Mode griffée


«Jeune, dis-moi comment tu t'habilles ...»

Aujourd'hui, la mode est aux articles griffés. Les plus touchés par ce «must» sont nos jeunes, plus particulièrement les adolescents. Il suffit de regarder autour de nous : les marques internationales sont de mise - Quicksilver, Billabong, Adidas, Nike. Et les marques locales sont aussi en compétition: IV Play, Blue Steel, The Spot, Le Voyageur Liquid, Body & Soul, Peace Angel, Habit. A quels besoins répond cette course aux griffes? Quelques éléments de réponse.

Pour s'affirmer, Kevin Kong, 16 ans et habitant Coromandel, rappelle qu'il s'habille de la tête aux pieds rien qu'avec des vêtements griffés. «A travers les tenues que je porte, je me crée un style dans lequel je me sens bien et j'attire les regards sur moi.» Au fil des rencontres avec d'autres jeunes, il est évident que les motivations du port de vêtements griffés varient d'un adolescent à l'autre. Christophe Payet, de Pointe-aux-Sables, 19 ans, nous explique qu'il se sent valorisé en portant des «fringues» griffés que portent les stars. «Je me sens tout aussi star. Ainsi, je me sens populaire et surtout attirant.»

Cool... à la mode

Etre branché, c'est vivre la mode. Et vivre la mode, c'est être cool. Pour beaucoup de jeunes, comme Jean-Marie Herbu, de Bell-Village, pour se sentir cool, il est impératif d'être griffé. «Moi je m'habille griffé, car cela m'apporte un plaisir personnel. Peu importe la marque, pourvu que mes vêtements soient griffés. Car porter des vêtements griffés m'apporte un plus.»

Et qu'en est-il du coût de leurs vêtements ? La plupart des jeunes ne se rendent souvent pas compte qu'au total, le coût de leurs vêtements et autres accessoires peut tourner entre Rs 3 500 et Rs 5 000 en un seul jour. Et qui sont ceux qui en font les frais? Pour la quasi-totalité, ce sont bien évidemment les parents.

Conscients de la somme à être déboursée, nombreux sont les jeunes qui veulent aussi apporter leur participation aux achats, surtout en période de fin d'année. Ce qui les amène à travailler afin de pouvoir se payer les vêtements de leur choix. «Pour être à la mode, je me sacrifie en travaillant comme serveur pendant les week-ends et je commence aussi à me lancer dans la bijouterie», nous dit Christophe Payet, élève de Form VI.

Aucune importance

Malgré le sacrifice de certains, il y a aussi ceux qui sont bien plus réalistes. Martine Prudence, de Pointe-aux-Sables, nous explique que pour elle, la marque n'a aucune importance. «Ce qui est essentiel pour moi, c'est la qualité et l'esthétique des vêtements. Tout de même, je me suis offerte quelques vêtements griffés qui m'ont plu.» Toutefois, Martine avoue que la plupart de ses vêtements, elle les a eus en cadeau.

Martine Farla, Form VI, habite Baie-du-Tombeau, est orpheline de père. Pour elle, la mode ne signifie pas porter des griffes. Elle avoue qu'elle s'habille très bien en portant des vêtements à son goût, de bonne qualité certes, mais qui ne sont pas forcément griffés. Pour Martine Farla, les marques n'ont aucune importance. «Je me contente de ce que me donne ma mère, vu que je ne travaille pas», explique-t-elle.

L'avis des parents

Les parents sont nombreux à subvenir aux dépenses vestimentaires de leurs enfants. Et dans certains cas, il est très dur de gérer le coût des achats, mais tout de même, ils s'efforcent de faire des sacrifices pour leurs enfants. David, père d'un fils de 18 ans et d'une fille de 10 ans, se souvient encore il y a quelques années de cela, il s'était rendu dans la capitale pour s'acheter une paire de chaussures. David a tout de suite changé d'avis quand il a vu une autre paire qui plairait à son fils. «Je me suis alors sacrifié pour lui acheter cette paire de chaussures, au lieu de me faire plaisir.»

Sybille, mère de deux fils de 17 et 15 ans et dont le mari travaille à l'étranger, nous raconte : «Je me fais un devoir de faire plaisir à mes deux fils qui deviennent de plus en plus exigeants en ce qui concerne leur style vestimentaire.» Chez elle, c'est souvent le désaccord et la mésentente entre ses deux fils. L'un est toujours jaloux de ce que reçoit l'autre. Pour éviter ce genre de conflits, Sybille se voit obligée de satisfaire les deux, tout en demeurant raisonnable.

Tel n'est pas le cas pour Gilberte, mère de deux filles. «J'ai toujours appris à mes enfants que ce n'est pas la marque qui importe, mais la qualité. Je leur ai fait comprendre que malgré les prix exorbitants des griffes, leur qualité n'est toujours pas meilleure.» Ce qui amène Gilberte à dire qu'elle n'a aucun souci à se faire en ce qui concerne la tenue vestimentaire de ses deux filles.

Réalité

Finalement, pour la plupart des parents, malgré les inconvénients que cela peut leur apporter, il est plus que nécessaire, voire primordial, de satisfaire le goût vestimentaire de leurs enfants. Même si cela leur coûte une fortune. Car, disent-ils, cela fait partie de la mode.

D'ailleurs, de plus en plus le must des griffes prend de l'ampleur. Nous vivons dans une société qui se griffe graduellement de toutes les modernités les plus extrêmes. Comment donc se dégriffer d'une réalité qui nous baigne ?

Emmanuel Plassan

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