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Exclure l'exclusion

1ER FÉVRIER : occasion rêvée pour s'arrêter sur ce que fut une des pages les plus sombres de l'histoire de l'humanité. Nous sommes souvent tentés de voir, derrière l'esclavage, des causes idéologiques pour expliquer cette ignominie : racisme, sentiment de supériorité de certains peuples... Il ne faudrait surtout pas oublier que la motivation profonde des négriers était économique.

La superpuissance que sont aujourd'hui les Etats-Unis et des pays d'Europe de l'Ouest doivent une fière chandelle à l'esclavage, qui leur a permis de «s'offrir» une main-d'œuvre servile, bon marché et productive. Les USA en ont «importé» d'Afrique alors que les Occidentaux en ont fait le commerce et/ou restreint sa pratique à leurs seules colonies.

Quand nous regardons les choses avec du recul, une question s'impose : comment les Noirs d'Afrique ont-ils été des proies si «faciles» pour les négriers ? La loi du plus fort ­ ici, la maîtrise technologique des armes de guerre ­ a certes prévalu. Même si, aujourd'hui, la puissance militaire ou guerrière est toujours du côté de l'Occident, l'esclavage, comme il existait aux XVII° et XVIII° siècles, est une situation qui ne risque pas de se répéter ­ du moins, dans sa forme passée. Car, depuis le XVIII° siècle, il y a eu prise de conscience que l'esclavage est moralement, religieusement et humainement inacceptable ! Notre génération, et celle qui nous succèdera, sont-elles pour autant à l'abri de cette tare qu'a été l'esclavage ?

Nous l'avons déjà souligné : avec la mondialisation de l'économie, les capitaux «bougent» et vont là où les coûts de production sont les plus faibles, là où la main-d'œuvre est la moins chère. Néanmoins, ces entreprises cherchent également une main-d'œuvre éduquée, formée, possédant une expertise éprouvée dans leur domaine. Ainsi, il est désormais presque impossible à un analphabète de se faire embaucher dans certaines usines à Maurice. Et cette situation contraint souvent de tels individus incapables de trouver de l'emploi dans ces secteurs à se résigner à

un travail sous-payé, clandestin et précaire : une version moderne de l'esclavage.

De plus, ne nous voilons pas la face : le spectre du tourisme sexuel est désormais présent chez nous. Plusieurs de ceux laissés à quai par le train du développement offrent désormais leurs charmes à des touristes en mal d'exotisme. Pour ne pas tomber dans cet esclavage contemporain, l'éducation s'avère plus que jamais essentielle. D'où la nécessité d'un projet éducatif qui s'adresse à l'ensemble des enfants, permettant à chacun d'acquérir des savoirs et compétences et qui s'adresse aux intelligences multiples (mixed abilities).

Une éducation qui aurait pour finalité l'inclusion de tous, à l'inverse de la position défendue bec et ongles par ce syndicaliste, pour qui les recalés du CPE ne devraient pas avoir accès à l'éducation. Propos inacceptables en ce début du XXIe siècle, car ils vont dans le sens de la création d'une race/classe d'exclus. Groupe ayant le potentiel de causer, plus tard, du tort à la société. Groupe que l'on aurait nous-mêmes fabriqué.

Dans les sociétés esclavagistes, l'esclave était exclu de la société alors qu'il en était l'épine dorsale, le moteur. Aujourd'hui, à Maurice comme à l'étranger, des hommes et des femmes, descendants d'esclaves, ont pu, grâce à l'éducation, leur intégrité et leur détermination, refuser la fatalité et s'imposer au monde. Pas besoin de «briller» dans les médias, mais chacun peut réussir là où il est, jouir des fruits de son travail.

S'il est vrai que quelquefois la méritocratie est un leurre, il n'est pas moins vrai que le temps de l'esclavage et du malaise sont derrière nous. Sachons regarder devant nous, sachons saisir les opportunités qui s'offrent à nous. Sachons également tendre la main à ceux qui en ont le plus besoin. Car la solidarité est une force, notre force.

Erick Brelu-Brelu


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