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Voir plus loin

Les résultats du HSC sont officiels et, à nouveau, les lauréats font la Une. Ceux qui, pour beaucoup de nos compatriotes, constituent la crème de notre élite. Ce qui vient, encore une fois, souligner cette hypocrisie à Maurice quant à notre système éducatif : alors que tous ne cessent de répéter qu'ils ont à cœur le développement intégral de l'enfant, la réalité est tout autre : nous avons fait du succès académique la finalité de notre système éducatif.

D'où ce hit parade des collèges les plus demandés qui reflète les établissements ayant «scoré» le plus grand nombre de Aggregate 6 en SC et de 3As en HSC. Et nos politiques, ceux d'avant-hier, d'hier et d'aujourd'hui, se félicitent toujours de la «qualité» de nos résultats en SC et HSC. En soulignant comment notre pays peut rivaliser, à ce niveau, avec l'élite mondiale.

Cependant, nous décideurs politiques «oublient» souvent de rappeler ce que nombre d'enseignants ne cessent de marteler : la baisse générale du niveau des épreuves. Pour Cambridge, par exemple, alors que dans les années 1980, un élève de HSC prenant part aux épreuves de sociologie avait à «Account for the changes...», celui de 2006 aura simplement à répondre à «What are the changes ...?» C'est comme si la FIFA, constatant que les matches de football produisent peu de buts, décidait que dorénavant, les matches se joueraient à 7 joueurs et que les buts seraient deux fois plus larges. On aurait ainsi plus de buts, mais pas forcément une hausse de la qualité du jeu !

Le fait que l'on ne demande plus au candidat du HSC de account for, mais simplement de reproduire des choses apprises par cœur est dans l'air du temps : l'esprit critique et d'analyse est laissé de côté, le meilleur élève étant celui qui arrive à recracher fidèlement le morceau. Nul besoin de réfléchir : on le fait pour nous. Vive la société du prêt-à-penser !

Nombre de parents constatent qu'à 18, 20 ou 25 ans, ils faisaient preuve de plus de maturité et d'autonomie que leurs enfants du même âge. Et les entrevues de nos lauréats mettent en exergue leurs limites et le désert de la réflexion chez beaucoup d'entre eux.

Les autorités ont annoncé, il y a peu, pour pallier ce problème, leur intention d'introduire la philosophie dans le programme d'études de nos élèves de HSC.

Le chemin de l'enfer est pavé de bonnes intentions, dit la sagesse populaire. Comment sortir sereinement du jour au lendemain d'un système de rote learning à un où la philo serait de mise quand, ne serait-ce que les ressources humaines appropriées ne sont pas disponibles ?

Plus simplement, si l'on veut permettre à nos jeunes de «penser» davantage, ne serait-il pas plus simple de le faire à travers une éducation aux valeurs humaines qui partirait de leur vécu ? Ces classes sont actuellement inexistantes dans certains collèges ou dévaluées dans d'autres, n'apparaissant sur le time table que pour caser un enseignant en manque du minimum d'heures d'enseignement réglementaire.

Les récents faits divers de jeunes adolescents se livrant à l'école buissonnière ou à la sexualité précoce sont signes que nos jeunes ont besoin d'être guidés. Nous ne le redirons jamais assez : nos jeunes vivent des réalités «dures» et, si on veut les atteindre, il nous faut une approche professionnelle, car la société de demain se joue aujourd'hui. Les problèmes de notre système éducatif ne seront pas solutionnés par de la bureaucratie, par une approche théorique ou par de techniciens qui, de retour de stages à l'étranger, viennent recracher, fièrement, ce qu'ils ont trouvé/vu. Surtout que nombre de ces techniciens sont cloisonnés dans leurs tours d'ivoire, complètement déconnectés de l'enseignement en situation de classe.

Au lieu de nous gargariser quant au taux de réussite «record» au HSC, nos décideurs politiques devraient méditer sur ces propos d'Eddy Jolicœur, directeur des ressources humaines chez Rogers : «Nous produisons de brillants élèves avec des qualifications académiques impressionnantes, mais avec peu de capacités à être créatifs. Ce système laisse très peu de place à la culture. Alors que dans le cadre de la mondialisation, nous avons besoin de ressources cultivées pour pouvoir s'adapter à tous les changements.» (l'express du lundi 12 février)

Et une devrait pouvoir sereinement répondre à ces attentes.

Erick Brelu-Brelu


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