2007 - un double jubilé à l'Ile Maurice

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Durant son premier séjour en Europe de 1843 ­ 1845, Mgr W. B. A Collier o.s.b, qui était allé recruter du personnel, mûrissait un plan pastoral destiné à faire éclore un printemps inespéré pour l'Église dans la colonie. Ce processus comprenait un projet de diocèse à créer.

Requête à Rome

Lors de ses visites à Rome, il s'entretint avec le cardinal Fransoni, préfet de la S.C. de Propaganda Fide, de son dessein d'un diocèse pour l'Ile Maurice. La proposition surprit quelque peu celui-ci, mais bien que sceptique, il n'y mit pas son veto. Mgr Collier formula officiellement sa première demande au Saint-Siège au début de 1845. Trois années durant, il eut à plaider son dossier et à mener des négociations aussi patientes que tenaces.

Dès le 18 février de la même année, la S.C. de la Propagande lui fit tenir une première réponse : la requête devait être sérieusement approfondie, plus particulièrement, il fallait s'assurer de l'existence d'une mense épiscopale, c'est-à-dire de biens fonciers ou de revenus suffisants pour la marche d'un diocèse.

En fait, la S.C. de la Propagation de la Foi n'était pas opposée à la promotion du vicariat apostolique au rang de diocèse. Elle demandait simplement la garantie que le futur diocèse soit doté de moyens adéquats de subsistance.

Le 8 mars suivant, Mgr Collier répondit par lettre que les conditions matérielles et financières seraient pourvues par la Cure Saint-Louis, un terrain de la Couronne d'une contenance de 198 arpents, situé à la Vallée-des-Prêtres, au nord du chef-lieu. Jusqu'alors, la paroisse Saint-Louis en avait l'usufruit. Désormais, l'Évêque du diocèse l'ayant en jouissance, cette propriété constituerait la mense épiscopale.

Ce point établi, le cardinal Fransoni répliqua, le 7 avril, que la question ne saurait être tranchée sans un examen complet et détaillé de toutes les circonstances. Cet examen expliqua le retard dans la décision du Saint-Siège.

Toujours est-il qu'une fois rentré à Port-Louis, Mgr Collier présenta à la S.C. de la Propagation de la Foi un dossier fort bien documenté pour appuyer sa requête de création d'un diocèse dans la colonie. Le 9 mars 1846, le cardinal préfet l'informa que le projet se trouvait encore à l'étude.

Création du diocèse

Quinze longs mois s'écoulèrent sans qu'aucune décision positive n'intervînt. Impatient, inquiet, Mgr Collier résolut de dépêcher un commissionnaire à Rome. Le 19 juin 1847, le vicaire apostolique lança un pressant appel pour une solution assez prompte. Il confia sa lettre à l'abbé John Larkan, curé de Mahébourg, en partance pour l'Europe. De Marseille, Larkan se rendit personnellement à Rome pour remettre le document au Bureau de la Propagation de la Foi, comme le souligna l'accusé de réception de Rome.

Dès la rentrée, à l'automne de cette même année, la S.C de Propaganda Fide se pencha sérieusement sur le dossier mauricien. A l'assemblée générale du 22 novembre 1847, vu la gravité de la question, les cardinaux de la S. Congrégation de Propaganda Fide décidèrent à l'unanimité de présenter à l'approbation du pape Pie IX l'érection du Siège Épiscopal à l'Ile Maurice sous le nom de «Diocèse de Port-Louis» et la nomination de Mgr Collier, vu ses mérites, à la tête du diocèse.

Les considérations mises en avant par le vicaire apostolique pour étoffer sa demande de la création du

diocèse se résumaient à : «Promouvoir la dignité et l'efficacité de la religion catholique dans cette mission.»

Le 1er décembre 1847, la S. C de Propaganda Fide édicta un décret déclarant qu'à l'audience que le Saint-Père avait accordée au Père Alexandre Barnabo le 18 novembre, il avait approuvé intégralement le vote de la Sacrée Congrégation et qu'il avait, à la même occasion, ordonné l'expédition des Lettres en forme de Brefs, ayant trait à :

* l'érection d'un évêché à l'Ile Maurice sous le titre de Diocèse de Port-Louis; et

* la nomination de l'Évêque de Milève, jusqu'à ce jour Vicaire Apostolique de la Mission ci-dessus, au nouveau Siège de Port-Louis.

Établissement de la hiérarchie catholique à l'Ile Maurice

Dans son Bref du 7 décembre 1847, signé par le Cardinal A. Lambruschini à Sainte-Marie-Majeure, Rome, Pie IX déclara qu'en vue d'aider et de promouvoir la religion catholique dans le pays, il supprimait le Vicariat Apostolique de l'Ile Maurice et établissait un nouveau Siège Épiscopal sous l'appellation de Diocèse de Port-Louis, et qu'il concédait à cette Église parti-culière tous et chacun des droits propres aux autres évêchés.

Annonce de la nouvelle dans la colonie

Bien que les documents originaux eussent été signés par le Cardinal A. Lambruschini à Sainte-Marie-Majeure depuis le 7 décembre 1847, leur expédition à Mgr Collier n'eut lieu que plusieurs mois après. Ces textes eurent à être reproduits en plusieurs exemplaires, à circuler de la Secrétairerie d'État à d'autres bureaux romains et surtout à être adressés à S. C. Propaganda Fide. Ce dernier dicastère romain ne put faire partir le courrier de Mgr Collier que pendant le premier semestre 1848.

Toujours est-il qu'à la réception des Brefs, Mgr Collier attendit une occasion propice pour rendre publique la nouvelle. Il choisit l'ouverture du Carême 1849, et inséra l'information dans son Mandement de Carême. Étrangement, aucun journal de l'époque ne fit allusion à l'événement. Même pas Le Cernéen, alors que le mandement fut imprimé à l'Imprimerie du Cernéen à Port-Louis.

Entre-temps, assez curieusement, il omit d'en informer le gouverneur de la colonie. Pareillement, Rome ne notifia pas à Whitehall le changement de statut religieux de l'Église de l'Ile Maurice. D'où en partie la confusion et les méprises qui s'ensuivirent. A remarquer toutefois que la communication de pareils documents, obligatoire sous l'ancien régime, ne l'était plus, selon la politique religieuse de séparation instaurée par le colonisateur britannique.

Mandement de Carême ­ 1849

Mgr Collier signa son Mandement «en notre demeure épiscopale, ce 10 février 1849». Celui-ci fut lu en chaire le dimanche 18 février. Ce mandement de carême développait un thème approprié au temps liturgique dans lequel entraient les fidèles : face à la Providence du Seigneur Dieu, le chrétien était convié à porter sa croix pour expier ses péchés. Il se terminait sur les traditionnelles observations de pénitence du temps de carême : jeûne et abstinence quadragésimaux, communion pascale, dispenses à accorder.

Cependant, juste avant ces recommandations de conclusion, l'évêque inséra un alinéa inattendu : la créa

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