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Au gré de l'air du temps

Il ne se passe pas de semaine sans qu'une actualité en chasse une autre. Il y a un peu plus d'un mois, c'était le drame des éleveurs de porcs dont le cheptel, touché par la peste porcine africaine, a été presque décimé.

Cette catastrophe, pour un secteur d'activité porteur de l'économie et surtout pour de nombreuses familles ­ souvent marginalisées ­ qui y gagnent humblement leur gagne-pain, semble être aujourd'hui reléguée au second plan pour la majorité d'entre nous.

Combien sommes-nous aujourd'hui à compatir avec la communauté d'éleveurs de porcs ? Combien d'entre nous, pris par d'autres préoccupations et peut-être les préparatifs des fêtes de fin d'année, avons encore présentement une pensée pour leur calvaire ?...

Remontons à quelque deux mois : l'actualité, c'était la politique du «zéro tolérance» du ministère du Logement, avec dans son sillage le délogement des squatters. Des familles entières jetées sur le trottoir : nous en avons tous vu des photos dans la presse. De même que ces gamins au regard anxieux quant à leur avenir déjà précaire.

Mais aujourd'hui, qui se soucie encore de ces Mauriciens, alors que le talk of the town est ailleurs : le conflit État/sucrier cédant en un tour de main la place à l'affaire du protection money... ? Qui a encore comme préoccupations les victimes de la vente à la barre ou encore la compétitivité accrue de notre système éducatif ?

Certes, les actions contre l'introduction du grading et le fameux A+ ­ forme déguisée du ranking et peut-être moins transparent que ce dernier ­ ont été nombreuses en 2006 : forum-débat, manifestation, prise de position dans quasiment l'ensemble de la presse...

Et le public présent à ces sorties a toujours été enthousiaste, convaincu du bienfondé d'un système éducatif moins académique, moins élitiste. Mais qui aujourd'hui se révolte encore contre la course effrénée du Certificate of Primary Education (CPE), alors que la deuxième cuvée du CPE grading est annoncée pour une douzaine de jours?

Est-ce une constance que se laisser balloter de préoccupation en préoccupation, de priorité en priorité, au gré de l'air du temps ?... Et là, il faut reconnaître que l'Assemblée diocésaine nous donne une belle leçon : l'aventure commencée en 1997 est bien loin de se terminer.

Les priorités, promulguées en janvier 2000, sont restées les mêmes ; les mutations ici et là ne sont venues les balayer ni les faire passer à un plan secondaire. Au contraire, celles-ci sont, année après année, relues, analysées sous leurs différentes facettes, affinées. Certes, cela peut donner l'impression de tourner en rond, mais au moins, cette démarche a le mérite d'aller au fond des choses.
De prendre les problèmes à bras le corps et de ne pas se laisser disperser. D'en finir avec certains sujets avant de passer à d'autres.

Se laisser balader au gré de l'air du temps fait bien, reconnaissons-le, l'affaire de certains. Surtout des hommes politiques et autres décideurs. Mais à ce rythme-là, le Mauricien Monsieur-Tout-le-Monde est loin de trouver son compte. Et il est de son devoir de citoyen de persévérer pour maintenir à l'agenda ce que l'actualité ambiante porte comme préoccupations ... et ce, jusqu'à ce qu'une réelle ébauche de solution soit trouvée.

Danièle Babooram


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