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Ki Koté «L'étable»

La fête de Noël est aujourd'hui la fête de la consommation. Elle se vide de plus en plus de son sens du sacré. Les ripailles de la table, ont remplacé le sacré de «L'étable». A la célébration de la Nativité se substitue la célébration du grand fric commercial.

Il y a plus. Derrière la folie de la consommation envahissante, il y a ce que les prix indiquent de l'évolution de notre société. Les sommets vertigineux qu'atteignent certains prix et la nature de certains produits indiquent l'émergence d'une classe sociale richissime. Une classe dotée d'un pouvoir d'achat et d'une capacité de «jouissance» matérielle hors normes.

Ces nouveaux riches font tâche d'huile, voire scandale, face au standard de vie générale ambiante. Pour les voitures nous en sommes aux Alfa Romeo, nombreux, aux Jaguars, notables et autres Ferrari, courants.

Les prix de certains vins et liqueurs dépassent des milliers de roupies. Il s'en trouve aussi des compatriotes capables de s'acheter, en un tour de main, payés rubis sur ongle, des biens fonciers, à des dizaines de millions de roupies.

Avec l'émergence de cette classe de nouveaux riches, dont les besoins sont pourvus avec autant d'empressement, il est bien de se demander si elle apporte plus à notre société qu'elle nous en prend.

Mais une chose est sûre : il n'y a plus à se poser de question sur l'immensité du gouffre qui, aujourd'hui, sépare ceux qui en ont de ceux qui n'en ont pas.

Précarité

De ceux qui n'en ont pas, il y a dans notre société, ces pauvres dans la grande misère. A l'exemple de ceux de Bois-Marchand, vivant aux abords de l'autoroute du Nord, chassés comme l'on fait des chiens errants, surtout en cette période de Noël. Comme cette Marie de Nazareth et sa famille errant en quête d'étable pour enfanter son Jésus.

Aujourd'hui, c'est de ces errances et de ces «étables» de fortune que vivent et meurent enfants, femmes et vieux, suite à des incendies aux flammes de bouts de bougies, ou que des voisins alimentent en un peu d'eau potable et d'une bouchée de pain. C'est souvent dans ces «étables» qu'aujourd'hui, l'on se prostitue, l'on se shoote, commet l'inceste, créé le vivier pour que prolifèrent le sida et autres maladies.

Pourtant, on a un ministère du Logement auquel l'argent des contribuables va pour que l'on sorte nos compatriotes de leur incapacité de trouver une «étable» digne de leur état d'homme. N'est-ce pas une profonde atteinte aux droits de l'homme que d'abandonner des personnes sans que l'on s'en émeuve, comme des bêtes en pleine nature ?

Nouveaux vocabulaires

Au côte à côte avec ceux de leur grande misère, il y a ceux qui s'appauvrissent à vitesse grand V. Il y a, si preuve en est, les récents grévistes de la faim du Sale by Levy. Sans compter ceux qui se battent pour sauver leurs emplois, pour ne pas tomber dans la spirale de la dette et de la misère.

Bien que l'on vante des emplois que l'on crée, l'actualité nous indique qu'on en perd plus que l'on en crée. Usines de textile. Industrie sucrière. DWC. Garage de la police. Retraites forcées. Dégraissages courants. Formations voies de garage. Abolition des tripartites.

De nouveaux vocabulaires occupent le champ de l'emploi pour démontrer qu'il est de plus en plus précaire. Voire évanescent. La nouvelle logique des affaires tient de plus en plus à une plus grande précarisation de l'ampleur. De ceux sur place au travail. De ceux, aussi, qui en sont demandeurs.

C'est peut-être là qu'il faille à l'Empowerment Fund, de création récente, d'aller au plus profond des réalités humaines du pays. Assurer un peu de protection sociale. Un droit au logement. Un cadre de vie humain. Avant quel job dénicher, savoir d'abord quel être humain digne devant soi ? Sinon, comment empower autrement ? Pour un empowerment, qui métrite le nom qu'il porte, l'accès aux crédits doit être à risques partagés, comme le fait le prix Nobel de la paix, Muhammad Yunus, banquier des pauvres. Et non selon les règles des banques standard, d'après le sacro-saint adage de ne prêter qu'aux... riches.

De plus, il à empower non seulement en association avec les entreprises qui forment et qui embauchent, comme le font aussi des agences de l'emploi, ce que l'empowerment n'est pas, mais en association également avec celles qui licencient pour que l'empowerment serve d'amortissement, de relance de ceux que guettent la spirale de la déchéance sociale.

Egarement

C'est triste de voir le message de solidarité de Noël se dissiper autant dans la bombance du festoiement. Dior, MP3, caddies pleins à craquer, home cinéma tiennent lieu d'huile, d'encens et de parfum des rois mages. Les vitrines des grandes surfaces, les lampions des places publiques, les feux d'artifice ouvrant le ciel,voilent l'étoile de Bethléem. Ki kote l'étoile, pour parodier le poète... ki kote la mer de notre chantre national Edouard Maunick, est une question - mieux une quête de l'âme - que si l'on n'y prenne garde, risque de s'égarer devant cet absolu de la consommation.

Serge Ng Tat Chung

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