tion du Diocèse de Port-Louis. D'abord, il fit allusion aux bouleversements dramatiques qui sous peu allaient donner naissance à l'Italie et dépouiller Pie IX de ses États pontificaux. Puis, écrivit le pasteur : «Au milieu de ses douleurs, ce grand Pontife a néanmoins trouvé des moments pour penser à nous, chers frères.»

Ce paragraphe de portée historique considérable mérite publication ici. Le prélat dévoila aux fidèles la promulgation de deux événements : d'une part, le Vicariat Apostolique a cédé la place au Diocèse de Port-Lous ; de l'autre, son titre d'Évêque de Milève lui a été enlevé, celui d'Évêque de Port-Louis ayant été substitué à ce dernier :

«Ce grand Pontife (Pie IX) a cru devoir, dans sa sagesse, supprimer le Vicariat Apostolique de Maurice, fondé il y a quelques années par un de ses prédécesseurs, le pape Pie VII, et ériger à sa place un diocèse sous le nom de Diocèse de Port-Louis. Il nous a aussi retiré le titre d'Évêque de Milève, que le Souverain Pontife Grégoire XVI, d'heureuse mémoire, nous avait conféré, pour y substituer celui d'Évêque de Port-Louis. Vous regarderez, nos très chers frères, cette mesure de notre père commun comme une preuve précieuse de sa sollicitude pour vous, et de l'intérêt que vous lui inspirez : et vous ne manquerez pas de prier avec ferveur le divin fondateur de l'Église pour la conservation d'un Pontife dont les jours doivent être si précieux à tous les fidèles.»

La publication du Mandement de Carême 1949 constitua un tournant dans la vie de l'Église mauricienne. Trois points méritent de retenir l'attention : désormais, l'évêque fit usage du titre d'Évêque de Port-Louis ; puis, il profitait de chaque occasion pour souligner l'accession de l'église paroissiale au rang de Cathédrale Saint-Louis, église mère du diocèse

Jusqu'alors, Mgr W.B.A Collier exerçait la fonction de vicaire apostolique de Maurice, c'est-à-dire qu'il gouvernait le territoire ecclésiastique au nom du Souverain Pontife, dont il n'était que le vicaire, soit le remplaçant ou le suppléant. Devenu Evêque de Port-Louis, la nature de ses fonctions n'étaient plus la même. Lui et les autres Evêques sont les successeurs des Apôtres, préposés de droit aux Eglises particulières ­ les diocèses ­ qu'ils gouvernent avec un pouvoir ordinaire sous l'autorité du Souverain Pontife.

Désormais, ses mandements, ses circulaires, sa correspondance, il les expédia sous la signature de Guillaume, Evêque de Port-Louis. Tout de suite, il signa les documents ecclésiastiques de son nouveau titre. Le 1er mars 1849, au bas des certificats en latin qu'il remit à Dom Stanislas Giles o.s.b., il apposa sous sa signature : «Episcopus Portus Ludovici». Le 13 mars, au père L. Jouen s.j. (Saint-Denis) en route pour les Seychelles, il remit des facultés canoniques signées : «W.B. Allen Collier, Evêque de Port-Louis».

Evêque de Port-Louis, il eut ses propres armoiries et choisit pour devise : Vigilare atque pati ­ Veiller et souffrir. Plus tard, en 1856, il nomma l'abbé Pierce Michael Comerford vicaire général.

Pourquoi un diocèse ?

La création d'un diocèse jalonne une étape intéressante, attachante, du déploiement apostolique d'une Eglise locale. Elle signifie que le christianisme a pris racine dans le terroir. Elle constitue aussi un hommage aux ancêtres et anciens dans la foi, à la légion des prêtres et des âmes consacrées, des laïcs et des familles, ceux d'hier autant que ceux d'aujourd'hui. Elle entend être expression de reconnaissance de la somme de tant de dévouement, de désintéressement et de sacrifices des années passées. Elle est en même temps, appel, encouragement et stimulant à «pousser vers le large» (Lc 5,4), ­ devise de Mgr Maurice E. Piat ­, à relever les défis apostoliques du jour, à prendre conscience de la mission tracée par le Christ lui-même : «J'ai d'autres brebis encore qui ne sont pas de ce bercail ; celles-là aussi, il faut que je les conduise ; et elles écouteront ma voix, et il y aura un seul troupeau, un seul pasteur» (Jn 10,16).

Le statut de diocèse apportait un plus à la communauté catholique mauri-cienne. Il lui conférait une stature adulte, dotée de responsabilité accrue et d'une mission évangélisatrice amplifiée.

Avec la création du diocèse de Port-Louis le 7 décembre 1847, la communauté catholique fut constituée en Église autonome, pleinement adulte, préposée à la mission d'évangélisation sur le territoire. A sa tête se trouvait un évêque diocésain, non plus considéré comme vicaire du Pontife romain. Donc, une Église particulière, avec une hiérarchie pleinement constituée, appelée à «récapituler toutes choses en Christ» (Eph 1. 10).

La création du diocèse entraîna surtout un changement sur le plan administratif. Désormais, Mgr W.B.A. Collier et ses successeurs exercèrent leur charge pastorale personnellement, au nom du Christ, dans le diocèse de Port-Louis qui leur était confié. Ils étaient munis d'un pouvoir ordinaire, propre et immédiat, un pouvoir qui leur revenait, et non, par quelque délégation du Souverain Pontife.

Du point de vue juridique, les éléments constitutifs essentiels d'un diocèse peuvent se résumer aux trois points suivants : une portion du peuple de Dieu ou de communauté de fidèles ; un évêque gouvernant avec la coopération du presbyterium et une communauté de fidèles se trouvant délimitée à l'intérieur d'un diocèse.

Précisément, ce 7 décembre 1847, l'Église à l'Ile Maurice était érigée en diocèse de Port-Louis, et sa hiérarchie effectivement constituée, avec la nomination de son évêque diocésain, Mgr W. B. A. Collier. Fait à noter sur les tablettes de l'histoire régionale : l'Ile Maurice fut la toute première circonscription ecclésiastique à être érigée en diocèse.

Cette date marqua un tournant dans la vie de l'Église de la colonie. La décision du Saint-Siège activa l'essor du catholicisme mauricien, symbolisa la reconnaissance religieuse à l'Ile Maurice, tout autant qu'à Rodrigues.

La Cathédrale Saint-Louis

Le mandement de Carême de 1849 ne faisait aucune mention de l'église principale du diocèse. Aucune cérémonie ne marqua l'accession de l'église paroissiale de la capitale au rang de cathédrale. Toutefois, - comme signalé ci-dessus ­ désormais, l'évêque ne désigna l'église Saint-Louis que par le titre de cathédrale. Ainsi, pour l'érection canonique du chemin de la Croix de cette église, en mai 1849, dans le décret latin qu'il rédigea à cet effet, il mentionna clairement : «in ecclesia nostri Cathedrale... Saint-Louis» (dans notre église cathédrale), qu'il signa de son titre de «Episcopus Portus Ludovici».

Malgré tout, l'église mère du diocèse ne subit aucune altération. A l'intérieur du sanctuaire, il n'y eut aucune modification de mobilier ou de décoration liturgique. Le trône épiscopal orné des armoiries de Mgr Collier, où se trouvait le siège (cathèdre) du prélat était en place depuis son arrivée en 1841. Plus exactement, ce fut Mgr E. B. Slater qui avait, le tout premier, introduit les insignes épiscopaux (trône et armoiries) dans le chœur de l'église Saint-Louis.

L'édifice, érigé par R. T. Farquhar, en 1816, accéda au rang de cathédrale le 7 décembre 1847, sous Mgr Collier et fut démoli de 1928 à 1932. Le sanctuaire actuel, bien plus spacieux que le précédent, inauguré sous l'épiscopat de Mgr James Leen, le 25 août 1933, se trouve donc être le quatrième sanctuaire dédié à saint Louis sur le même périmètre.

Quand en 1966, la Reine Elizabeth II éleva la capitale en Cité de Port-Louis, une des exigences prescrivait l'existence d'une cathédrale dans la ville. L'Ile Maurice fut comblée d'aise de pouvoir en mentionner, non pas une mais bien deux : la cathédrale anglicane Saint-James et celle catholique, Saint-Louis, qui célèbre cette année son 160e anniversaire.

Amédée Nagapen

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