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Envie de la vie

Conscientes qu'en France, la première cause de mortalité chez les 15-35 ans est le suicide, les autorités françaises ont lancé une campagne ciblant ce public et intitulée Envie de la vie.

Depuis le début de l'année, notre pays a enregistré pas moins de quatre cas de jeunes adolescents s'étant donné la mort. Quatre jeunes âgés de 14 à 18 ans qui choisissent de ne plus vivre. Un fait de société qui ne peut nous laisser insensibles.

Comme nous semblent éloignées les années 60 et 80, où dominait un certain romantisme : les adolescents attendant impatiemment la série de slows lors des «fêtes» pour tenir tendrement leurs dulcinées. Période où les jeunes filles se gavaient de littérature à l'eau de rose style Mills & Boons et Harlequin. Temps où la littérature favorite des adolescents avait pour nom les romans d'Agatha Christie et pour héros Bob Morane. Et les valeurs sacralisées : l'amitié, le don de soi, le courage, l'intégrité...

Le monde a changé. Aujourd'hui, sont au haut de l'affiche des chansons où racisme, violence et valeurs négatives prédominent. Les icônes de nos jeunes sont violents, disjonctés, racistes, malhonnêtes. La sorcellerie est de mise : côté littérature, Harry Potter ; et télévision, Charmed.

Cela démontrerait-il que notre jeunesse, en grande partie, est désabusée et sans la moindre sensibilité ? Nos jeunes semblent avoir par-dessus tout le goût de l'artifice. Ce qui nous fait penser à Baudelaire, qui, dans nombre de ses poèmes, exalte le goût de l'artifice. Nous comprenons par la suite que s'il le fait, ce n'est pas par dégoût de la nature, mais pour mieux exprimer sa nostalgie de la vraie nature qui a disparu.

Ainsi, ce détachement apparent de nos adolescents cache une certaine fragilité chez eux : nos jeunes n'arrivent pas à trouver leurs repères/repaires dans un monde où, trop souvent, le mensonge est

promu comme valeur. C'est comme le Canada Dry : ça a le goût de la vérité, la couleur de la vérité, mais tout n'est que mensonge, tout n'est que verbiage.

De nombreux accompagnateurs sociaux tirent la sonnette d'alarme : la pulsion de mort (thanatos) est fréquente chez nos adolescents, certains d'entre eux se livrant même au culte satanique. Eros peut aller se rhabiller. Et cette réalité, elle est taboue et nul n'ose l'aborder en public.

Mais le nombre de suicides chez nos adolescents ne peut que nous interpeller quant à ce que nous, adultes, leur proposons. Le temps où l'on «enseignait» les valeurs morales ou religieuses est révolu. Si l'on veut atteindre le jeune qui cache sa fragilité derrière un cynisme, il nous faut avant tout être des prophètes et souligner ce qu'il y a de bon dans la vie, dans le monde. Nous devons revoir notre manière d'être avec nos jeunes.

Le dialogue vrai nécessite, de notre part, que nous traitions nos adolescents comme des partenaires à part entière. Et que nous évitions le piège de donneurs de leçons, nous qui sommes souvent si éloignés dans notre vécu de ce que nous prêchons.

Le taux alarmant de suicides chez nos jeunes ne doit pas être banalisé et/ou traité avec mépris. Ces suicides réussis sont le signe palpable que nous n'arrivons pas à discerner les vraies causes du mal-être de nos adolescents. Trop de nos jeunes meurent d'aimer, meurent faute d'amour. C'est devenu un vrai enjeu national qui ne peut être laissé qu'aux ONG. Les pouvoirs publics se doivent de prendre conscience de l'ampleur de ce problème et se donner des moyens pour y remédier. Le temps n'est plus aux beaux discours, mais aux actes. SOS amour !

Erick Brelu-Brelu

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