Carême


Se ressourcer ... se remettre en question

Démarche de foi ou religieuse, les XL heures et les pèlerinages des 14 églises ne demeurent pas moins un moment privilégié pour de nombreux catholiques. Ceux que «La Vie Catholique» a ren-contrés disent que le temps de carême est une occasion de «se ressourcer», de «se re-mettre en question», de «remettre les pendules à l'heure».

Le 21 février marque, selon le calendrier chrétien, le début du carême qui commence le mercredi des Cendres. Durant cette période, un fait notable : les églises sont remplies. Pendant cette période, ils sont nombreux à vouloir faire un effort pour se rapprocher de Dieu en allant à l'église régulièrement ou/et en participant aux XL-Heures.

Pour certains, c'est un véritable pèlerinage. En sus de l'adoration du St-Sacrement dans leur paroisse, c'est aussi la visite d'autres paroisses dans les environs ou dans des régions éloignées. Parmi celles qui attirent le plus grand nombre, les églises St-Esprit, à Bel-Air ; et N.-D.-de-la-Délivrande, à Montagne-Longue - des églises à qui on attribue des vertus exceptionnelles.

«Je ne participe pas trop aux XL-Heures», dit Jérôme, 29 ans, de Moka. Pour lui, il ne faut pas attendre le carême pour adorer le Christ. «Il est possible de le faire tous les jours à chaque messe et quand le St-Sacrement est exposé.» Selon Jérôme, les XL-Heures ont perdu de leur symbolisme parce que les gens qui y vont convergent en foule là où le St-Sacrement est exposé juste pour garder cette tradition pendant le carême. Cependant, c'est pour lui «un temps de recueillement personnel devant l'hostie, de vivre un cœur à cœur avec Jésus et pour méditer sur ma vie de baptisé».

Tradition

Avis que partage un peu Desirella, la trentaine et habitant Rose-Hill. «Il est important de se donner du temps pour être en présence de Dieu.» Elle ne va pas aux XL-Heures par obligation, mais y va là où elle peut. «Certains disent qu'il faut aller à sept ou à 14 églises pour que nos prières soient exaucées, mais moi je ne crois pas en cette croyance populaire.»

Elle considère que les XL-Heures est plus une tradition dans l'Eglise et un phénomène de croyance devenu populaire avec le temps. «N'empêche que je respecte ceux qui se font un devoir d'y aller», précise-t-elle. Désirella ajoute aussi qu'elle ne croit «pas que mes prières ne seront pas exaucées si je n'y vais pas. Quand j'étais plus jeune, je participais aux 14 églises. Ce n'était pas une démarche de foi, mais une démarche populaire qui ne me rapportait qu'une fatigue additionnelle qu'autre chose».

Diane, qui approche la cinquantaine, habite Curepipe. Elle ne va pas non plus faire le tour de l'île pour prier devant le St-Sacrement. «Je vais y aller dans ma paroisse et celles des environs, particulièrement à St-Paul, ma paroisse d'origine. Je vais y aller le soir quand il y a moins de monde.» Eric, de Vacoas, voit dans les XL-Heures une occasion pour prier et de se retrouver en communauté.

Temps privilégié

Le temps de carême et de l'adoration du St-Sacrement est un moment privilégié pour tous ceux interrogés. Isabelle, de Rivière-Noire, trouve dans les XL-Heures un moment de recueillement dans sa paroisse pour être avec le Seigneur à une heure qui lui convient. «Le temps de carême est l'occasion», pour elle de «remettre les pendules à l'heure». Elle essaye aussi de reconnaître davantage, de façon concrète, Dieu dans son prochain. «J'essaie d'établir avec le Seigneur un lien de communication, comme un antenne, pour être en contact avec lui.»

Eric y voit, durant cette période, l'occasion de faire la démarche d'aller vers Dieu alors que «nous attendons tout le temps qu'Il vienne vers nous». Pour Jérôme, le carême est un temps pour soigner son intérieur, de pratiquer la conversion du cœur, de réfléchir sur les erreurs commises et de remettre en question sa façon d'agir. Désirella s'arrête elle pour être en communion avec Dieu.

C'est ce que souhaite Sylvain, de Curepipe. Lui qui depuis son mariage s'est éloigné de l'Église, il appréhende cette période. «Je me demande si je vais le vivre comme auparavant ou si je vais passer dessus.» Cependant, il souhaite vivre quelque temps fort durant cette période en compagnie de son épouse et d'être davantage à l'écoute de la parole de Dieu chaque jour.

Samila, la quarantaine et habitant Port-Louis, bien qu'elle ne soit pas de foi catholique, participe aux XL- heures. «Cela a tout le temps été une tradition chez moi, parce que nous croyons en Dieu.» Elle va pour l'adoration du St-Sacrement dans plusieurs églises et dit ne s'attendre à rien. «C'est à Dieu de décider si mes prières méritent d'être exaucées.» Ce qui la motive, c'est cette croyance que Dieu est UN. «Qu'Il soit Jésus, Bouddha, Shiva ou Allah, c'est Dieu pour tout le monde et nous le prions à notre façon. La religion n'est pas Dieu, c'est Dieu qui est la religion.»

Effort

Tous nos interlocuteurs signifient leur intention de ne pas prendre des résolutions durant cette période ou de faire des «sacrifices», mais privilégient un changement de cœur et d'attitude envers les autres. «Je fais un effort pour aller à la messe même en semaine et pour être plus attentive aux autres», dit Isabelle. Idem pour Diane, qui va essayer d'être constante dans la pratique de sa foi. Un effort que Désirella souhaite tenir tous les jours, tout comme Sylvain et Jérôme. Eric ne veut pas prendre des résolutions de peur de ne pouvoir tenir ses engagements.

Démarche de foi ou religieuse, le temps de carême demeure une occasion de s'arrêter pour se remettre en question. A nous d'en profiter.

Jean-Marie St-Cyr

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