HSC 2006


Lauréats : ont-ils une dette envers le pays ?

Que pensez-vous de cette tradition d'allouer des bourses aux élèves ayant obtenu de meilleurs résultats?

C'est un système qui met en lumière les élèves ayant obtenu de très bons résultats. Quand nous en avons dans nos établissements, nous ne pouvons pas faire la fine bouche. Cependant, je pense que c'est un système distordu, car il met la lumière sur une petite poignée d'élèves uniquement, en occultant les autres. Ces autres, cette masse anonyme, qui a tout autant travaillé et qui mérite aussi bien d'être mis en avant.

C'est d'ailleurs de cette masse anonyme que le pays va tirer la plupart de ses ressources. Aujourd'hui, quand on regarde ceux qui sont à la tête du service public et du secteur privé, on se rend compte que ce sont ces personnes de la masse anonyme. Je pense que ce système de bourses ne leur rend pas justice, car tout effort mérite d'être récompensé.

A mon avis, dans une île Maurice où nous avons aujourd'hui des collèges régionaux, des collèges nationaux, des collèges privés, etc...les bourses doivent être allouées sur une base régionale. Que l'émulation se situe maintenant à tous les niveaux où les collèges sont regroupés. Il faut un level playing field pour tous. Que les collèges nationaux aient leurs bourses et que les collèges régionaux, d'Etat et privés aient les leurs.

Il faudrait également que les instances de formation universitaire aient une plus grande capacité d'accueil. Quand on parle de knowledge hub, qu'est-ce qu'on est en train de proposer comme formation à nos jeunes ?

Quelles sont, à votre avis, les raisons qui poussent les lauréats à ne pas rentrer au pays une fois
leurs études terminées ?

Il y a la disponibilité des offres d'emplois et les possibilités d'épanouissement. C'est toujours triste qu'une personne qui a eu une bonne formation universitaire n'arrive pas à trouver, au pays, un poste pour l'accueillir. Nous avons alors des frustrés. Il faut aussi valoriser le sentiment patriotique, le sens d'appartenance au pays. Que le jeune aime la République et soit fier de la servir. C'est un processus qui doit commencer à être mis en place dans la vie de nos jeunes au plus tôt. Il s'agit de se sentir Mauricien et d'apprendre à vivre en tant que tel. Sur le plan des loisirs, de la culture, de la promotion de la citoyenneté... il y a aussi beaucoup d'accompagnement à faire. Mais que fait-on pour rendre le mauricianisme plus attrayant ?

Pour pallier les difficultés financières de l'université de Maurice, les autorités parlent d'augmenter
les frais d'inscription. Vos réactions...

C'est dommage, car le principal investissement pour un pays réside dans sa jeunesse, dans sa matière grise, dans ses cadres. Avec l'augmentation des frais d'inscription, moins de jeunes pourront s'inscrire à l'université. Tout doit être fait pour que cela n'arrive pas. Sinon le knowledge hub ne sera qu'un slogan creux.

Martine Thédore


Les résultats du Higher School Certificate (HSC), cuvée 2006, ont été proclamés le lundi 12 février. Comme pour les années précédentes, l'allocation des bourses s'est jouée, en grande partie, entre les Five Stars Colleges. Ainsi, du côté des filles, c'est le collège Queen Elizabeth qui a raflé 13 des 15 bourses d'études alors que du côté des garçon,s les bourses ont été partagées principalement entre le collège Royal de Port-Louis, le collège Royal de Curepipe et le collège du St-Esprit (Voir encadré). Alors que les lauréats se réjouissent de leurs bons résultats et songent déjà à leurs études à l'étranger, beaucoup s'interrogent sur la pertinence de ces bourses. Ainsi, dans un article datant du lundi 12, nos confrères de l'express rappellent qu'«une récente étude du ministère de l'Education démontre que, depuis 1995, seuls 18 % sont revenus au pays alors qu'ils avaient signé un contrat - bond - avec l'Etat où ils s'engageaient à retourner au pays une fois leurs études terminées». La question demeure : pourquoi ne reviennent-ils pas ? Selon Serge Ng Tat Chung (voir interview), c'est grandement par manque de patriotisme. Beaucoup estiment que les lauréats devraient «rendre» au pays l'investissement consenti en eux en venant travailler ici après leurs études.

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