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École Catholique


Une prophétie d'ouverture

L'Église a entrepris au cours de la décennie une véritable œuvre d'ouverture en matière d'éducation. Une ouverture dans un effort de mettre l'éducation à la portée du plus grand nombre. Une démocratisation, mot à mode, réelle, d'accès aux écoles et au savoir. Mouvement lent mais profond. Contestable par moments, ici ou là, certes. Irréversible dans le mouvement de fond.

L'Église accomplit une mutation pour sortir d'un cycle élitiste des décennies passées pour entrer dans un autre cycle plus conforme aux attentes générales et proches des besoins de ceux, pour qui, l'éducation, pour diverses raisons, était inaccessible.

Au secondaire on convient volontiers que la fin de la décennie 90 a connu les temps forts de cette ouverture vers davantage d'accès à ceux qui en étaient exclus. Suite à une intuition de Mgr Maurice E. Piat, la mise en place de ce qui allait, avec le soutien d'Etat, devenir la filière prevocationnelle, est envisagée, avec le ministre de l'Education d'alors, l'honorable Kadress Pillay, après rencontre à l'Evêché.

Une filière aujourd'hui devenue une généralité nationale et celle des collèges catholiques, en particulier. Même une certaine section de la presse était, à l'époque, sceptique. Elle qualifiait cette rencontre préliminaire à l'Evêché de «noces de Cana».

Démocratisation

Cette filière donne aujourd'hui une deuxième chance aux exclus du CPE, en démocratisant un secteur, le main stream des collèges secondaires, qui jusque-là, n'était réservé qu'à ceux dits intellectuellement doués, tous, de façon standard sans tenir compte des qualités intrinsèques de ceux autrement compétents.

Cette filière, aujourd'hui, donne des éléments de base, essentiels et renforcés, pour leur vie, à ceux qui en ont été privés, malgré, pourtant, une scolarité primaire de longue durée. L'encadrement qui leur est assuré au prevocationel est spécifique à leurs besoins. Le principe de base est de permettre à des enfants dits «rebuts» de l'école primaire, de grandir à égalité avec tous leurs autres camarades.

Respect de la langue

Démocratisation d'accès, mais, aussi et surtout, ouverture, pour ces enfants, vers l'apprentissage de la connaissance par le biais de la langue qui leur est la plus naturelle, leur langue maternelle, le créole. Certes les initiatives entreprises par les services du Bureau de l'éducation catholique (BEC) sont encore en état expérimental, mais déjà, à en entendre les échos des résultats obtenus, les performances sont très encourageantes.

On y valorise la créativité, les sciences, le calcul, les talents manuels, permettant des progressions avec une déconcertante facilité. Il est vrai, le soutien d'État requis pour de moyens plus grands pour cet enseignement est encore en attente. Mais il s'agit bien là, nous semble-t-il, que d'une attente qui ne fait que retarder inutilement une action pédagogique fondamentale inscrite dans une inévitable

mouvance de l'histoire.

Il est un secret de Polichinelle que la meilleure langue d'apprentissage est la langue maternelle. L'effort accompli par le Prévokbec, à ce jour, mérite d'être salué et encouragé. Viendra, sans doute, le moment, c'est là une question de temps, où il faudra, à titre pilote, l'initier dans l'ensemble des écoles primaires, d'abord dans la logique des filières dites plus faibles. Tout est question de préparation des moyens et des esprits.

Le temps venu, l'initiative sera alors celle de toutes les équipes des établissements primaires. Le mouvement pris par le Prévokbek est à ce titre prophétique. Une prophétie touchant le plus grand nombre en particulier, ceux parmi les plus défavorisés pour qui, même la langue maternelle, celle qui leur est la plus naturelle, a toujours été considérée par le main stream comme un outil inhibant.

Soulignons aussi dans ce mouvement d'Eglise vers une plus grande ouverture éducative, au plus grand nombre, le travail pionnier effectué pour le Ecole pour la solidarité et de justice. Une initiative de Jean-Noël et Margaret Adolphe, pour, en région populaire, à travers un bénévolat dynamisé, donner de la chance à tous ceux qui sur le plan scolaire ont besoin d'assistance et d'accompagnement particulier. Il s'agit là non seulement d'une initiative pédagogique mais d'une conception scolaire inédite c'est-à-dire mettre l'école là où elle est dans le plus grand besoin, c'est-à-dire au centre des milieux populaires. L'Ecole devenant ainsi lieu de solidarité et de justice sociale.

Il s'agit bien là d'un courant éducatif d'Église prenant appui sur un concept d'accès et d'ouverture scolaire au plus grand nombre. Avec comme idéal d'action, les bénéfi-ciaires de l'Ecole devenant, eux-mêmes, animateurs et levains dans les milieux dont ils sont issus.

Soulignons aussi la mise en place des cours pour formation des cadres avec le soutien des Australian Catholic University (ACU). Initiative louable certes pour donner à l'Éducation catholique les moyens de formation à ceux qui la servent avec accent sur la mission de l'éducation, en Eglise et les moyens d'encadrement et d'orientation administrative.

Cette initiative de bon sens est encore précaire car elle dépend beaucoup des initiatives parti-culières et de la bonne volonté. Elle porte certes l'embryon d'une possible université catholique en devenir.

Elle demande consolidation et possibilité d'amplification pour devenir siège d'une université catholique de l'océan Indien, souhaitable et nécessaire, offrant à tous les jeunes Mauriciens les moyens de formation dans des filières universitaires variées. Il s'agit là d'une ouverture nécessaire qui, de toutes les façons, ne manquera pas de se poser de façon aiguë pour donner à l'Église et au pays les cadres formés dont elle a besoin.

Les Centres techniques ont depuis toujours joué un rôle d'ouverture sur les métiers en faveur de ceux résolument orientés vers le monde du travail. Ces centres sont aujourd'hui en grande demande. Ils remplissent leur rôle de relais à la filière académique plus qu'adéquatement. Ces centres sont aujourd'hui à la croisée du chemin.

Soit ils sont appelés à continuer à assurer la formation aux métiers, mais en étant dotés de moyens

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