p.5foto1

L'Abbé Pierre, homme
de combat contre la pauvreté

«Consternation, bouleversement, tristesse venant des profondeurs de l'âme, admiration profonde.» Tels sont les sentiments exprimés par les personnalités, en France, à travers le monde et à Maurice, en hommage à l'abbé Pierre, décédé à l'âge de 94 ans, le lundi 22 janvier, à Paris. Personnalité le plus aimé des Français dans tous les sondages, l'Abbé Pierre incarnait pour eux, en 1996, le message et les valeurs évangéliques de Jésus-Christ. Jacques Chirac, président de la République française, éprouvait pour lui un immense respect, une profonde affection.

L'Abbé Pierre incarnait la bonté divine, l'esprit de révolte contre la misère, la souffrance, l'injustice. Un homme de combat contre la pauvreté, capable de réveiller en l'homme le sens de la solidarité.

A Maurice, l'Abbé Pierre, qui était venu en 1994, pour la pose de la première pierre de l'abri de nuit de Trou-Fanfaron, a émerveillé tous les Mauriciens pour son ardeur au combat pour les sans-logis, sa compassion pour les pauvres. Mgr Maurice E. Piat trouve en lui un puissant témoignage de foi qui conduit à l'engagement social.

«Force intérieure»

Mais d'où venait le secret de la «force intérieure» de l'Abbé Pierre ? Il la puisait dans la source d'une foi profonde en Jésus-Christ, vivant, ressuscité, chaque jour. Il était l'incarnation du Christ, vivant comme un pauvre, consacrant sa vie dans un combat par amour pour les sans-logis, les laissés-pour-compte, à l'image d'un saint François d'Assise, ou encore d'une Mère Teresa, en Inde.

L'insurgé de Dieu, le prêtre, le prophète qu'est l'Abbé Pierre étonne, choque, surprend, provoque par son action charismatique en faveur des pauvres, surtout les sans-logis.

«Mes amis ! Au secours ! Une femme vient de mourir, gelée à 3h00.» Depuis, cet appel, lancé le 1er février 1954, l'insurgé de Dieu devait fonder le mouvement pour les chiffonniers d'Emmaüs, en tant que prêtre, député, combattant plein d'amour, engagé au service des sans-logis.

Silence radio des politiques

Signalons que dans notre pays, les hommages à l'Abbé Pierre n'ont pas été nombreux. A part celui de Mgr Piat, évêque, une poignée de prêtres, quelques journalistes

et des travailleurs sociaux, aucun hommage n'est venu des politiciens, ni du côté du pouvoir, ni de l'opposition. Quelle indignation ! Et pourtant, l'Abbé Pierre a été aussi un politicien, un député du Mouvement républicain démocrate chrétien (MRP), de 1945 à 1951.

Le rêve de nos tenanciers du pouvoir est ailleurs : voiture Aston Martin dernier-cri, voyages à l'étranger à grands frais des contribuables, citoyenneté d'honneur, 4A+ dans l'éducation qui étouffe l'intelligence de nos enfants pauvres...

Que nos politiciens de tous bords s'inspirent de l'action politique de l'abbé Pierre qui a refusé gloire, honneur, richesse, guirlandes et même la Légion d'honneur au nom de son combat pour les sans-logis.

Citons deux phrases, dans l'éditorial de La Vie Catholique du 25 janvier /1er février, intitulé «Petit homme au grand cœur». Il nous parle de l'économie solidaire et le refus de l'assistanat. Deux phrases qui interpellent la conscience des Mauriciens. Oui à la solidarité envers les pauvres, mais pas la charité, la pitié. Indignation face à l'indifférence des riches face à la misère des pauvres. Et les pauvres ! Ils doivent refuser d'être des assistés, des mendiants, mais se mettre debout, grâce à l'Empowerment programme de l'État.

Dans le livre «Emmaüs ou venger l'homme», best-seller tiré à des milliers d'exemplaires, l'Abbé Pierre confie ce message aux jeunes d'aujourd'hui. Un message d'amour, d'espérance. Un testament spirituel.

«A vous toute la jeunesse de ce monde en tourment, filles et garçons face à ce jour qui se lève sur vous : N'ayez pas peur ! Relevez le défi de l'amour. Luttez. Vivez. Vivre, c'est rendre croyable l'amour. Mais il faut d'abord aimer. Les adultes doivent faire comprendre aux jeunes de ce monde en proie à la souffrance, la violence, la haine, la misère, l'injustice, le chômage, la faim, la maladie, que nous sommes tous aimés par Jésus-Christ... »

Apprenons à nous aimer, non un instant, mais toute notre vie. Venger l'homme, c'est venger Dieu, en aimant.

Gérard

retour