Le secteur éducatif intéresse, voire passionne les Mauriciens dans leur ensemble. Et l'intérêt a redoublé depuis l'annonce gouvernementale de l'abolition des subsides de 50% sur les frais d'examen de SC et de HSC. Des parents de tous milieux sociaux crient à l'injustice. Sheila, mère élevant seul son enfant, est bien décidée à offrir la meilleure éducation possible à son fils, qu'importe le prix à payer. Jocelyn, haut cadre, estime, lui, avoir la chance d'avoir un emploi bien rémunéré mais s'inquiète pour ceux qui sont dans le besoin et pour le climat social. Guillaume, qui vient de décrocher son certificat de HSC, se pose, quant à lui, des questions sur l'avenir de ses deux sœurs qui sont toujours au secondaire.

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Fees SC et HSC : parole de citoyens

«Quand j'ai décidé de quitter mon mari, il était clair pour moi je devais coûte que coûte assumer mes responsabilités envers mon fils. Cela signifiait, pourvoir à ses besoins et lui donner la meilleure éducation qui soit.» Voilà plus d'une dizaine d'années depuis que Sheila a pris son destin en main. Et chaque jour, c'est pour son fils unique, «mon monde», qu'elle se bat. Même si la vie n'est pas facile pour cette jeune femme qui cumule deux emplois pour joindre les deux bouts, Sheila est déterminée à pousser son fils à faire des études. «Mon rêve, c'est qu'il soit un jour lauréat. Je pourrais alors souffler. Il est studieux. Je sais qu'il a ses chances.»

Pour envoyer son fils au collège, Sheila doit faire de gros sacrifices. «Je fais attention à mes achats. Nous ne pouvons pas nous permettre des petits plus. Avec l'école, il y a toujours des dépenses : matériels scolaires, leçons particulières...» A chaque rentrée des classes, c'est dans les librairies qui vendent des livres de seconde main que Sheila fait ses achats. Et si autrefois elle pouvait y trouver tout ce dont elle avait besoin, aujourd'hui, avec l'augmentation du coût de la vie, ce n'est plus le cas. «Pour la rentrée 2007, je n'ai pas pu acheter tous ses livres. Il devra attendre la fin de février. Cela m'a fait beaucoup de peine. Je ne mangeais plus, ne buvais plus. Je vais tout faire pour que cette situation ne se reproduise pas.»

«Ne pas attendre de décision gouvernementale»

L'annonce de l'abolition des subsides de 50% pour les frais d'examen est venue ajouter un souci supplémentaire chez Sheila. «Trakase» quant à l'avenir de son fils, Sheila est déterminée à tout faire pour que ce dernier ne soit pas pénalisé. Ainsi, a-t-elle décidé de faire des économies dès maintenant. «Mo pa pou kapav atann ki gouvernma pran kit desizyon pou lavenir mo zanfan. Mo fie lor mo de lamin. Mo kapav al dormi san manze, priv moi me fode ki mo garson al pli loin dan so ledikasyon.»

Tout comme Sheila, Jocelyn est aussi préoccupé par le climat éducatif. Si son salaire est confortable, il n'oublie pas ceux qui n'ont pas cette chance. «Comment ces personnes qui n'ont pas de fiche de paie vont-elles pouvoir faire une demande d'emprunt à la banque ?», s'interroge Jocelyn, lui-même employé de banque. «Sans compter ceux qui ont deux enfants qui doivent prendre part aux examens du SC ou du HSC.»

«Que l'Eglise agisse !»

Pour Jocelyn, le SC n'a plus sa raison d'être. «Nous déboursons une fortune pour un certificat qui ne permet ni d'avoir un emploi avec un bon salaire, ni l'accès à l'université.» A la place du SC, Jocelyn propose un examen local, géré par le MES, qui coûterait moins cher aux parents. «D'autre part, poursuit notre interlocuteur, j'aimerais bien connaître de breakdown de la somme que nous payons pour les

examens de SC et de HSC. Plusieurs questionnaires sont corrigés à Maurice. Est-ce que les correcteurs, donc des enseignants, reçoivent une allocation pour cela ? Si oui, est-ce juste ? »

La position de l'Eglise catholique interpelle aussi Jocelyn. Pour lui, l'Eglise fait de beaux discours, mais n'agit pas. «Regardons le cas du CPE. Le père Labour a fait beaucoup de bruit, mais rien de concret n'en est sorti. Que l'Eglise s'y mette au lieu de faire des mamours avec le gouvernement.»

Jocelyn avoue avoir peur pour la stabilité sociale du pays. «Les petits créoles sont bernés de toutes parts.» Du coup, la tension monte. «Il y a paradoxe dans les décisions du gouvernement. Par exemple, d'un côté il rétablit la pension universelle, dont beaucoup de personnes n'ont pas besoin, et de l'autre il enlève les subsides de 50% pour les frais d'examens. Eric Guimbeau était monté au créneau dans l'hémicycle quand le gouvernement avait imposé la taxe sur les campements. Est-ce qu'il fait de même maintenant, comme l'a fait José Allet? Et Rama Valayden, Xavier et Richard Duval... Ceux qui ont toujours fait de beaux discours sur la solidarité, où sont-ils ?»

Parents autrefois soulagés aujourd'hui découragés

Guillaume, fier d'avoir réussi ses examens du HSC, est tout aussi inquiet que Sheila et Jocelyn. Issu d'une famille modeste, Guillaume a pu poursuivre sa scolarité grâce aux sacrifices de ses parents et à la solidarité familiale. «Sortir de Poste-de-Flacq pour venir à l'école à Quatre-Bornes coûte cher. Le transport gratuit nous a soulagés.»

Et, s'il a pu terminer ses études secondaires, Guillaume émet des réserves pour ses sœurs et d'autres enfants issus du même milieu que lui. «Certains parents se demandent s'ils doivent continuer à envoyer leurs enfants au collège. D'autres se demandent s'ils doivent favoriser un enfant aux dépens d'un autre.»

C'est triste, estime le jeune homme, que la pression retombe sur les enfants. «Si mes parents ont pu me préserver des soucis financiers, cela va être plus difficile aujourd'hui. Beaucoup de parents sont découragés.»

Comme Sheila et Jocelyn, Guillaume espère que la situation va s'améliorer. «J'espère que le gouvernement va revenir sur sa décision. Je comprends que le pays doit progresser, mais la décision qui a été prise est loin d'être idéale.»

Martine Théodore

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