Défi

Le défi est d'autant plus énorme lorsque nous constatons que le VIH est désormais présent dans nos collèges et que nos préadolescents sont aujourd'hui déjà sexuellement actifs. Ainsi, même là nous aurons à suivre le Dr. S. R. Covey en faisant un paradigm shift entre ce que nous connaissons des adolescents et de l'adolescence d'aujourd'hui et ceux de demain. Je le dis et le redis : il nous faut, tous, nous y préparer sans quoi, nous serons très vite dépassés, autrement nous vivrons sur des acquis et des apparents !

Ensuite, l'Eglise de demain. Je l'ai dit auparavant: c'est une Eglise, peuple de Dieu et institution écclésiastique, à la fois dynamique et empreinte de dynamisme, comme nous le témoigne sa dernière Assemblée diocésaine. Toutefois, des défis, s'offrent également à elle ; nous en choisirons deux, là aussi, qui, d'ailleurs, furent presque plébiscités lors de l'Assemblée, à ma plus grande joie : d'une part, passer d'une existence assumée d'une multi-culturalité interne et externe à l'Eglise à la réalité d'une inculturation interculturelle et à une praxis systématique d'un dialogue interreligieux et interculturel sur le terrain, respectivement.

Oecuménimse et interreligieux

Nous ne pouvons plus ignorer ce qu'il y a de beau, de vrai et de sacré, et ce qui se fait de bon, de pur et de profond chez nos frères et amis autrement chrétiens et autrement croyants. La question de l'œcuménisme et de l'interreligieux devraient être davantage à l'agenda de nos lèvres et de nos mains, ne serait-ce que pour les connaître et les comprendre ­ comprendre, par la même occasion, les raisons de la migration des catholiques vers d'autres dénominations dites chrétiennes et le sentiment anticatholique qui y règne parfois ­ avant de s'y engager.

Et pour ce dernier, je propose de réinventer nos rapports, d'une part, en allant à l'Essentiel, c'est-à-dire en découvrant pas seulement le cultuel ou le culturel chez l'autre, mais aussi et surtout le scripturaire, le partage des Ecritures saintes et sacrées étant une entrée dans une dimension des plus incommensurables, et, d'autre part, en initiant ces rapports sur le terrain, à partir d'une cause commune. Le Conseil des Religions a déjà commencé, bon gré mal gré, à s'engager dans cette Voie. Et poussons le bouchon encore plus loin : qu'en serait-il d'un dialogue entre catholiques et athées ? C'est là aussi un dialogue nécessaire, mais ô combien sacrifié...

Le second défi que je choisirais de mentionner pour l'Eglise est celui, inévitable et impératif, de la pauvreté, ou plus exactement de passer d'une série d'activités sociales à raffiner la lutte contre la pauvreté, non seulement afin qu'elle porte sur ses causes, ses effets et ses formes, mais aussi afin qu'elle rejoigne les huit Objectifs du Millénaire pour le Développement.

Justice incarnée

Nous avons besoin de continuer l'excellent travail enclenché par l'Eglise dans lutte contre la pauvreté, avec un esprit préférentiel pour les pauvres, ou pour être plus exact, pour la Justice parce que Dieu est lui-même Justice ; mais cet engagement doit être surplombé par une vision commune de l'apostolat social, comme la Commission sociale du diocèse, s'efforce à faire depuis quelques temps, il doit être agrémenté par de la recherche spécialisée et il doit inviter à une action concertée et un esprit d'unité au sein de l'Eglise. Ainsi, non seulement devons nous vulgariser davantage l'Enseignement social de l'Eglise, mais aussi bousculer nos chrétiens avec cet Enseignement, les invitant à quitter leur carapace, à broyer leur médiocrité et à développer leurs potentialités tout en

les mettant au service de ce peuple de pauvres.

Allons encore plus loin : pas seulement au sein de l'Eglise mais toujours dans un souci omniprésent d'interreligieux, découvrons les motivations scripturaires qui poussent nos frères et amis anglicans, presbytériens, pentecôtistes, adventistes, hindous, musulmans, sino-mauriciens, bahaïs, sikhs, à se mettre au service des autres ainsi que le savoir-faire qui en découle. Ainsi, le rêve d'un interreligieux sur le terrain à partir des Ecritures et des causes communes fera loi et sera roi. C'est cela, d'ailleurs ma foi, que je traduis actuellement dans une thèse pré-doctorale à l'Université de Maurice, comme dans quelques engagements socio-caritatifs.

Finalement, les jeunes de demain et l'Eglise de demain. Là, cela parait des plus difficiles parce qu'alliant les défis susmentionnés. Peut-être, mais c'est aussi un rapport nécessaire parce qu'il y va de leur avenir ­ de notre avenir ! C'est d'ailleurs dans ce sens que cette thématique doit être notre préoccupation prioritaire ­ celle des parents et des éducateurs de ces jeunes de demain, et celle des décideurs et acteurs de l'Eglise de demain, celle, finalement, de nous tous, parce que nous sommes tous l'Eglise.

Apprivoisement mutuel

Seront à l'agenda de cette thématique, un apprivoisement mutuel aujourd'hui, une interpellation mutuelle demain. Ainsi, les jeunes par l'âge et les jeunes par l'âme d'aujourd'hui, au sein de l'Eglise, mais aussi en dehors, sont conviés à s'asseoir et à réfléchir ensemble, à être complémentaires, et même mieux, à être, à l'invitation du renard du Petit Prince, des coresponsables portant le souci de faire la volonté de l'Amour et de célébrer la Vie.

Mais cette double mutualité et ce dialogue de coresponsabilité doivent comporter nécessairement une caractéristique : celle que Mgr M. E. Piat a lui-même qualifiée, lors de l'Assemblée diocésaine 2007, de « fidélité durable ». En effet, toute la révolution copernicienne que le secteur Jeunes de l'Eglise catholique est essentiel et salutaire mais elle n'aura pas de sens si elle ne dure pas ; dans le même souffle, face aux gros défis que poseront les jeunes de demain et l'Eglise de demain, rien d'efficace ni de valable n'arrivera si cette thématique n'est pas traitée durablement. Sans quoi, faisons place au spectaculaire, au paraitre, au geste dénué de sens et fait «just for the sake of» et, puis mettons le Christ et son exigence d'une Bonne Nouvelle d'Amour aux pauvres dans le placard et arrêtons là même

Il faut donc que le rapport entre les jeunes de demain et l'Eglise de demain réponde aux exigences que chacun d'eux présente et soit synonyme de réinvention et de redéfinition constantes, dans un dialogue nouveau et modèle d'une relation durable qui n'aura d'autre souci de dire aux jeunes de demain de profiter pleinement de la vie et de jouir de leur jeunesse, mais dans un périmètre de responsabilité(s), tout en écrabouillant toute médiocrité et tout embourgeoisement pour faire exploser leurs talents et leurs potentiels pour eux comme pour leurs prochains. Ils comprendront alors qu'il n'y a aucune dichotomie entre le feu ardent de l'Amour du Dieu et une vie d'adolescent et de jeune résolument tournée vers les réalités de son temps et vers les exigences de son avenir. Les difficultés seront toujours là, mais ils les affronteront en passant par un autre chemin: un chemin, comme le rappelle Scott Peck, malheureusement trop peu fréquenté actuellement : le chemin de l'Alternatif.

Jonathan Ravat

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