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Halte pour mieux repartir

Tout anniversaire ­ et plus particulièrement le 160e de notre diocèse ­ est l'occasion d'une pause, d'une halte. Pour faire un bilan de nos acquis, de l'héritage des aînés : des pionniers de l'Église mauricienne à l'Apôtre de l'île Maurice en passant par nos propres parents.

Nos acquis sont aujourd'hui : Une Église pour qui l'évangélisation reste la mission première. Qui s'est départie du «hors de l'Église point de salut». Et qui, aujourd'hui, sous le souffle de Vatican II et du récent synode, met aussi grandement l'accent à la fois sur le témoignage de vie que sur le dialogue avec les religions dans une île Maurice multiculturelle et multireligieuse.

Une Église proche des préoccupations, des soucis du peuple. D'où un engagement à plusieurs niveaux et dans plusieurs créneaux : dans l'éducation, avec la voie prophétique du prévocationnel ; dans le social, militant contre la drogue et en faveur de la prévention du HIV/Sida, deux plaies des temps modernes ; auprès des familles afin qu'elles soient bâties sur le roc ; des jeunes, les incitant à prendre leur place à la fois dans l'Église et dans la société... Sans oublier cette quête de tous les instants pour davantage de justice et d'humanisation de notre société.

Une Église qui a su, petit à petit, faire place à la culture de la majorité de ses membres. Et qui, aujourd'hui, proclame, prie et chante dans la langue et la culture de son peuple. Et se montre solidaire dans sa démarche de revalorisation et de reconnaissance au sein de l'arc-en-ciel mauricien.

Une Église qui croit en la formation à tous les niveaux, décentralise ses structures, rejoint les gens là où ils sont et les pousse à prendre pleinement avantage des opportunités offertes.

La proposition de faire un bilan n'est pas pour se donner un certificat de satisfaction. Et encore moins pour se dire que tout est beau et bien au sein de notre Église, de notre diocèse, ou encore, que ces 160 ans se sont écoulées paisiblement, harmonieusement.

L'Église et le diocèse a et aura ses lourdeurs, ses contradictions car composés d'hommes et de femmes portant eux-mêmes des lourdeurs, traversés à temps et à contretemps par leur contradictions.

La proposition d'un bilan ­ véritable exercice de vérité ­ se veut un tremplin pour repartir, se propulser dans l'avenir, en s'appuyant justement sur nos acquis. Le 160e anniversaire de notre diocèse nous interpelle aussi quant à certains enjeux contemporains, nous invitant à être prophétiques aujourd'hui. Il nous invite à entendre les appels qui résonnent aujourd'hui :

Quelle sera donc la place que nous réserverons à l'écologie parmi nos préoccupations et nos engagements ?

Quelle place pour ces nouveaux types de familles qui émergent de plus en plus : monoparentales, recomposées... ?

Quel langage tenir à nos jeunes dans ce monde où la sexualité n'est que rencontre physique du corps ?

Quelle prise de parole dans un monde où corruption et passe-droits deviennent monnaie courante dans le monde des affaires ?

Autant de questions qui nous interpellent toujours à une «fidélité créatrice» afin d'être signes des temps, missionnaires aujourd'hui.

Danièle Babooram


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