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Lettre Pastorale 2007


Ayez le courage d'espérer

Chers frères et sœurs,

Je sais que vous vivez en ce moment des temps difficiles. Notre pays subit l'impact de changements profonds dans la vie économique. Notre Eglise aussi est secouée par le départ de plusieurs jeunes prêtres et par une baisse dans la relève. Notre bateau est battu par de grosses vagues. Vous êtes bouleversés. Je peux le comprendre. Au milieu de cette tourmente, je voudrais vous adresser une parole d'espérance, et vous inviter au courage de l'espérance.

Mais d'abord, je tiens à rendre grâce à Dieu pour ceux et celles d'entre vous qui ont déjà ce courage. Que vous soyez hindous, musulmans, chrétiens ou non-croyants, je rends grâce pour vous, les couples qui rayonnez la joie simple et forte de la fidélité ; pour vous, éducateurs qui avez le sens de votre vocation et savez donner aux jeunes le goût du don de soi, de la responsabilité, de l'intégrité ; pour vous, enfants et jeunes, ouverts à une amitié sans frontières, généreux et inventifs dans le service des autres; pour vous, hommes et femmes qui, en plus de travailler dur pour gagner votre vie, n'hésitez pas à donner votre temps pour un service volontaire dans l'Eglise, dans des ONG, ou auprès des plus faibles de notre société ; pour vous qui gardez votre liberté de parole, soulevez les vraies questions et suscitez les débats nécessaires à l'avancement de notre société; pour vous aussi qui luttez pour plus de transparence et de justice dans le monde du travail, des affaires ou de la politique ; pour vous enfin qui, avec patience et acharnement, jetez des ponts entre les différentes composantes de la société mauricienne, afin de construire une paix durable.

Je rends grâce au Seigneur pour la flamme de l'espérance qui brille en vos cœurs, et rayonne au milieu de nous, malgré les coups de vent qui cherchent à l'éteindre. Sans vous, cet appel à l'espérance n'aurait aucun poids. C'est vous qui montrez qu'il est encore possible aujourd'hui de garder espoir. Et cela donne du courage.

1. Espérer contre toute espérance - dans le pays

1.1. La fin de protections

Vous savez comme moi que notre pays connaît aujourd'hui des transformations profondes. Les règles du commerce international ont changé. Nous ne sommes plus protégés dans ce vaste marché mondialisé. Le prix de notre sucre n'est plus garanti. Il n'y a plus de quotas garantis pour nos produits textiles. Pour la première fois de notre histoire, nous devons nous débattre seuls, sans protection, dans cette jungle de la concurrence internationale. Pour survivre, notre pays doit s'adapter continuellement, et entreprendre de nouvelles activités économiques.

Cette disparition de nos protections au niveau international entraîne, au niveau national, la disparition

progressive d'un régime de protection auquel vous étiez habitués : par exemple, les subventions pour tout le monde indistinctement sur l'eau, le riz, la farine, etc. sont remises en question ; ou encore, les emplois surnuméraires dans l'industrie sucrière, la fonction publique, les municipalités ou les corps paraétatiques ne seront plus protégés.

Ce changement de régime déstabilise l'emploi. Il faudra s'habituer, nous dit-on, à changer d'emploi plusieurs fois dans sa carrière. Il est vrai, des formations adaptées aux nouveaux types d'emplois sont proposées. Des incitations sont aussi offertes à ceux et celles qui désirent se lancer dans la petite entreprise. Mais ne devient pas entrepreneur qui veut, et encore moins du jour au lendemain. Il y en a qui se demandent s'ils pourront continuer à gagner leur vie à Maurice. Beaucoup émigrent et d'autres songent à émigrer.

De plus, ce remue-ménage économique augmente considérablement le coût de la vie. C'est vous, au bas de l'échelle, qui êtes le plus affectés. Vous devez vivre avec de petits salaires, dans des logements précaires, souvent dans un environnement insalubre. Avec les prix qui montent et un surendettement qui vous accablait déjà, vous vous demandez comment joindre les deux bouts. Comme pendant un cyclone, quand les rafales tapent, ce sont les plus faibles qui souffrent le plus. Comme après un cyclone, notre solidarité doit se faire plus inventive, plus fraternelle

1.2. La Solidarité - source d'espérance

Pour cela, il ne suffit pas que l'Etat décide de mieux cibler ses subventions. Il faut encore un changement de mentalité chez les citoyens: que les plus forts acceptent de renoncer à certains avantages, même acquis, pour que les plus faibles restent «on board» et participent eux aussi au développement. Seule la solidarité garde vivante la flamme de l'espérance.

Mahatma Gandhi disait : «The country has enough to satisfy every man's needs but not every man's greed.» En temps de crise, il faut se concentrer sur les vrais besoins des gens et combattre la cupidité. Car la cupidité confisque les ressources qui doivent servir à remettre debout les plus faibles. Le passage d'une mentalité de profiteur à une mentalité solidaire est le seul chemin pour sortir gagnant de cette crise.

Malheureusement, parmi ceux et celles d'entre vous qui veulent faire quelque chose dans ce sens, beaucoup se heurtent, impuissants, à une force d'inertie qui bloque les avenues, pourtant déjà tracées, qui conduisent à une amélioration du sort des plus faibles ou au développement durable de notre pays. Une certaine lassitude gagne du terrain. Le risque est là de ne plus espérer la lumière au bout du tunnel et de glisser dans l'indifférence ou le «sauve-qui-peut».

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