p.5foto1

Défis à l'horizon

A l'occasion des 40 ans de la MACOSS, j'étais intervenu, le 3 juillet 2006, sur le thème du «Rôle de la jeunesse dans une société qui émerge» Quelques temps plus tard, à l'invitation de La Vie Catholique, j'avais abordé, dans une de ses colonnes, la question de la jeunesse et des engagements, ou plus exactement, des «Jeunesses et Engagements» reconnaissant «que traiter du thème de la jeunesse suppose que l'on ne tombe pas dans des généralisations, cette jeunesse étant traversée de toutes parts par des différences et classifications, au point où on devrait parler «des jeunesses» et aucune personne ne pouvant en être véritablement un porte-parole.» C'est de là que nous pouvons parler des «jeunes par l'âge» et des «jeunes par l'âme» par exemple.

Aujourd'hui, reprenant ces idées, je voudrai proposer une réflexion en trois parties sur les jeunes et l'Eglise, rappelant qu'il s'agit, là, d'une réflexion personnelle et non d'une étude empirique.

Les jeunes et l'Eglise-hier

Au fait, faute d'avoir connu l'Eglise depuis plusieurs décennies, je ne pourrai m'étendre sur cette partie ; toutefois, je voulais souligner deux choses ici : d'une part, il y a toujours eu des jeunes, de tout milieu socioprofessionnel, qui se sont retrouvés et engagés au sein de l'Eglise. Ces jeunes d'hier s'y trouvaient souvent par obligation, une certaine orthodoxie régissant nos ainés et leur rapport avec l'Eglise. C'était beaucoup plus une question d'usages et de coutumes, et non pas de souci d'adolescence, d'extériorisation ou d'épanouissement.

Mais, d'autre part, l'Eglise a appris et a su s'adapter avec son temps et les exigences qu'il demande pour rester fidèle à sa mission. A cet effet, je mentionnerai le Concile Vatican II, et plus proche de nous, à Maurice, la bouffée d'air frais qu'offraient à nos jeunes de l'époque, les mouvements «SOS Vendredi Saint» et «M25», le Foyer de développement de Petite-Rivière et la communauté Fiat, sans oublier l'émergence des branches locales des mouvements d'Action catholique spécialisée pour les adolescents et étudiants ou des communautés nouvelles comme la Communauté du Chemin-Neuf...

Les jeunes et l'Eglise - aujourd'hui

Ceci étant dit, tournons-nous maintenant vers le présent. «Symptomatique !» Je me souviens encore de ce mot qui a résonné sur les lèvres et dans les cœurs de pas mal de jeunes dès l'Assemblée diocésaine 2004et portant sur la (trop) faible présence des jeunes durant l'Assemblée et dans l'Eglise en général. Suite à ce constat et à l'appel qu'il lançait, une véritable révolution copernicienne allait s'opérer au sein de notre diocèse qui, tout en prenant en compte et renforçant ce qui se faisait déjà, ici et là, allait mettre en ébullition un secteur des plus nécessaires de la vie de l'Eglise comme du pays.

A cet effet, la Pastorale des jeunes allait se transformer pour laisser la place à l'Equipe d'animation de la pastorale des jeunes (EAPJ) dotée aujourd'hui, outre d'un aumônier, d'un secrétariat permanent ; des Conseils pastoraux des jeunes (CPJ) allaient voir le jour, avec tout ce que cela implique en termes d'harmonisation et de lien entre les jeunes et les groupes de jeunes dans les paroisses ; deux lettres pastorales de Carême allaient être publiées pour (re)donner de la valeur aux jeunes ; une

Ecole de la parole allait réunir plusieurs centaines d'entre eux chaque mois à la chapelle du Montmartre avant qu'un peu plus tard, une messe des jeunes, mensuelle, longue et présidée par l'Evêque en personne, soit «Parolojeunes dan la mes», soit instituée.

Les jeunes viennent à l'Assemblée diocésaine et y feront une présentation spectaculaire lors d'une d'entre elles. Un spectacle en octobre 2006, suivi d'une rencontre sensationnelle à l'occasion de la visite du père T. Radcliffe, puis une autre les invitant à s'engager pleinement dans «une Amitié sans frontières» lors de la journée mondiale de la jeunesse 2007 se joignent à la partie pour continuer à favoriser cet élan. Auparavant, les visites pastorales de l'Evêque les auront mobilisés admirablement.

Et, coup de théâtre, dans une Eglise qui se créolise, voilà que même les milieux indépendants se réveillent et font leur petite révolution spirituelle : une pastorale des milieux indépendants semble prendre place peu à peu...

Je pourrai continuer à peindre cet éventail de nouveautés et de métamorphoses, quoique le paragraphe précédent puisse facilement nous donner, déjà, une idée claire de ce qui peut se passer au sein de notre Eglise et, mieux encore, de ce qui s'est réellement passé et ce, grâce à l'élan missionnaire et à l'esprit synodal. Mais faute de continuer à donner des exemples, je voudrai continuer en exprimant plutôt une certitude : celle que notre Eglise est en marche, consciente de ses erreurs passées et de ses limites présentes, soucieuse de rejoindre la masse créole qui constitue sa majorité, désireuse de rassembler ses jeunes, dont la forte majorité appartient, elle aussi, à ce même milieu populaire créole, et aspirant à leur faire découvrir son divin fondateur et sa Bonne Nouvelle, leur offrant par la même occasion, des perspectives de vie plus intéressantes, plus enrichissantes, plus épanouissantes.

Les jeunes et l'Eglise - demain

Ce qui nous permet, ainsi, de nous propulser vers l'avenir, abordant la troisième partie de notre article. S'il est indéniable que l'Eglise reste non parfaite, puisque constituée de personnes non parfaites, il est aussi incontestable qu'elle continue résolument sa mission actuelle et future, avec ses hauts et ses bas. Fort de cela, il est donc impératif de faire un arrêt sur image, un bilan des choses, une interrogation sur cette vie d'Eglise, et en Eglise, afin que l'on s'enquiert sérieusement sur l'avenir. Et là, trois préoccupations se présentent : les jeunes de demain, l'Eglise de demain et le lien entre eux.

D'abord, les jeunes de demain. Deux défis s'offrent alors à nous : d'une part, puisque les jeunes de demain sont souvent les enfants d'aujourd'hui, nous devons davantage nous en occuper, les accompagner sérieusement, les rejoignant et suscitant chez eux le réveil de la foi, et, évidemment, être des adultes cohérents empreints d'une exemplarité hors-pair devant et pour eux. D'autre part comment combler le fossé entre la confirmation et l'âge adulte, voire même le mariage ? Il faut que l'on s'attarde de plus en plus sur cela car elle nous renvoie sur la nécessaire question de l'adolescence des jeunes de demain, dont les tendances, les goûts, la réalité dépassent même les jeunes d'aujourd'hui !

retour aller