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Georges Ah-Yan :
la voix des sans-voix

Chaussé de «stocking» rouge et de bottes en caoutchouc, portant un t-shirt à l'effigie de la Mahebourg Citizens Welfare Organisation (MCWO), avec sa devise : «You will never walk alone», Georges Ah-Yan s'excuse du retard. Il s'installe posément, un grand «jug» de thé à ses côtés. Le débit est rapide, la pensée claire et les convictions bien ancrées.

Ce célibataire conjugue plusieurs activités : restaurateur - il détient un diplôme de gestion de l'université de Maurice, avec spécialisation en hôtellerie, et possède un restaurant à Mahébourg, le Dragon de Chine ; fermier- 25 boucs et 40 lapins paissent tranquillement du côté de Shandrani ; travailleur social volontaire ; conseiller de village, membre de la MCWO, de la Plateforme citoyenne engagée et président de la Fédération des membres de conseils de villages de Maurice.

Venant d'une famille installée à Mahébourg depuis quatre générations, Georges Ah-Yan a une nombreuse fratrie. Et sa région, il la porte au plus profond de son cœur. «Mahébourg compte environ 22 000 habitants. Je dois en connaître personnellement au moins 20 000, lance-t-il sans une once de vantardise. Je suis chaque semaine invité à un vindoo et/ou à un chowtari et je me fais toujours le devoir d'y être présent au moment sacramentel. De même, chaque semaine, je suis présent à 2 ou 3 enterrements. Ma préoccupation principale, dans ces moments difficiles, étant : Ki nou kapav fer ? Ki ou manke ? Ki demars ou tia kontan nou fer ?»

Proximité

Une réelle proximité qui justifie amplement sa remarquable prestation aux dernières élections générales. Et qui explique qu'il soit une sérieuse menace pour ceux qui conçoivent la politique de manière traditionnelle. «Il faut que les gens comprennent que ceux qui sortent d'ailleurs ne sont pas les mieux placés pour connaître leurs problèmes et encore moins y apporter une solution, s'enflamme-t-il. Si ou elir zot, eski ou kapv tap zot laport a nimport ki moman kan ou ena enn problem ? »

Et le voilà lancé sur une de ses passions : le service à travers l'engagement citoyen et politique. «Nous avons beaucoup réfléchi au niveau de la Plateforme citoyenne engagée. Nous sommes convaincus que tout candidat qui postule à une responsabilité politique doit faire la preuve qu'il habite la circonscription depuis trois ans. Que notre système politique doit comprendre une dose de proportionnelle afin de respecter le verdict de l'électorat. Qu'un député ne doit pas détenir plus de deux fois un portefeuille ministériel. Que la pension doit être payée à l'âge de 60 ans : Ou imazine, zordi enn zenes kouma Ravi Yerigadoo, li pensionné ! Que la députation soit un full time job. Pas question d'un deuxième emploi : le député doit être disponible de 9 à 16h00 tous les jours de la semaine. Et non des moindres, que l'électeur ne doit pas être obligé de voter pour trois candidats : Kifer bizin vote pou trois kan zis enn ou de pour travay pour ou landroi ?»

Mahébourg, parent pauvre

Propos qui l'amènent à réclamer une réforme de fond en comble des lois régissant les conseils de district. «Il y a eu très peu d'amendements depuis l'institution de cette structure en 1951. Aujourd'hui encore, le gouvernement alloue Rs 2 par tête d'habitant. Quel développement peut-on faire avec ? Les sponsors: combien peuvent-ils donner ? We've got no tools and no means to do the job properly.

Mahébourg contribue annuellement, à travers ses opérateurs économiques, Rs 3M au Conseil de district de Grand-Port/Savane et pourtant, la région demeure un parent pauvre du développement.»

D'ailleurs, cette année, l'homme s'est donné comme combat la revalorisation de la participation des membres de Conseils de village. «Nous sommes souvent les derniers informés et mis devant les faits accomplis. Par exemple, pour le dépôt de gerbes le 1er février à Pointe-Canon, à ce jour, nous ne savons toujours pas quel sera notre rôle. Nou etranze dan nou vilaz ! Pourtant, nous avons un pouvoir décisionnel et représentons quelque 66% de la population, soit 800 000 habitants.»

Engagements multiples

L'engagement visible de Georges Ah-Yan fait suite à l'affaire Kaya et à l'urgent besoin de ressouder les communautés. Un engagement qui ira crescendo puisque peu après, il mènera la vie dure aux autorités qui veulent transformer l'hôpital de Mahébourg en un centre de santé. «Je ne pouvais pas rester indifférent. Mo inn pran nesanss dans sa lopital-la. Li in sap mo lavi. Quelque 50 000 personnes y bénéficient d'un service à pied. Notre argument massue a été qu'avec le démantèlement, il n'y aurait plus d'hôpital à cinq minutes de l'aéroport, comme l'exigent les normes internationales. Les autorités avançaient que les gens préféraient recevoir des soins à Rose-Belle. Ki sa dimoun ki kan li gagn douler kontan pran bis, fer-li sakouye ? Si les gens y allaient effectivement, c'était parce que l'hôpital de Mahébourg n'était pas bien pourvu de certaines facilités. La solution était donc de l'équiper davantage et certainement pas de le fermer. Combien de personnes sont mortes faute d'avoir Rs 400 pour payer un taxi vers Rose-Belle. Pa akoz ou miser ou pa gagn droi gagn soin ou byen ou zanfan bizin mor dan ou lamin !»

Responsabiliser et «empower»

Effectivement, l'épidémie de Chikungunya l'an dernier, avec ses 700/800 admissions journellement à l'hôpital de Mahébourg, donnera raison aux Mahébourgeois dans leur persévérance. «Les gens ont des fois tendance à prendre les villageois pour les derniers des derniers. A travers notre action, nous avons démontré notre aptitude à nous mettre debout et à réclamer nos droits.»

Notre interlocuteur sera aussi d'autres combats : il militera pour l'ouverture d'un poste de police à Blue-Bay, après le viol de Sandra O'Reilly ; pour le respect de la forêt de Ferney ; sera aux côtés d'Harish Boodhoo pour défendre les victimes de Sale by levy... Des combats pour «responsabiliser, empower».

Pointilleux, «vacciné contre le communalisme» et discipliné, Georges Ah-Yan n'a pas toujours été à l'aise sur le plan de la communication. Enfant et adolescent, son incessant bégaiement était source de moquerie. Un bégaiement qui disparaît un beau jour. «Depuis, je me suis juré de prêter ma voix à ceux qui en ont besoin.» Avec toutefois quelques exigences : le parler vrai, la cohérence entre les propos et l'action.

Daniele Babooram

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