Communauté missionnaire


La formation diocésaine
en devenir

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La communauté catholique de l'île Maurice s'est réunie le samedi 23 novembre 2007 en Assemblée Synodale. Dans la correspondance (7 août 2007) adressée aux délégués, le vicaire général, le père Jean-Maurice Labour, souligne que cette rencontre annuelle «n'est pas simplement une étape de routine mais un temps fort qui nous permet, ensemble...de sentir tout ce qui se vit dans l'Eglise à Maurice depuis le Synode».

Les principaux objectifs furent clairement définis : (i) évaluer le chemin parcouru depuis les orientations données par le synode (ii) discerner comment faire avancer plus loin et ensemble sur la route tracée par le synode. Aux appels pour devenir communauté missionnaire, Mgr Maurice E. Piat conclue et résume le souci de l'Assemblée dans «la transmission». Cette question nous permet de nous pencher sur le devenir de la formation dans l'Eglise. C'est le chemin que nous sommes appelés à faire ensemble avec le Christ pour être présents dans le monde.

Un bref état des lieux au niveau du service de la formation dans le diocèse nous montre qu'actuellement la formation opère sur trois modes. D'abord, nous retrouvons les services de formation décentralisée avec l'ETSH, les coopérateurs pastoraux, et la formation des formateurs. Ce type de service est beaucoup plus récent. Il s'inscrit avant tout dans une démarche d'offrir une formation chrétienne de base à tout catholique et aussi de pourvoir aux laïcs qui sont en position de responsabilité de fonder leurs actions sur des assises chrétiennes. La formation est itinérante desservant les 42 paroisses de l'île.

Puis, viennent les instances de formation fixes telles que l'Ecole de catéchèse, Education à la vie et à l'amour (EVA), l'Ecole de valeurs humaines et le Centre de formation pour éducateurs (CDFE), agence de formation du Bureau de l'Education catholique.

Les autres instances sont à vocation pastorale, telles le Groupe 40, l'Ecole du dialogue interreligieux, et l'Ecole de pastorale et de liturgie. Notons aussi qu'au niveau institutionnel existe l'Institut catholique de l'île Maurice(ICIM), instance qui a pour mission de penser, structurer, rendre accessible la formation et faire le lien entre les différentes instances de formation.

Dans la Charte de l'ICIM (2005), nous pouvons lire ceci : «Il ne s'agit pas seulement d'offrir la formation chrétienne et spirituelle, mais d'articuler celle-ci avec des formations humaines qui rendront nos catholiques surtout les jeunes qui terminent leurs études secondaires - plus performants dans notre société, de sorte qu'ils pourront, petit à petit, peser davantage sur les instances de décision de notre pays.»

La réflexion autour d'un service de formation qui répondrait aux défis du pays tout en préservant l'originalité chrétienne des formations fait son chemin. Ne faudrait-il pas envisager une rationalisation de nos ressources au vu des «attentes» et des «branches sèches» ? N'a-t-on pas besoin d'un projet de développement cohérent de la formation pour répondre aux différents besoins ? Mais le plus grand défi reste à explorer, identifier, évaluer les moyens que peuvent se donner nos services diocésains de formation. Cela urge ! Nous vivons une période de transition.

A l'horizon

Il se profile à l'horizon une société du savoir- une nouvelle économie du savoir, un knowledge based society ou encore un Weightlessness economy. Concrètement cela veut dire qu'une marque commerciale, une police d'assurance, un film, un morceau de logiciel, un code génétique, tout ça ne pèse pas, n'a pas de visibilité, mais a une

valeur économique largement supérieure au tonnage d'acier ou de ciment. Au niveau des entreprises, on parle déjà de la gestion des savoirs. A la démocratisation de la connaissance avec le net, on parle de plus en plus de propriété intellectuelle des idées. La formation à distance progresse. Dans quelques années, Maurice se positionnera comme un knowlegde hub pour la région. Qu'en est-il de nos services de formation ?

Il n'y a pas de savoir sans évaluation. En Europe et en Amérique, les acquis professionnels (au moins cinq années d'expérience) commencent à être pris en compte pour justifier une partie des connaissances et des aptitudes exigées pour l'obtention d'un diplôme de l'enseignement supérieur. C'est avec ces nouvelles donnes que la formation chrétienne sera appelée à jouer pleinement son rôle dans le devenir d'une communauté missionnaire.

Toute formation suppose une transmission- il y a un bien culturel, des savoir-faire antérieurs qui se transmettent d'une génération a l'autre, d'un groupe d'individus à un autre.

A toutes les époques de leur histoire, les Eglises chrétiennes, héritières de la tradition hébraïque, ont valorise l'éducation et la formation, ont multiplié les initiatives pour les promouvoir, fondé des congrégations et instituts religieux voués à les dispenser ou institutions ordonnées à les gérer. Elles ont justifié, même au prix de conflits violents, leur devoir d'entreprendre et leur droit d'y participer. Le christianisme n'a cessé, d'être au fil des temps, inspirateur de doctrines pédagogiques et de pratiques éducatives, et il le demeure (Guy Avanzini, in Pédagogie Chrétienne, Pédagogues Chrétiens, 1996). Alors, comment assurer cette transmission ? Quels sont les parcours ou les pôles de formation indispensables que le catholique doit recevoir ? Ne faudrait-il pas réactiver la réflexion sur un patrimoine pédagogique et spirituel chrétien d'une extraordinaire richesse mais encore trop mal connu a Maurice.

Etre présent dans le monde

Aussi bien, quelle part de contextualisation doit-on faire dans la formation chrétienne mauricienne ? Peut-on assurer une formation sans tenir compte de son application critique dans son contexte? La Lettre Pastorale (2000) démontre bien la particularité de la société mauricienne en soulignant : «Nous avons un style d'interaction entre races, cultures et religion, qui est propre à l' île Maurice, et qu'on pourrait appeler le Mauritian way of life. Celui-ci a des limites évidentes, mais il a aussi son originalité, son charme, sa saveur particulière». Par exemple, peut-on parler du dialogue interreligieux et faire abstraction des conditions socio-historiques qui ont déterminent les rapports sociaux dans notre pays ? Quel mauricianisme pour l'île Maurice ? A ce propos, la question de la terre (la réforme agraire), la mer (privatisation), la question créole et les îles à l'ère de la mondialisation seront, à mon avis, à la base des transformations profondes de notre pays. Nos instances de formation sont-elles suffisamment attentives à ces évolutions ? Voila les questions incontournables auxquelles nos mouvements caritatifs et sociaux, nos institutions sociales, les institutions éducatives et les écoles diocésaines de la formation seront confrontées à l'avenir.

Jimmy Harmon

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