172e anniversaire
de l'Abolition de l'esclavage

Hommage aux

ancêtres

Plusieurs activités ont été organisées dans le cadre de la célébration marquant le 172e anniversaire de l'Abolition de l'esclavage. Cette année, l'accent a été mis sur le marronnage et sur le dossier de demande d'inscription du Morne au Patrimoine mondial à l'Unesco. Une célébration marquée par la présence de Luis Antonio Covane, ministre adjoint de l'Education et de la Culture du Mozambique.

Trois œuvres ont été lancées à cette occasion : Les souliers de l'Abolition (Ile Maurice, 1834-1840), d'Alain Romaine ; Revi Kiltir Kreol (N° 6), publication du Centre Nelson Mandela pour la culture africaine ; et, un CD sur des sites liés à l'esclavage à Maurice et préparé par le National Heritage Trust Fund. Le Centre Nelson Mandela a, de son côté, lancé une page Web sur l'histoire de familles d'esclaves. Le Management Plan de la péninsule du Morne a également été présenté au centre social du village. Le document public a été présenté par le Pr François Odendaal, expert mandaté par l'Unesco pour travailler sur le dossier du Morne. Le Mouvement militant mauricien (MMM) et le Mouvement socialiste militant (MSM) ont eux aussi rendu hommage aux esclaves : le MSM à Pointe-Canon dans l'après-midi du 1er février alors que le MMM était à Trou-Chenille le 2 février.

Sylvio Sundanum

Line

Messe 1er-Février 2007


Mgr Piat : «Comment
vit-on cette liberté ?»

C'est autour du thème «Lalit maron» que le Komite Diosezin 1e-Fevriye a réuni les fidèles et plusieurs dignitaires lors de la messe commémorant le 172e anniversaire de l'abolition de l'esclavage le 1er février en l'église St-Matthieu, La Tour-Koenig. La proclamation de l'abolition de l'esclavage, dite en créole par le gouverneur Nicolay le 17 janvier 1835, a été lue par Marjorie Desveaux. Texte entendu pour la première fois par la plupart des fidèles présents.

L'église St-Matthieu était pleine à craquer en ce 1er février. Des pancartes affichant les noms de Tatamaka, Coutoupa, Alexandre, Diamamouve, Zephir, Madame Françoise y ont été placées dans divers endroits. Selon le Komite Diosezin 1e fevriye, ces noms ont été mal rapportés dans l'histoire comme étant des marrons, des bandits, alors qu'ils ont été de vrais combattants de la liberté. Des cantiques en kréol, chantés par la chorale Ste-Marie-Madeleine/St-Matthieu, ont rythmé toute la célébration.

«L'abolition de l'esclavage est une grande libération pour nos frères et sœurs qui ont vécu dans des situations inhumaines pendant si longtemps.» C'est en ces termes que Mgr Maurice E. Piat s'est adressé à l'assistance. Et cette libération se veut aussi pour notre pays, notre société, a ajouté l'évêque, qui a fait part de sa joie et de sa solidarité à se joindre à cette fête, même s'il est un descendant de colons.

Pourquoi l'esclavage a-t-il eu lieu et pourquoi a-t-il duré si longtemps ? Et que faisons-nous de cette liberté qu'on a héritée, comment la vit-on avec les autres aujourd'hui ? C'est sur ces deux points que Mgr Piat a invité toute l'assistance à réfléchir. Il leur a ensuite demandé de se rassembler afin de construire une société libre, fraternelle et solidaire.

L'homélie fut en trois temps. D'abord, le père Jacques-Henri David a invité chacun à laisser le regard de Jésus se poser sur leur histoire. Le thème Lalit Maron, selon lui, met une partie de notre histoire en lumière. Ensuite, la Chagossienne Lisette Talatte a donné son témoignage de résistance lorsqu'elle fut déracinée de son île natale pour être déportée à Maurice.

Langue kreol... langue de résistance

Ce fut aussi l'occasion pour Jimmy Harmon de rappeler que la langue kreol, langue de résistance des esclaves, est le «pli gran leritaz maron ki nou finn resevwar... Se enn leritaz ki pena pri». D'ailleurs, rappelle-t-il, la proclamation de l'abolition de l'esclavage a été dite en créole en 1835. Et aujourd'hui, déplore-t-il, seul le kreol, langue de tous les Mauriciens, n'est pas comptabilisée aux examens. Alors qu'au sein de l'éducation catholique, la langue maternelle de l'enfant est reconnue pour aider ce dernier à se remettre debout. «Se lekzamp lekol maronaz...nou pe fer ledikasyon rezistans. Pa zis pou zanfan kreol me pou tou zanfan morisien», soutient-il.

A la fin de la célébration, le père Alain Romaine, auteur du livre Les souliers de l'Abolition, a remercié le Seigneur d'avoir mis «la liberte dan nou lipie... Mersi pou seki to Garson finn revel nou... Mersi ki Li finn kass lasenn dan nou lamin, nou lipie, nou leker, pou abiy nou avek bon bon linz e sirtou soulye la liberte».

Rappelons que cette eucharistie a été présidée par Mgr Maurice E. Piat et concélébrée par environ une quinzaine de prêtres, y compris l'évêque de Maurice, Mgr Ian Ernest. Des représentants du gouvernement et de l'opposition ­ James Burty David, Étienne Sinatambou et Nando Bodha ­ ainsi que Cassam Uteem et Dominique Renaud, ambassadeur de France à Maurice, y étaient présents entre autres.

Sandra Potié

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