pour l'humanité.

Ce qui n'a pas d'avenir, c'est une Eglise qui s'organise sur la base du couple «prêtres-laïcs» : les prêtres proposant les activités religieuses, organisant tout, animant tout, répondant à toutes les demandes et les laïcs demeurant soit consommateurs, soit spectateurs. Ce qui est porteur de vie nouvelle c'est une Eglise qui sait que le baptême appelle chaque chrétien à participer à la mission prophétique. Cette mission est tellement vaste, elle touche à des domaines si variés de la vie des personnes et de la société, qu'elle ne peut être portée par les prêtres seuls. Chacun, qu'il soit prêtre, laïc, religieux ou religieuse, a un rôle propre à jouer. Mais c'est ensemble dans un esprit de franche coresponsabilité que tous doivent porter la mission.

Je voudrais rendre grâce ici pour ceux et celles d'entre vous qui vivez déjà cette coresponsabilité en paroisse, dans les mouvements et les services d'Eglise. Je suis témoin personnellement de la joie et du dynamisme qui se dégagent, lorsque prêtres, laïcs, religieux, religieuses ne font pas que partager des tâches, mais portent ensemble dans leur cœur et dans leur prière, la mission prophétique qui leur est confiée.

4.2. Rôle propre du prêtre

Au moment où notre Eglise vit des transformations profondes, je voudrais m'adresser particulièrement à vous, chers frères prêtres. D'abord je voudrais rendre grâce au Christ qui vous a appelés pour être avec lui et pour vous envoyer. Je rends grâce aussi pour la réponse que vous donnez à cet appel tout au long de vos vies, pour votre charité pastorale, pour votre fidélité à la mission qui vous est confiée, pour le soutien fraternel qui se vit entre vous et à mon égard dans notre responsabilité commune. Je rends grâce spécialement pour vous qui êtes rentrés pleinement dans cette nouvelle manière d'exercer votre ministère, en collaboration avec les laïcs, les religieux et les religieuses. Je sais qu'en vivant au jour le jour cette coresponsabilité, vous redécouvrez avec joie le rôle irremplaçable que vous êtes appelés à jouer au sein de l'Eglise. Au moment où le nombre de prêtres diminue dans le diocèse, c'est votre rôle propre de prêtre dans l'Eglise que je vous invite à approfondir.

Je vous propose ici trois repères :

a) Soyez d'abord des «pères dans la foi» pour vos communautés. L'autorité qui vous a été conférée par l'ordination consiste à aider les fidèles à répondre à l'appel de leur baptême. Les laïcs qui s'engagent ne sont pas à votre service ; ils ne sont pas là «pour donne ene p'tit coup de main mon Père». C'est vous, au contraire, qui êtes à leur service, pour veiller à ce qu'au sein de leur famille comme de leurs engagements ils mûrissent dans la foi, s'affermissent dans l'espérance et développent une charité plus affinée. Alors ils pourront assumer avec joie la part de responsabilité dans la mission qui leur a été confiée de par leur baptême.

b) Soyez aussi des serviteurs de l'unité au sein de vos communautés. Servir l'unité au milieu de toutes les sensibilités pastorales et de toute la diversité culturelle que nous connaissons est un ministère exigeant. Il vous demandera plus que des techniques, plus que du savoir-faire. Il fera appel au don de vous-mêmes que vous avez fait le jour de votre ordination. N'oubliez pas qu'au dernier repas, au moment où la communauté des apôtres éclatait, Jésus a fait don de lui-même et a servi humblement. C'est ainsi qu'il est devenu ferment d'unité. C'est ce que vous commémorez et ce dont vous vous nourrissez dans chaque Eucharistie.

c) Soyez enfin des veilleurs qui rappellent sans cesse à la communauté la mission qui lui est confiée. Nos communautés d'Eglise sont souvent tentées de se replier sur elles-mêmes. Ouvrez constamment la communauté sur le large. Contemplez avec elle les vastes horizons de la mission. Ecoutez le Seigneur

qui nous invite à pousser vers le large. Même en temps de crise, c'est toujours la mission qui dynamise l'Eglise.

Je vous invite aussi, vous les fidèles laïcs, les religieux et religieuses, à méditer sur la vocation du prêtre. Soutenez vos prêtres dans leur recherche d'une fidélité qui soit plus inventive dans les circonstances actuelles. Priez avec eux et pour eux. Soyez fraternels. Tout en respectant leur rôle propre n'hésitez pas à porter la mission avec eux.

4.3. «Je vous donnerai des pasteurs
selon mon cœur»

Chers frères prêtres, après avoir vécu douloureusement le départ de plusieurs de nos confrères, vous êtes appelés vous aussi à retrouver le courage de l'espérance. Pour cela replongez-vous dans ce qui fait le cœur de votre vocation de prêtre. C'est le Christ qui vous a appelés à être ses amis. Il vous invite à partager sa manière d'aimer et de donner sa vie pour ses brebis qui n'ont pas de bergers. En ces temps de pénurie, la fidélité à votre vocation vous demandera sans doute de lâcher prise sur certaines tâches qui, peut être accaparaient votre temps et pouvaient vous distraire de l'exercice de votre rôle propre de prêtre. Que votre fidélité soit créative et donne à notre diocèse un nouveau dynamisme. Faites confiance au Seigneur. C'est lui qui veut que la mission de l'Eglise soit portée ensemble avec les laïcs, les religieux et les religieuses. Ce qui attirera des jeunes à devenir des «pasteurs selon le cœur de Dieu», ce n'est pas le statut que le prêtre pourrait avoir dans la société. Ce sera plutôt l'amour du Christ qui les appelle à devenir de Bos Bergers avec lui et comme lui. Les jeunes découvriront ce visage du Bon Berger à travers votre témoignage, à travers votre manière d'assumer joyeusement votre rôle propre de prêtre dans une coresponsabilité dynamique avec ses frères et sœurs laïcs et religieux. Avec eux, vous trouverez un nouveau souffle qui sera porteur d'espérance.

Conclusion

Accueillir ensemble une nouvelle vie

Au terme de cette lettre, je voudrais vous inviter tous, laïcs, prêtres, religieux, religieuses à dialoguer avec moi sur les sujets abordés dans cette lettre. Exprimez-vous. Dites-moi comment vous sentez les transformations que notre pays et notre Eglise sont en train de vivre. Quels sont les signes d'espérance qui émergent ? Comment voyez-vous la nouvelle figure d'Eglise qui est en train de naître ? Quels sont les appels que vous entendez au cœur de cette situation ? Réunissez-vous en communautés, en équipes, dans les paroisses, les mouvements, les services, les quartiers. Priez, partagez ensemble. Et puis faites-moi part de vos réflexions. Nous pourrions nous donner rendez-vous le dimanche 17 juin. Ce jour-là, la Marche de Charité célèbrera son 25e anniversaire. Pour marquer cet anniversaire, nous lui donnerons un nouveau nom : «Marchez pour appeler.» Avant la messe, nous partagerons en famille ce que nous avons découvert. Nous prierons ensemble pour notre Eglise, confiants en l'Esprit Saint qui «veut faire toutes choses nouvelles».

Les transformations que nous sommes en train de vivre dans l'Eglise comme dans le pays sont très profondes. Un nouveau monde prend forme. Et au sein de ce nouveau monde une nouvelle figure d'Eglise est en train de naître. Nous sommes en plein dans les douleurs d'un enfantement. N'ayez pas peur. Comme la chrysalide, laissez tomber la vieille coque pour que le nouveau papillon puisse éclore. A travers ce partage, nous pourrons nous entraider pour accueillir ensemble cette nouvelle vie. Ayons ensemble le courage d'espérer.

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