Pousser vers le large

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L'Ile Maurice était Huguenote sous les Hollandais ; elle devient Catholique sous les Français. Si la liberté religieuse est une notion actuelle, récemment encore, il était évident pour tous et pour chacun, que la religion du peuple, c'est la religion du prince ou celle du roi. Et puisque le Roi de France est catholique, les colons français viennent, accompagnés de prêtres catholiques, et la loi les oblige à baptiser leurs esclaves pour qu'ils soient, eux aussi, catholiques .

Dans la pratique, sur place, les choses sont moins simples, surtout qu'on est bien loin du Roi de France : la Compagnie des Indes a amené, avec les premiers colons, deux Pères et deux Frères Lazaristes. Nous sommes en 1722. Les débuts ont été très difficiles, de par le fait que tout était à créer et de par la mauvaise volonté des responsables locaux de la Compagnie des Indes.

Le «Port-Sud-Est» ou Port-Bourbon, qui deviendra Vieux-Grand-Port et le «Port-Nord-Ouest», qui deviendra Port-Louis ont été les deux seules paroisses, jusqu'à ce que Mahé de Labourdonnais, arrivé en 1735, crée Pamplemousses ; viendront ensuite St Pierre-ès-Liens et St Julien. Les missionnaires visitent les établissements, catéchisent, baptisent au prix d'efforts surhumains, exigeant un minimum d'instruction avant de baptiser les esclaves.

La population libre, pas toujours facile à vivre, rendra pourtant témoignage au courage de ses premiers missionnaires. Le petit opuscule de Mgr Mamet sur les Lazaristes retrace les premiers pas de l'Eglise à Maurice.

Sous Mahé de la Bourdonnais et Poivre, l'effort est plus marqué : on passe de 2 prêtres à 10.

Sous l'administration anglaise, en 1818, Port-Louis devient le centre d'un immense vicariat apostolique qui s'étend dans presque la moitié de l'hémisphère Sud, comprenant Maurice, Sainte Hélène, le cap de Bonne Espérance, Madagascar, les Seychelles et l'Australie.

Les 30 premières années de la présence anglaise à Maurice se caractérisent par des problèmes entre une partie des bourgeois d'origine française et les deux premiers Vicaires Apostoliques d'origine anglaise. Sur fond de «gallicanisme», c'est à dire cette volonté du pouvoir civil de mettre son nez dans les affaires de l'Eglise, il y a une volonté de demeurer «Français».

Malgré ces contestations, le Vicaire Apostolique est un vrai pasteur de son peuple et il aura plusieurs initiatives heureuses :

- Un catéchisme en français, sous forme de questions-réponses, comme c'était l'habitude alors .

- Un souci du ministère qui le voit participer à la vie des paroisses.

- Un souci d'évangélisation qui lui fait rechercher, avant le Père Laval, l'aide de catéchistes-laïcs.

- Il ordonnera le premier prêtre mauricien, l'Abbé Déroullède, en 1821 .

- Il crée deux écoles primaires en 1831.

Mgr Morris, succède à Mgr Slater en 1833. C'est durant cette période que fut proclamée l'abolition de l'esclavage, le 1er février 1835, et l'émancipation des affranchis en 1839. 66 613 Noirs étaient concernés, sur une population de 101 409 âmes.

Mgr Morris se heurta à la mauvaise volonté des Gouverneurs qui lui refus la construction de chapelles nécessaires pour accueillir les fidèles ainsi que le clergé recruté par Mgr Morris, parce qu'il n'est pas d'origine anglaise.

Sur le plan de l'éducation, Mgr Morris se heurte à la même volonté «d'angliciser» le pays de la part des Gouverneurs (Charles Colville, Willian Nicolay et Lionel Smith)... Pourtant, le Ministère britannique affirmait clairement : «Les restrictions sur le droit d'enseigneur aux élèves dans les écoles privées sont sans nécessité, onéreuses et tendent à freiner le progrès de l'éducation.»

Le troisième Vicaire Apostolique, Mgr Collier, deviendra aussi le premier évêque de Port-Louis, le 7 décembre 1847. Il nous est plus connu car il a amené, avec lui en 1841, le Père Laval, pour s'occuper de l'évangélisation des nouveaux affranchis et, peu après, un prêtre Belge, l'Abbé Masuy qui fera un travail semblable auprès de la bourgeoisie blanche. L'Abbé Masuy sera le soutien de la fondatrice des Sœurs du Bon et Perpétuel secours en 1850.

C'est également sous l'autorité de Mgr Collier que le Père Laval enverra le Père Thévaux comme premier prêtre en Mission à Rodrigues, en novembre 1850 ; il y resta 6 mois.

Les archives de l'évêché ont rassemblé un nombre impressionnant de lettres entre le Vicaire apostolique et les Gouverneurs successifs. Mgr Collier cherche à augmenter le clergé, mais ne parvient pas à trouver des prêtres anglais, et

rappelle que ses prêtres doivent être les pasteurs d'une population francophone. Pour palier la mauvaise volonté des Gouverneurs, plusieurs missionnaires ont accepté de prêter serment d'allégeance au roi d'Angleterre. Même le Père Laval était disposé à le faire, mais il est tombé malade au moment fixé pour le faire.

Mission et émergence de l'Église locale

Dans l'Annuaire du Diocèse de Port-Louis il est intéressant de voir que très rapidement, le souci de former un clergé diocésain allait de pair avec le souci de la Mission et que, malgré le petit nombre de prêtres à Maurice et à Rodrigues, l'Eglise locale a laissé s'épanouir les vocations spécifiques. Aujourd'hui encore, des missionnaires mauriciens servent l'Eglise un peu partout dans le monde.

Religieux et religieuses

Le même annuaire du Diocèse, chaque année, redonne les grandes dates de la vie de l'Eglise à Maurice avec l'arrivée progressive des différentes congrégations de religieux et de religieuses ; chacune, selon son charisme développe l'éducation, le secours aux plus démunis ou la Mission auprès des différentes communautés de l'Ile. Là encore, l'Eglise mauricienne s'est montrée généreuse pour permettre à des hommes et des femmes issus de son sol, de répondre à leur vocation missionnaire.

Nouveau partage : les Fidei Donum

Avec Vatican II, une nouvelle forme de partage entre les Eglises prend son essor et l'Eglise qui est à Maurice en a bénéficié : les prêtres « fidei donum » . Tout en restant prêtres de leur diocèse d'origine, ils sont prêtés, pour un temps, à un autre diocèse. Dans ce «partage de la foi», il y a le désir d'un enrichissement mutuel ; puisse le Diocèse de Port-Louis entrer aussi dans cette volonté de collaboration qui n'est pas à sens unique.

A l'approche du 160° anniversaire du Diocèse de Port-Louis, ce regard en arrière n'est pas chargé de nostalgie : le passé, s'il est connu, peut servir à construire l'avenir. Et, si on identifie des erreurs ou des lourdeurs dans le passé, ce même passé peut aussi permettre de mieux construire l'avenir.

Bernard Hym

Code Noir ou plutôt « lettres patentes » de décembre 1723, pour l'Isle de France et Bourbon.

Joseph Mamet, «Les Lazaristes fondateurs de la chrétienté de l'Ile de France», Ed.Diocèse de Port-Louis 1972.

Mgr Amédée Nagapen, «Histoire de l'Eglise, Isle de France-Ile Maurice, 1721-1968», Ed Diocèse de Port-Louis 1996, ISBN99903 30 22 0, Imprimerie Cathay Printing Ltd, p. 87-92

Pour plus de détail, voir Amédée Nagapen, «Le catéchisme à l'île Maurice avant le Concile Vatican II», Ed Diocèse de Port-Louis, 1994, Imprimeur Regent Press Co. Ltd, ISBN 99903 30 06 9

Son portrait est à la cure de Pamplemousses et une copie à l'évêché.

Mgr Nagapen «Histoire de l'Eglise» op. cit. p. 97

Cité par Mgr Nagapen «Histoire de l'Eglise» p. 99

Mgr Nagapen «Histoire de l'Eglise» op. cit. p. 111

Mgr Nagapen «Histoire de l'Eglise» op. cit. p. 119 ; Voir aussi les Bulletins Généraux des spiritains à ce sujet et le manuscrit du P. Pivault en 1913 disponibles à Pont-Praslin, et chez le P. Hym sous forme de CD.

Mgr Nagapen «La Naturalisation du Père J.-D. Laval et des Missionnaires spiritains» avec en sous-titre : «Un volet de la politique coloniale britannique à l'Ile Maurice». Ed. Diocèse de Port-Louis 1992, p. 73. Il est intéressant de noter qu'aujourd'hui, au contraire, les prêtres étrangers sont appelés à «jure un affidavit » comme quoi il ne demanderaient jamais la nationalité mauricienne.

Annuaire du Diocèse de Port-Louis 2007, p. 80-86

Annuaire du Diocèse de Port-Louis 2007, p. 35-49

Annuaire du Diocèse de Port-Louis 2007, p. 125-127

Annuaire du Diocèse de Port-Louis 2007, tableau p. 79

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