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Jim Caroopen, ancien bègue


Faire route ensemble
sur le chemin d'espérance

Jim Caroopen, 33 ans, a souffert de bégaiement pendant de nombreuses années. Grâce à son profond désir de pouvoir s'exprimer clairement, le bégaiement fait partie de son passé. Cette joie, Jim la partage avec tous ceux qui l'entourent au sein de l'association Parole d'espoir. Jim invite tous ceux qui veulent sortir de leur bégaiement à se joindre à lui sur ce chemin d'espérance.

Le bégaiement est un handicap social que Jim définit comme une incapacité à articuler des mots au moment voulu et surtout lors de la rencontre avec l'autre. Il apparaît parfois dès deux ans et demi et le plus souvent vers trois ou quatre ans, parfois vers six ou alors dix/onze ans. «Le chemin vers une parole libre, c'est d'aller vers les autres», estime Jim. Chemin de libération qu'il a lui-même emprunté.

Ce n'est qu'à l'école primaire que Jim prend conscience de son bégaiement. A la maison, ses parents n'en faisaient pas un drame. Lors des diverses interventions orales, il lui arrivait souvent de connaître les réponses, mais de ne pouvoir y répondre. Résultats : des frustrations. Heureusement que ses enseignants étaient très indulgents envers lui. «Ils m'accordaient un temps additionnel.» Au collège London, cette incapacité de s'exprimer le poursuit. Son cercle d'amis ne consistait que de proches. «C'était vraiment pénible pour moi de me faire de nouveaux amis.» Ses activités n'étaient jamais liées à la parole.

A 20 ans, frustration totale

Devant ce problème, Jim se pose une grande question : comment allait-il aborder les entretiens d'embauche ? Il se fait accompagner par une orthophoniste pour une thérapie. «Cela m'a aidé certes, mais pas totalement.» A 20 ans, c'est la frustration totale. Lors de son premier entretien d'embauche, Jim ne pouvait plus prononcer un mot. Les entretiens se suivirent et Jim accumulait les frustrations. «J'étais troublé : je pensais qu'aucun employeur potentiel n'allait me rappeler. Certains ne l'ont pas fait, d'autres m'ont demandé de me faire soigner. Heureusement, je l'ai pris dans le bon sens.» Parmi, il y a eu Anand, qui sera son employeur et qui a cru en ses compétences. Jusqu'au point de l'embaucher comme auditeur pour sa société. D'ailleurs, Jim le remercie encore de cette main tendue. «Il m'accordait une attention particulière jusqu'au point de m'accompagner lors de mes premiers audits.»

La volonté de pouvoir s'exprimer clairement était très ancrée en lui. D'autant plus qu'il savait que le bégaiement l'empêcherait de progresser professionnellement. Il se sentait reclu de la société. Au bureau, il n'osait jamais commencer une conversation de peur de ne pouvoir la terminer. La même chose s'appliquait lors des dîners ou autres réunions. «C'était une grande frustration de voir défiler devant soi la phrase que je veux dire mais que, malheureusement, je devais souvent remplacer des mots par d'autres, faute de pouvoir articuler.» Ce qui amène Jim à se renfermer sur lui-même encore plus.

La solution : rencontre avec l'autre

Les recherches sur le Net vont beaucoup aider Jim. L'Internet le confirme que la solution à son problème ne pouvait se faire qu'à travers la rencontre avec l'autre. A partir de là, il fait le saut. Au bureau, il fait l'effort de participer à des débats. Il n'a plus peur de téléphoner ou de tenir des conversations. Plus il ose, plus la confiance s'installe. Ses contacts se multiplient. Et Jim avance. Il fait un grand progrès dans son langage. Jusqu'au jour où il entend une annonce au cours de l'émission Priorité santé sur RFI à propos d'une conférence africaine sur le bégaiement qui allait se tenir en octobre 2005 au Caméroun. «On invitait les intéressés à s'inscrire.»

Sans plus attendre, Jim envoie son formulaire d'inscription et exprime son grand intérêt pour le sujet. C'était

en septembre 2005. Mais il n'est pas sélectionné. Joseph Lukong, le porte-parole de l'association camérounaise, le réfère à Mark Irwin, Australien, ancien bègue et dentiste de profession et président de l'International Stuttering Association (ISA), association qui s'occupe des bègues en Australie. Mark Irwin, qui allait assister à la conférence au Caméroun, décide de transiter par Maurice. Tout se met en place pour une rencontre au Caudan.

Un tournant dans sa vie

Cette rencontre avec Mark Irwin sera un tournant dans la vie de Jim.Très vite, il décèlera que cet Australien présentait le même parcours que lui. Au cours d'un déjeuner, Mark lui fait part du Self-Help Group (Groupe de parole) et le met au défi de lancer un tel groupe à Maurice ­ groupe qui sera composé uniquement de personnes bègues. Mark Irwin lui indique le chemin à suivre: un soft launch, mais pas de campagne nationale. Il part pour trois semaines au Caméroun.

S'assumer publiquement en tant que bègue était quasiment impossible pour Jim. «Il y avait une grande résistance en moi. Mais, au fond, je savais que c'était la solution.» Sur les conseils de Mark, il contacte les orthophonistes de la fonction publique pour avoir une liste des bègues. Cette démarche s'annonce vaine. Après mille hésitations, Jim décide de passer un coup de fil à La Vie Catholique pour une annonce. En quelques jours, Jim dressera une liste d'une dizaine de personnes bègues.

Lancement du Groupe de parole

Le Groupe de parole est lancé en présence de Mark Irwin en octobre 2005, avec un programme étalé et les techniques adaptées sur seize semaines. Il consiste en trois étapes : acquire,transfer et maintain. L'objectif, explique Jim, est de «se re-approprier la parole, d'aller vers les autres et finalement de maintenir cette nouvelle façon de parler.» Au bout de seize semaines, la personne est invitée à s'intégrer dans la société. Si elle le désire, elle peut arrêter ou alors encore recommencer le cours. Sinon, elle peut s'engager en tant qu'animatrice ou alors former un autre groupe dans son quartier si elle se sent prête.

Le Groupe de parole a été baptisé en décembre 2005. Il est désormais connu sous le nom de Parole d'espoir. Jim s'est joint à quelques personnes, y compris des parents d'enfants bègues, qui ont voulu lancer une association début 2007. Main dans la main, ils espèrent avancer sur ce chemin d'espérance.

Un grand merci

Jim exprime sa profonde reconnaissance pour son actuel employeur, qui lui a donné son soutien total et ce, dès le début du projet Groupe de parole. «Il a même mis un bureau à ma disposition pour les réunions.» Il dit aussi un grand merci à ses parents, en particulier sa mère, qui a toujours été à ses côtés pour le soutenir et l'encourager dans ses initiatives. Jim avoue également que Dieu occupe une place centrale dans sa vie. «Seul, je ne suis rien», tient-il à préciser. «Tout ce qui m'est arrivé dans la vie n'est pas dû au hasard. Dieu a placé toutes ces personnes sur ma route pour me transformer.»

Aujourd'hui, Jim est fier de pouvoir s'exprimer librement. «Ma plus grande libération, reconnaît-il, est d'avoir pu assumer mon bégaiement en public.»

Sandra Potié

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