Homa Mungapen

«Et pourquoi pas la discipline dans la sexualité ?»

Prévenir le sida, ce n'est pas seulement utiliser les moyens de protection, mais c'est surtout modifier des états d'esprit à l'origine de comportements à risque, affirme le Conseil des religions. D'où l'importance de faire prendre conscience à la population, en particulier les jeunes, que l'abstinence et la fidélité sont des moyens sûrs pour ne pas être touchés par cette maladie. Rencontre avec Homa Mungapen, coordinatrice du Conseil.

Le Conseil des religions prône l'abstinence et la fidélité comme moyen de prévention le plus efficace afin d'inverser la courbe de contamination du VIH/sida. Quelles stratégies comptez-vous adopter afin de conscientiser la population ?

La formation et la communication sont parmi nos stratégies fortes. L'objectif principal de la Journée mondiale des religions, célébrée le dimanche 21 janvier dernier, était justement de rassembler les divers chefs religieux afin de trouver ensemble des stratégies pour combattre le VIH/sida. Après avoir rencontré les responsables des différentes religions, nous sommes tombés d'accord sur un plan d'action, au cœur duquel se trouve la formation des chefs-religieux qui, à leur tour, vont former leur public. On veut empower les chefs-religieux pour qu'ils brisent ce silence et se sentent à la hauteur pour aborder ce sujet en toute liberté avec leurs fidèles. Une première formation a déjà démarré en septembre dernier. Le 20 février, il y aura encore une journée de formation sur le VIH/sida pour tous les chefs religieux à Maurice.

En quoi consiste cette formation ?

Elle comporte en deux volets : l'aspect technique (informations et connaissances sur le VIH/sida) et l'aspect moral et spirituel de cette crise. L'attitude est un élément important dans la formation. Il est primordial que le message soit véhiculé avec intégrité. Samedi dernier, nous avons commencé par rencontrer un premier groupe de jeunes prêtres hindous. Nous leur proposons de venir avec un petit plan d'action concret sur une durée de six mois. Ensuite, il y aura une évaluation et un suivi. Ces prêtres vont, à leur tour, partager cela à leur public. En ce qu'il s'agit de la formation pour jeunes, nous avons aussi prévu trois week-ends résidentiels à Maurice et un à Rodrigues. Ils toucheront l'aile jeunes de chaque religion. En même temps, nous encourageons l'interaction et le respect des uns et des autres. D'ailleurs, un Comité technique consultatif (Technical Advisory Committee) a récemment été créé afin de nous donner tout le soutien technique nécessaire. Il est composé de quinze membres (neuf des corps religieux et six des diverses ONG qui militent contre le sida à Maurice).

De quelle façon votre contribution à la lutte contre le VIH/sida est-elle une valeur ajoutée pour la société mauricienne et non la même chose de ce que font les autres partenaires ?

Les valeurs spirituelles renforcent l'individu et la société en général. Ce qui explique le public «régulier et gratuit» des prêtres de différentes religions. Ainsi, nous n'avons pas besoin de lancer des invitations. Le public est déjà présent. Et les rencontres se font dans un climat de confiance et de sécurité. Ainsi, nous avons pensé que c'est un excellent moyen que de faire prendre conscience à l'ensemble de la population de l'étendue de ce problème à Maurice. Car,

si les chefs religieux ne se sentent pas concernés par ce problème, la propagation de cette maladie ira de plus belle. Notre objectif principal est de responsabiliser chaque individu. Et, selon nous, le message passera bien mieux dans un lieu de prière.

Abstinence, fidélité, chasteté. Tous ces mots semblent un peu «démodés» pour les jeunes. Quelle est votre approche en termes de communication vers ces jeunes ?

L'explication est notre mot d'ordre. Eduquer à l'abstinence, c'est aider les jeunes à découvrir que dans toute relation humaine, on est deux. Eduquer à l'abstinence, c'est aussi faire découvrir la maîtrise de soi. Eduquer à la fidélité, c'est leur montrer une qualité essentielle de l'amour, de la bonne santé du couple. On prévoit de leur donner une éducation à la vie et au respect de l'autre. Cela se fera en petits groupes pour qu'il y ait plus d'intimité et de confiance. Notre approche se fera avec beaucoup d'amour et c'est à travers de petites histoires vécues que nous les conduirons à réfléchir sur leur vie, cette vie que Dieu nous fait cadeau. Et combien il est important de la préserver et la respecter. Nous les amènerons à prendre conscience que Dieu a tellement bien créé les choses que les animaux ont un régulateur : le temps de chaleur. Alors que Dieu a donné aux êtres humains des qualités divines : l'intelligence et la volonté. D'où l'importance de réfléchir avant d'agir. Car, la sexualité est comme de l'essence : elle est une bonne chose, mais il faut savoir bien la gérer. Si on s'en sert à tort et à travers, elle peut être destructrice. Et cela peut nous coûter la vie.

Dans une société où la sexualité est banalisée et où toutes les règles sont balayées, votre discours n'est-il pas un peu dépassé ?

Pas du tout. Car il faut avoir de la discipline dans la vie de tous les jours pour pouvoir vivre sainement. Et pourquoi pas la discipline dans la sexualité ? Il est important de faire comprendre aux jeunes que la vie est faite d'efforts pour pouvoir réussir. Et pourquoi pas dans le domaine de la sexualité ? Il ne faut pas être esclave de ses propres désirs. Une sexualité sans limites et sans responsabilité, c'est considérer l'acte sexuel comme un objet de consommation. Je maintiens à dire que l'abstinence et la fidélité sont des repères sûrs qu'on doit donner à nos enfants et à nos jeunes afin de leur construire une société plus paisible.

Le sida ne concerne pas seulement la victime, mais également son entourage. Que prévoit le Conseil des religions dans ce sens ?

La compassion est un élément très fort que nous allons prendre en considération dans la formation. D'ailleurs, notre dépliant du 1er décembre dernier fait état de l'importance de ne pas juger. Nous nous rendons compte qu'un des problèmes des victimes du sida est le rejet de la famille. Nous prévoyons que les chefs religieux éduquent aussi les familles afin de «déstigmatiser» le problème.

Propos recueillis par Sandra Potié


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