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Marie-Ginette Vigoureux


Femme et chauffeur de tracteur

Marie-Ginette Vigoureux a su persévérer dans son désir de faire du métier de chauffeur une réalité. Cependant, son dada à elle, c'est de conduire un tracteur. Et elle vient de réussir son pari : elle a passé, en début d'année, son test de conduite et détient désormais son permis pour tracteur. Marie-Ginette devient ainsi la première Mauricienne chauffeur de tracteur sur une propriété sucrière.

Qu'est-ce qui a pu pousser cette habitante de Bois-d'Oiseaux, Flacq, et mère d'un fils de 20 ans et d'une fille de 9 ans à vouloir être au volant d'un tracteur ? Tout remonte à son adolescence : à l'inverse de sa sœur et de ses trois frères, en rentrant de l'école, elle s'intéressait toujours au travail des hommes et aux véhicules. «Mo ti touzour kot ban misie pe travay.»

Ayant besoin de travailler après son mariage avec Chistian, Marie-Ginette prend de l'emploi sur la sucrerie Constance-La Gaieté en 1988 et découvre les rigueurs du travail de laboureur. «Ti enn travay bien dir. Mo ti komens 6h30 ek fini 13h00.» Peu à peu, elle s'habitue aux conditions difficiles de son métier. Et elle ne pouvait s'absenter ne serait-ce qu'un jour, l'important pour elle étant d'être «parmi ceux ayant un taux de présence d'au moins 80% durant l'année pour être qualifiés l'année suivante». Et, elle ne regrette nullement ce sacrifice, car elle est aujourd'hui «une employée de Constance-La Gaieté», où elle a passé les dix-huit dernières années.

«Ki fer pas mwa»

«L'accomplissement de Marie-Ginette, ouvrière agricole devenue chauffeur de tracteur est sans précédent. Sa persévérance et sa volonté de progresser sont à la base de sa réussite», a souligné Jean-Philippe Lagane, du département Garage de la propriété. Il se souvient de la motocyclette qu'elle avait acquise dans les années 2000. Et du fait qu'elle avait réussi son permis moto. «Comme j'habite Bois-d'Oiseaux et que je travaille à Constance, la moto est un moyen sûr d'être à l'heure au travail et me permettre également de me déplacer pour mes achats à Centre-de-Flacq», relate l'intéressée.

En 2004, lorsqu'elle prend connaissance d'un avis de la section Garage invitant les ouvriers agricoles détenant un permis de conduire à se faire connaître en vue de leur permettre d'obtenir leur permis poids lourds, Marie-Ginette décide de relever le défi d'être la première chauffeur de poids lourd de Constance-La Gaieté. «Ki fer pa moi», dit-elle à ses collègues de travail. Elle s'inscrivit à une auto-école et réussit son permis de conduire, à sa deuxième tentative, en janvier 2004. Encouragée par son mari, ses enfants et ses proches, elle s'achète une voiture pour les sorties en famille ­ ce qui lui permet d'acquérir de l'expérience sur nos routes. «Mais mon rêve était tout autre : conduire un camion ou un tracteur.»

Revoir ses failles

En octobre 2006, elle prend contact avec Jean-Philippe Lagane, qui l'encourage à «s'entraî

ner» trois fois la semaine en vue de devenir aspirante-chauffeur de tracteur. «L'apprentissage et le programme de formation ne sont pas de tout repos. Un tracteur est bien différent des autres véhicules ou d'un poids lourd. Il y a des fonctions qui sont différentes. On a une vue panoramique à bord d'un tracteur, les routes ne sont pas les mêmes : on est en plein champs de canne à sucre, les routes ne sont pas bitumées ; il y a des ravins, pentes et remblais», souligne Marie-Ginette.

Elle se prépare pour son permis et le jour de l'examen approche. Sa première tentative se solde par un échec, peut être à cause de l'ampleur de la responsabilité. «L'examinateur de la Traffic Branch m'a dit que j'allais être la première femme à Maurice chauffeur de tracteur et que mon nom allait être inscrit dans l'histoire de Maurice. Et cela m'a paralysée.»

Loin de se décourager, elle se motive pour réussir. «J'ai essayé de voir, avec les autres amis chauffeurs, où j'avais des failles.» Et sa persévérance a porté des fruits : sa deuxième tentative est la bonne. «Je dois dire un grand merci à Jean-Claude Lapidor pour son soutien et ses conseils.»

Relever le défi

Etre femme et chauffeur de tracteur peut sembler difficile à conjuguer. Mais Marie-Ginette Vigoureux a osé relever le défi. «Il faut oser et il y a bien des femmes dans le monde qui conduisent des poids lourds chaque jour en Europe ou en Afrique. Il ne faut pas oublier qu'il y a des femmes astronautes.» Aux femmes, elle dira : «Nous avons du potentiel, mais il faut plus de détermination et de volonté.»

«La femme à Maurice a fait des progrès considérables dans certains secteurs du monde du travail. La Mauricienne a un énorme potentiel. Il suffit de l'encourager, il faut qu'elle bouge, qu'elle aille aux renseignements, qu'elle éprouve le désir de progresser.» Avant d'ajouter : «Notre contribution en tant que femme au développement du pays est à la fois visible et grande ; et les femmes sont prêtes à occuper des postes de responsabilité dans tous les secteurs et aux échelons élevés de l'économie du pays.»

Dorénavant Marie-Ginette Vigoureux, son permis en poche, sera affectée au département de l'irrigation pour parfaire ses compétences et compléter son apprentissage. Ensuite, elle sera une full-fledged tractor driver. Ses projets professionnels futurs : «Mo dezir vinn sofer camion e plitar kondire catapilar.» Avant de lâcher, un sourire au coin : «Pourquoi pas responsable d'un département de transport ?» Marie-Ginette est l'image d'une femme déterminée qui a cru en elle et qui n'a pas eu peur de prendre des risques.

Sylvio Sundanum

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