«Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle.»

Au milieu des multiples sollicitations de la vie moderne, l'Esprit du Seigneur a été répandu dans vos cœurs. Comme une force tranquille, il vous donne la capacité d'aimer et de choisir librement la fidélité au Christ. Croyez en la force libératrice de l'Esprit. Laissez-vous guider par lui. «Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle.»

2.3. Semer à temps et à contretemps

Prenez le temps durant ce carême, de réentendre l'appel de votre baptême. Laissez le résonner dans vos cœurs, au milieu des défis actuels de notre société, et de notre Eglise.

Faites en sorte que cet appel résonne aussi pour vos frères et sœurs qui n'en soupçonnent pas encore la beauté. Derrière ce qui peut paraître de l'indifférence, il y a souvent en eux une soif profonde, une attente. Trouvez les moyens de réveiller en eux cet appel libérateur. Apprenez-leur à répondre personnellement dans une prière qui s'abandonne à Dieu avec confiance. Apprenez-leur aussi à écouter la Parole de Dieu. On ne peut pas répondre si on ne prend pas le temps d'écouter celui qui nous appelle. Apprenez-leur enfin à se laisser guider par l'Esprit qui travaille au fond de leur cour. Avec lui ils trouveront la vraie liberté, la force d'aimer et de témoigner du Christ.

N'hésitez pas à semer. Il y a beaucoup de coins de bonne terre qui attendent qu'un semeur s'approche. Croyez dans la puissance transformatrice de cette semence apparemment fragile. Retrouvez le courage de l'espérance.

3. Appeler pour la mission

Plus vous laisserez réveiller en vous l'appel du baptême, mieux vous entendrez résonner les appels de la mission. Je sens vraiment qu'en ce temps d'épreuve, ce n'est pas le moment de se replier sur soi-même mais au contraire de s'ouvrir sur le large. C'est la mission reçue du Christ qui dynamise l'Eglise, lui donne son sens. Restez attentifs. Ici aussi des illusions sont en train de tomber. Une nouvelle manière d'exercer la mission est en train d'émerger dans l'Eglise.

3.1. Vivre la mission humblement

Ce qui n'a pas d'avenir c'est une Eglise qui a encore l'illusion de croire que son influence dépend de la place dominante qu'elle a pu occuper dans la société, ou du statut social dont ses prêtres ont pu bénéficier. Ce qui est porteur de vie nouvelle c'est une Eglise qui sait que son rayonnement dépend plutôt du témoignage qu'elle porte à l'Evangile, «force de Dieu pour le salut de tout homme qui croit» (Rm. 1, 16). Une Eglise qui sait qu'elle est envoyée non pas pour réussir socialement mais pour être fidèle : fidèle à déposer l'Evangile comme une semence au cœur de la cité, en faisant confiance au dynamisme caché de l'humble grain de blé jeté en terre, qui doit mourir pour porter du fruit.

Ce qui n'a pas d'avenir c'est une Eglise qui prétendrait pouvoir quadriller le terrain et avoir des solutions toutes faites aux problèmes humains (santé, intoxication, éducation, harmonie familiale, intégration sociale, etc.). Ce qui est porteur de vie nouvelle c'est une Eglise qui sait que le salut est plutôt un chemin à faire, un chemin à faire ensemble avec le Christ, un chemin où nous nous donnons la main pour lutter ensemble et renaître à une vie plus libérée, plus fraternelle. Sur ce chemin, nos fardeaux humains demeurent mais deviennent plus légers, parce qu'ils sont portés dans l'amitié avec le Christ, et dans la solidarité avec nos frères et sœurs.

Je rends grâce à Dieu pour vous, laïcs, religieux, religieuses, prêtres qui êtes déjà engagés sur les nombreux chemins de cette mission à l'île Maurice. Je rends grâce pour vous qui, en réponse à l'appel de votre baptême, prenez volontiers votre part de la mission, et prenez aussi le temps de vous former, pour vous préparer à assumer vos nouvelles responsabilités. Je rends grâce pour tous ceux et celles que vous accompagnez déjà sur ces chemins. Grâce à vous et à votre fidélité, des pauvres deviennent les agents de leur propre développement, des jeunes, des couples, des malades, des blessés de la vie, retrouvent le courage de l'espérance.

3.2. L'appel des brebis qui n'ont pas de bergers

Cependant, malgré tout ce bon travail, les besoins humains de nos frères et sœurs, leur soif spirituelle restent immenses. Tout cela résonne en moi comme un appel fort du Seigneur. Je pense à un épisode de l'Evangile, où au retour d'une tournée missionnaire harassante, Jésus contemple la foule qui est toujours là. Il ne s'appesantit pas sur tout ce qu'il a déjà réalisé dans son ministère auprès des gens. Mais plutôt, il continue à contempler la foule. L'Evangile nous dit qu'«il en eut pitié, car ces gens étaient las et prostrés comme des brebis qui n'ont pas de berger». C'est alors qu'il invite ses disciples à prier pour que d'autres s'engagent eux aussi : «La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à sa moisson.» (Mt.9, 36-37). Et juste après, lui-même appelle les douze apôtres et les envoie en mission. Remarquez comment dans l'Evangile l'appel du Seigneur est toujours en fonction des besoins pastoraux des gens. Jésus vous invite d'abord à être avec lui pour partager sa compassion. Il vous invite à contempler avec lui ceux qui se sentent perdus comme des brebis qui n'ont pas de berger, et à vous laisser toucher

3.3. Appeler, former, envoyer

Aujourd'hui encore, à Maurice, la moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux. Priez pour que de nouveaux ouvriers acceptent de se laisser embaucher. Priez et appelez comme le Christ lui-même l'a fait. Priez et appelez comme Père Laval aussi l'a fait chez nous autrefois. Parlez autour de vous des besoins pastoraux qui vous ont touchés. Témoignez des immenses attentes de vos frères et sœurs, de leur soif spirituelle. Appelez des jeunes et des adultes pour des services précis. Donnez à ceux qui répondent la formation nécessaire pour qu'ils puissent assurer le service demandé. Soyez fraternels dans la mission. Soutenez-vous mutuellement. A chaque fois qu'un d'entre vous, enfant, jeune ou adulte, se laissera toucher par son frère, entendra l'appel du Christ, et répondra par un service précis, il contribuera à garder vivante la flamme de l'espérance, dans l'Eglise comme dans le pays.

4. Porter ensemble la mission

Pour répondre aux appels de la mission, vivre la coresponsabilité dans l'Eglise est un élément clé. Ici encore, au cœur de notre épreuve, quelque chose de nouveau est en train de naître. Restez attentifs. Le Seigneur nous indique un chemin.

4.1. Une mission prophétique

Ce qui n'a pas d'avenir c'est une Eglise qui a l'illusion de croire qu'elle est faite seulement pour «organiser le religieux pour les chrétiens», pour offrir des cérémonies religieuses adaptées à différentes occasions (anniversaires, fin d'année, ouvertures, etc.). Ce qui est porteur de vie nouvelle c'est une Eglise qui prend conscience qu'elle est faite d'abord pour un service «prophétique» : faire résonner l'Evangile dans les différents lieux de vie des hommes et de la société. Dans cette perspective, les sacrements deviennent des lieux où l'alliance de l'Eglise avec son Seigneur est célébrée et renouvelée, pour qu'elle reprenne souffle et redonne courage à tous ceux et celles appelés à être, dans leur vie, des signes d'espérance

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