoles catholiques et celles du gouvernement, avec l'intuition géniale du père Ronald Gandy concernant la formation des pupil/student teachers. Ce fut un geste prophétique ouvrant de nouvelles perspectives dans d'autres secteurs afin de permettre aux Rodriguais de prendre des responsabilités dans leur propre pays.

c) Les Assises de l'école catholique à Rodrigues en 1995. Ce fut l'occasion d'une redéfinition du projet éducatif, son enracinement dans les réalités rodriguaises et le choix de «la pédagogie inclusive» comme orientation fondamentale afin de promouvoir «l'école de la réussite pour tous les enfants». Bien plus que de nouvelles techniques d'enseignement, il s'agit fondamentalement d'un acte de foi : croire que chaque enfant est «une star» : aucun enfant n'est un zéro, même si, bien évidemment, il y a différentes formes d'intelligence ; chaque enfant a des talents qu'il est appelé à développer pour les mettre au service de la société ; la culture de l'enfant, la culture rodriguaise (entre autres sa langue, l'histoire de

son île, ses traditions) doit être reconnue, valorisée pour que l'enfant puisse affirmer son identité culturelle, être fier de lui-même, et ainsi s'ouvrir aux autres cultures.

Une ambition et un rêve

Le rêve de toute éducation chrétienne est de parvenir à 100% de réussite en aidant chaque enfant à développer le meilleur de lui-même. Oui, nous croyons que chaque enfant est une personne humaine, unique, irremplaçable. «Dieu, dit l'écrivain Julien Green, donne à chaque enfant une image de lui et c'est ce que l'enfant doit préserver.» C'est ce que toute éducation doit préserver et développer. Chaque enfant est valable pour lui-même, et non pas seulement en fonction des résultats académiques qu'il peut obtenir ni considéré comme un futur outil de production ! Cet acte de foi, cette vision de l'éducation, cette ambition, doivent se traduire bien évidemment par des choix pédagogiques, par de nouvelles méthodes d'enseignement, par de nouveaux aménagements, mais surtout et d'abord par un nouveau regard sur l'enfant, sur chaque enfant.

Quelle est la qualité de notre regard ?

Ces dernières années, particulièrement à travers ban réflexion ek actions mouvement l'enfance (ACE), Déclaration des droits des enfants par l'ONU et ici dan Rodrigues comité droit de l'enfant, réflexion à l'occasion ban Assises, débat dan ban journal ek réflexion dan différentes instances ek ban mouvements, finn gagne ban prise de conscience dans manière nous considère ban zenfants. Zordi nou trouvé qui ban zenfants faible académiquement gagne un peu plus l'attention ek considération, zot gagne aussi l'occasion lekol dan bann classe convenable comme tou zenfant ; pas zis zenfant premier dans lire ek ecrire qui gagne récompense dans distribution des prix ; aster la nou reconnaître plus ki 'zenfant Rodrigues top !'

b) Pourtant, si nou franc avec nou même nous besoin reconnaître qu'en tant qu'enseignant, parents, éducateurs, adultes, parfois nou énan ene regard qui exclure. Facile nou jugé, nou condamné, nou mette étiquette :

-«Sa c'est ene zenfant katar sa , penan narien à faire !»

-«Dans section A enan ban zenfant intelligent, lezot sections dan pince, zot bête !» ( même si officiellement ine ne pli enan streaming.)

-«Mo ti garcon fine gagne 2 A +, pou toi?»

-«Ala ene mauvais zenfant la ...sa li pou fini dan formatory sa.»

-«Pénan nanrien a faire avec zotte sa. Faudrait mette zot dehors sa. Li suive so papa !»

retour aller