La volonté de Dieu

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Tout bon croyant cherche à faire la volonté de Dieu. Pour cela, il demande à Dieu de l'éclairer : «Fais-moi connaître, Yahvé, tes voies; enseigne-moi tes sentiers» (Psaumes 25, 4). Il y a pourtant une question qui est sous-jacente à ce désir : quel est ce Dieu dont je cherche à faire la volonté ? Et là, nous sommes renvoyés à l'image que nous avons de Dieu.

Visage de Dieu

Quel visage à ce Dieu auquel je m'intéresse ?

Bien des croyants pensent que Dieu a un plan sur nous : il a déjà prévu le chemin que je dois prendre, les choix que je dois faire. Une volonté sur nous, un plan sur nous ... Serait-ce un Dieu autoritaire qui a déjà décidé de ce que dois faire, de ce que je dois être ? Et pour m'aider à connaître son plan. Dieu m'envoie des événements, ou il les permet, avec un message que je dois déchiffrer. En ce cas, ma vie pourrait ressembler à un jeu de piste : de message en message à déchiffrer, le petit scout finit par découvrir le but, et la fin du jeu preparé par son chef. Dans le jeu de la vie, Dieu envoie des evenements que le croyant doit accueillir comme une parole à lui adresser ­ si les choses se passent ainsi, il n'y a plus de hasard. Par exemple, je souhaite trouver une place de parking; au moment où j'arrive, quelqu'un s'en va : c'est la bienveillance divine ­ on entend ces raisonnements. Question : existe-t-il une volonté de Dieu qui nous parvient par événements interposés ?

Si Dieu agit ainsi, suis-je vraiment libre ? Liberté très réduite, puisque je n'aurais à déchiffrer un sens préétabli où ma volonté et ma foi n'ont aucune part. Et ce Dieu parait tout à fait extérieur à moi.

Nous avons du mal à nous défaire d'une image de Dieu Tout-Puissant, qui voit tout, qui sait tout. Comme si l'histoire de chacun et l'histoire du monde se déroulent devant lui comme un spectacle. Ce visage de Dieu on le trouve en arrière-plan de notre manière de concevoir la volonté de Dieu.

Nous n'avons pas à supposer que Dieu envoie des événements exprès ­ surtout quand il s'agit de souffrance ­ nous n'avons pas à dire que Dieu les a voulus, ou même permis.

Difficile liberté

Il y a quelque chose en nous qui résiste à la liberté, à la vie de la liberté : nous résistons à naître comme personnes libres, autonomes. Et pourtant Jésus est venu pour que nous ayons la vie (Jean) il ne s'agit pas de vie éternelle d'abord, mais de notre vie de personnes créées à l'image de Dieu. La question : comment faire naître une fidélité envers celui qui nous veut vivants ?

«La réponse que nous allons donner à Dieu n'est inscrite nulle part : même pas dans le cœur de Dieu. Ce que Dieu ne voit pas encore, il l'espère : que nous donnions forme et visage à nos choix libres. C'est la grandeur et le risque de nos vies d'être appelés à eveiller la joie de Dieu par la qualité et la génerosité de notre réponse.

«Dans cet effort de création personnelle en réponse à l'appel de Dieu, l'Esprit nous rejoint, non comme une force extérieure qui s'imposerait à nous, mais comme une energie interieure et qui suscite en nous l'accueil de la Parole de Dieu. L'evangile ouvre des horizons nouveaux : cherchez d'abord le Royaume de Dieu (Mt 5, 26.33) «M. Rondet)

Comment savoir que ma décision rejoint la volonté de Dieu ? Quand je peux dire qu'elle me rend plus libre, qu'elle donne sens et cohérence à ma vie.

Choisir la vie

Dieu nous laisse libres de choisir. Sa volonté, où plutôt son espoir, est que nous choisissions ce qui est bien, ce qui va dans le sens de ce qui est bon pour nous, c'est-à-dire le sens de notre construction, de notre humanisation.

Nous avons ce redoutable pouvoir de nous construire ou de nous détruire. Quand je vole, je ne fais pas seulement du tort à un autre, je me fais du tort moi-même : je détruis quelque chose en moi.

Dieu est intérieur à moi : il réside dans ce que je décide et dans la responsabilité que j'assume. A moi de donner sens à ce qui m'arrive (les avénements) et les décisions que je prends.» Tout nous fait signe, à nous d'en faire du sens» (Pierre Emmanuel, Poéte moderne).

«Il s'agit de nous convertir à notre propre vérité. Une verité qu'il s'agit de «faire», qui n'existe pas avant que nous la fassions. Et qui nous rend libres. Il s'agit donc moins de soumission que d'intervention. L'admirable est que Dieu se soumet, lui, à notre volonté même quand nos choix sont destructeurs. Il chemine avec nous sur nos routes perverses.

Quand l'homme décide de crucifier le juste, ce qui revient à le crucifier Lui, Dieu cède, il épouse la volonté de l'homme, pour venir nous chercher là, dans la mort que nous donnons et que nous nous donnons.

A aucun moment, Dieu ne veut se mettre en travers de la liberté de l'homme» (Père Marcel Domergue, jésuite)

A l'image de Dieu

Si Dieu nous crée réellement à son image, il nous crée libres. Et c'est la vocation de l'homme de gérer sa vie, de faire des choix; de décider ses orientations. C'est à lui d'écrire sa propre histoire.

Qu'est-ce qui fait la dignité de l'homme ?

N'est-ce pas justement de risquer sa propre parole, de risquer son choix et de l'assumer ?

La volonté de Dieu, c'est notre sanctification. Quant au chemin pour y parvenir, il nous laisse la liberté, à nous d'inventer le chemin: il compte sur notre créativité discrètement inspirée par son Esprit.

«En nous créant à son image, Dieu nous appelle à donner à cette image sa ressemblance particulière. Comme Jésus a donné à l'image de Dieu un visage humain particulier, à sa parole un accent unique. Ainsi chacun est appelé à refléter dans sa vie la sainteté du Père» (Père Michel Rondet,
jésuite).

Solange Jauffret

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