mettre cette tradition de service.

Second évêque mauricien d'une l'ile Maurice post-indépendante, vous avez eu la tâche de faire entrer l'Eglise dans le 21e siècle. De l'amener à être pleinement partie prenante dans une société qui se cherche économiquement et une société confrontée à certaines urgences notamment, la lutte contre la pauvreté et les fléaux sociaux tels que la drogue et le VIH/sida, le respect des droits les plus marginalisés, le combat pour davantage de justice sociale, la militance pour un système éducatif plus égalitaire ... Avez-vous le sentiment d'être compris et suffisamment soutenu dans votre engagement ?

Il était une fois, un sage a dit : «le leadership consiste autant à suivre qu'à mener». Je dois dire que cela a été mon expérience dans la plupart des domaines d'apostolat que vous mentionnez.

Par exemple, je n'aurais pas pu prendre la position que j'ai prise par rapport au sida si des groupes comme les soldats de l'anti-DAVIS, le Youth Alive, EVA et l'Action Familiale n'étaient pas déjà actifs et créatifs sur ce terrain.

Ou encore, je n'aurais jamais su comment promouvoir la culture créole et l'utilisation de la langue créole dans les instances d'Église sans la longue recherche entreprise par différentes personnes et différents groupes, par exemple au sein du Bureau de l'éducation catholique.

La lutte contre la pauvreté et pour davantage de justice sociale était déjà menée par plusieurs groupes au sein de l'Eglise. Cette lutte a émergé comme un des points forts du synode, que je me suis appliqué à mettre en pratique. Dans ces différents engagements, au sein de l'Eglise comme dans la société, je me sens porté par les orientations synodales. Celles-ci, il ne faut jamais l'oublier, sont le fruit de longs partages et d'un long discernement de la part des forces vives de l'Eglise. Je ne prétends pas être arrivé au bout du chemin mais ce qui m'encourage et me rend heureux c'est que beaucoup dans l'Eglise sont résolument en route sur ce chemin, et me tirent en avant.

L'Eglise et le diocèse mauricien seront appelés, petit a petit, a évoluer au sein d'une société de plus en plus sécularisée prônant davantage le laïcisme et où les valeurs chrétiennes n'auront peut-être pas autant de poids que par le passé. Comment appréhendez-vous cette réalité ? Et aussi comment faire entendre la voix de l'Eglise et celle des chrétiens dans ce monde-la ?

C'est vrai que notre société se sécularise de plus en plus et revendique une certaine forme de laïcité. C'est vrai. C'est vrai aussi que dans ce type de société, la voix de l'Eglise n'est plus reçue comme l'unique expression de la «conscience morale du pays», mais elle est accueillie plutôt comme une voix parmi d'autres. Je crois personnellement que ce type de situation renvoie l'Eglise aux petites proportions et à la vulnérabilité de ses origines.

Pour reprendre l'image fameuse utilisée par le Cardinal Hume, archevêque de Westminster, dans un synode à Rome en 1983, l'Eglise ne doit plus se comprendre comme une citadelle installée sur la colline, élevant la voix de son haut et ne cherchant qu'à se défendre.

Elle doit plutôt se comprendre comme une communauté qui campe au milieu d'un peuple en marche. Quand on campe avec d'autres, le poids de ce que l'Eglise peut apporter ne vient pas du statut social où elle serait perchée et d'où elle parlerait. Le poids vient plutôt de la force du témoignage qu'elle porte, des liens fraternels qu'elle entretient avec les hommes et de la solidarité vécue avec les autres campeurs. La force de l'Eglise ne vient pas de l'autorité dont elle est investie, mais du rayonnement d'une vie authentique.

Mais dans ce type de situation, il est vrai aussi que l'Eglise peut ne pas être reconnue ni entendue à cause du brouhaha du peuple en marche. Si je ne m'abuse, ce fut l'expérience du fondateur de l'Eglise. C'est pourquoi, sans doute, ce même fondateur a dit que la pierre rejetée des bâtisseurs devient souvent pierre d'angle.

Quel souhait pour l'Eglise, le diocèse en marge de ce 160eme anniversaire ?

Mon souhait pour l'Eglise de Maurice c'est qu'elle reçoive aujourd'hui avec plus d'émerveillement encore le précieux héritage que le Père Laval et sa génération lui ont laissé. Je souhaite aussi que l'Eglise s'attelle à transmettre à son tour cette façon de faire résonner l'Evangile dans le peuple mauricien. Pour cela, en ce 160e anniversaire, je prie pour l'Eglise de Maurice, afin qu'elle reçoive de son Seigneur la grâce d'une grande fidélité créatrice. Que cette fidélité irrigue tous les recoins de l'Eglise !

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