Caritas

La Société St-Vincent-de-Paul avait pendant plus d'un siècle assuré l'aide aux pauvres et continue à le faire jusqu'à nos jours. En 1965, Gustave Rey, entouré d'une équipe de prêtres et de laïcs, fonde Caritas dans le but d'enrichir l'aide aux pauvres et le secours d'urgence. Dans les années 80, Caritas tout en continuant le secours d'urgence, axe davantage ses activités sur le développement. Ainsi les Caritas paroissiales seront graduellement remplacées par les Services d'écoute et de développement qui connaîtront, surtout après le Synode, un développement certain en s'implantant dans presque toutes les paroisses de l'île.

Caritas lancera un vaste programme d'alphabétisation fonctionnelle qui, destiné à combattre l'échec scolaire, multipliera les écoles de quartiers pour, de nos jours, s'attaquer aux entreprises, trop contentes de former leurs travailleurs analphabètes. Caritas répondra au besoin des SDF en lançant et animant l'Abri de Nuit de Port-louis, en 1994, et celui de St-Jean, en 2005. Le projet Relais Espérance permet aux personnes, en quête d'une maison, d'avoir un logement temporaire tout en se préparent à avoir sa propre maison.

Drogue et sida

Suite au lancement par la Communauté Fiat, au début des années 80, du premier centre pour drogués à Terre-Rouge, le diocèse enverra des laïcs se former en France et en Italie pour une approche plus professionnelle à l'actuel Centre d'accueil de Terre-Rouge (CATR). Un comité est mis sur pied pour s'occuper de cette question de brûlante actualité et le Centre de Solidarité de Rose-Hill sera lancé. Ce Centre se muera plus tard en une ONG indépendante. Des laïcs catholiques lancent le Groupe A de Cassis pour le combat contre la drogue. Après des années de lutte, Cadress Runghen, figure de proue dans ce domaine, lancera le mouvement Anti-DAVIS, incitant ses soldats à combattre la drogue, le sida, l'alcool, la violence, le suicide... Le diocèse vient de mettre une maison à Port-Louis, 'La Casa' à la disposition de ce mouvement pour l'accueil, d'un nouveau style, de ces victimes de la société.

Synode et option préférentielle pour les pauvres

Dans les dernières années du 20e siècle l'Eglise fait une longue réflexion sur sa mission. Une des cinq principales orientations, sera l'option préférentielle pour les pauvres, thème cher aux encycliques sociales des papes. Une Commission Sociale est fondée pour veiller à ce que cette 'option' soit mise en pratique. Diverses actions concrètes sont prises surtout dans le domaine de l'éducation.

L'Eglise sera à l'avant-garde des classes prévocationnelles pour ceux qui ont échoué aux examens du CPE. Des méthodes pédagogiques pour favoriser les plus faibles ­ comme la pédagogie inclusive et l'utilisation de la langue créole ­ seront expérimentées. Les star schools du secondaire perdront de leur superbe à travers l'introduction des classes de 'mixed-abilities', qui donneront la chance aux moins favorisés d'avoir une place dans 'leurs' écoles. Quatre nouvelles écoles secondaires sont construites dans des endroits défavorisés, malgré le lourd coût financier.

Ecole pour la solidarité et la justice (E.S.J)

L'ESJ est une fondation post-synodale dans l'optique de l'option préférentielle pour les pauvres. L'Eglise a écouté les cris de ceux qui demandaient un institut de formation sociale suite à la fermeture de l'IDP en 1991. L'ESJ propose un Certificat de Leadership social avec 12 modules d'une

durée de 240 heures. Plus d'une centaine d'animateurs sociaux ont été formés à ce jour. L'ESJ donne aussi la possibilité aux catholiques mauriciens de mieux connaître l'Enseignement social de l'Eglise. L'ESJ met la solidarité et la justice en pratique en lançant des Ecoles complémentaires dans plusieurs cités ouvrières. Ces Ecoles, parfois doublées d'un Centre of Learning, comme à Barkly, sont à la base d'un vaste programme de développement communautaire qui donne la possibilité aux habitants de prendre en main leur destinée.

Ce bref survol ne nous permet pas d'énumérer toutes les initiatives ­ tant l'engagement des catholiques dans le social est impressionnant - et je m'en excuse auprès de ceux concernés. Cependant mentionnons encore des institutions qui sont encore actives et qui ont apporté leur part à l'action de l'Eglise dans ce domaine : l'Apostolat de la Mer, de Jean Vacher, l'APEA, de Gérard Mallaité, qui a tant aidé les victimes des 'casseurs', Le MSJM, fondé par le père Antonio Ponudurai, qui à travers les années s'est engagé dans divers projets sociaux, La Passerelle du Frère Ah Yoon et l'Association les mains ouvertes qui travaillent auprès des prisonniers et enfin la commission Justice et Paix qui a, depuis sa fondation, publié plusieurs documents de recherche sur des questions sociales en lien avec l'Enseignement social de l'Eglise.

Pour reprendre le texte d'introduction de Paul VI, je pense qu'il y aura toujours des hommes et des femmes d'Eglise pour répondre aux nouveaux besoins par des projets ou institutions appropriées. Le combat contre la pauvreté avec la baisse du pouvoir d'achat et le fossé qui se creuse entre riches et pauvres restera un continuel défi pour l'Eglise. Prions pour que Mathieu 25 reste toujours d'actualité et que nous inventions des formes nouvelles pour que les moins favorisés puissent avoir des possibilités de se défaire de leurs maux sociaux.

Jean-Noël Adolphe

La pensée sociale catholique place l'être humain au centre de ses préoccupations. En conformité avec la soif de liberté qui le caractérise, tout doit être mis en oeuvre pour que chaque être humain puisse, en toute responsabilité, prendre soin de lui et de ceux dont il a la charge. L'apostolat social est, aujourd'hui, davantage primordial avec la globalisation augmentant considérablement la pression compétitive à laquelle la famille et la société sont confrontées. Ce qui veut dire concrètement que l'apostolat social appelle aujourd'hui chacun de nous individuellement, en association ou en famille, paroisses, quartiers, mouvements à nous préoccuper activement de ceux qui sont dans des difficultés. L'enseignement social de l'Église s'enracine dans l'Évangile : «Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait.» (Mt 25,40).

Des centaines d'hommes et de femmes ont, au cours des ces 160 ans, pris la défense de la personne humaine dans divers domaines : santé, éducations, économie, vie sociale, réinsertion, respect des droits... Et ce, entre autres, à travers les congrégations religieuses, les mouvements socio-caritatifs, l'engagement citoyen

A l'aube de 2008 l'apostolat social se présente comme un des plus grand défis que la communauté chrétiens se doit de relever. Il nous appelle à sortir de nous-mêmes, à rencontrer l'autre, à participer à la solidarité, à la lutte pour un développement plus humain, à faire justice et droits humains...

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