L'exploitation des concombres de mer


Attention danger !

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Saisir l'opportunité

La fièvre porcine sème la panique au sein de la communauté des éleveurs à Maurice. Une situation qui plonge plusieurs familles dans l'inquiétude et l'incertitude par rapport à l'avenir. Des questions se posent. Combien de temps cela va prendre pour que la situation revienne à la normale ? Quelle alternative économique pour des personnes qui ont tout misé sur l'élevage de porc ?

A Rodrigues, nous ne sommes pas à l' abri de cette maladie. C'est pourquoi les autorités et la population doivent conjuguer les efforts et prendre toutes les précautions afin d'empêcher que cette fièvre atteigne les rives de notre île.

Rodrigues est traditionnellement connue pour sa production porcine qui a, malheureusement, baissé ces dernières années. Des efforts ont été faits pour améliorer la qualité et la race afin que la production réponde au besoin du marché ; un marché qui n'a jamais connu une stabilité durable. Rodrigues a le potentiel de produire plus de porc d'autant plus que les amateurs de cette viande disent toujours que le porc de Rodrigues a un goût spécial.

L'île Maurice doit aujourd'hui dépenser beaucoup plus d'argent en termes de devises étrangères pour l'importation du porc. Et si Rodrigues devenait ce réservoir de production de viande porcine, ce serait une bonne chose pour l'économie de nos deux îles. Pour y arriver, il faut une volonté politique concertée entre le gouvernement régional et le gouvernement central, afin de mettre en place des mesures d'accompagnement et des subventions permettant aux éleveurs de se lancer dans des projets à grande échelle.

Pour cela, il faut accepter que certains financements et expertises puissent venir de Maurice et d'ailleurs. Et des mesures strictes pour une meilleure protection de l'île contre les maladies animales doivent être mises en place.

L'île Rodrigues pourrait devenir un grand fournisseur de viande de porc pour Maurice et un grand fournisseur de charcuterie. Mais il est essentiel de trouver la méthode d'élevage qui consomme le moins d'eau possible. Des expertises existent dans le monde ; il faut pouvoir les ramener chez nous. L'île a besoin également d'un abattoir dans les normes. Et il faut diversifier et parfaire nos connaissances en matière de transformation pour faire de la charcuterie.

Il nous faut saisir les opportunités pour mettre en place un projet ambitieux. Un projet qui nécessite la volonté politique des décideurs à Maurice et à Rodrigues. Un projet qui nécessite aussi la volonté des Rodriguais d'investir et de travailler en partenariat avec d'autres afin de devenir des professionnels.

Il est temps de quitter certaines habitudes pour voir plus loin.

Benoit Jolicoeur


Line

Depuis l'année dernière une nouvelle activité de pêche occupe une place importante dans le lagon à Rodrigues. Il s'agit du ramassage de concombres de mer, dit «bambaras».

Le ramassage de ce produit de la mer ne demande pas nécessairement d'expérience et d'expertise. Étant à la portée de tous, il devient une activité économique pour des personnes qui ont besoin de générer des revenus. On raconte même que dans certains cas, à un moment donné, certains enfants n'allaient pas à l'école pour s'adonner a cette activité rémunératrice.

Mais c'est une activité qui a, en même temps une conséquence sur l'environnement marin. D'où la nécessite de faire des règlements pour en contrôler la collecte. C'est d'ailleurs dans cet objectif que l'assemblée régionale a fait voter des règlements pour l'année 2007.

Mais une question demeure : est ce que ces règlements et sa mise en pratique permettent une réelle protection de notre environnement marin ? L'ONG Shoals of Rodrigues et l'Association des pêcheurs de l'ile Rodrigues (APIR) ont d'ailleurs exprimé leur crainte. Ils l'ont fait au cours d'une conférence de presse qui s'est tenue à Port Mathurin le mois dernier.

Règlements de l'Assemblée régionale

Dans un passé pas trop lointain, tout le monde pouvait aller ramasser les concombres de mer n'importe où dans le lagon, car il n'y avait pas de règlement pour cette activité. Les règlements, votés par l'Assemblée régionale et aujourd'hui officiels, stipulent que la collecte ne peut se faire qu'entre le 1er octobre et le 30 décembre 2007 tous les jours ouvrables.

Provision a aussi été faite pour les dimensions et les espèces qui peuvent être collectées. Par exemple les espèces comme Holothuria Scabra et Bohadschia sont strictement interdites. Question : Est-ce que les pécheurs savent reconnaître ces espèces ?

Les règlements stipulent également qu'il y a des endroits spécifiques pour le nettoyage et la transformation des bambaras pour éviter la pollution de l'air et des côtes. Le ramassage est aussi interdit dans les réserves marines. La collecte ne peut pas être faite par plongée sous-marine.

Menace de disparition

Lors de leur conférence de presse Shoals of Rodrigues et l'APIR ont tiré la sonnette d'alarme sur la situation du lagon à Rodrigues si rien n'est fait

pour mieux gérer la présente situation. Selon eux, il y a 29 espèces de concombres de mer. Et certaines ont pour fonction de nettoyer et purifier le sable.

Ainsi, Shoals of Rodrigues et l'APIR constatent qu'a Baladirou, par exemple , entre août 2006 et août 2007, il y a eu une diminution de 67 % du nombre de bambaras sur une surface donnée ; le nombre étant passé de 667 a 234 unites. Ce qui fait dire que si la tendance se maintient, les espèces seront inexorablement menacées de disparition, avec un effet gravissime sur le lagon et l'écosystème marin.

Autre exemple : avec le ramassage dans le sud de l'ile, dans certains endroits, le sable commence à changer de couleur. Aussi, les ONG proposent qu'il y ait des études scientifiques sur la croissance et la reproduction des bambaras afin de mieux faire un suivi sur la quantité.

Elles proposent aussi que d'autres activités soient mises en place afin de protéger l'environnement ; la dégradation de la situation aura des effets néfastes sur la production de poissons et d'ourites, ainsi que sur l'industrie touristique.

Contrôle plus strict

Shoals of Rodrigues propose qu'il y ait un contrôle plus strict afin que les règlements soient scrupuleusement respectés, surtout en ce qui concerne le nombre de personnes s'adonnant au ramassage. La radio rapporte souvent que les gardes-pêche ont saisi tant de sacs de bambaras à tel ou tel endroit. Mais il paraît que c'est assez difficile d'interpeller les personnes qui s'adonnent a de telles pratiques illégales et qui mettent notre survie en danger.

Des questions se posent donc : est-ce que c'était vraiment nécessaire de donner des permis pour exploiter les concombres de mer en l'absence d'étude sérieuse sur la situation et l'effet de sa diminution sur l'écosystème marin ? Ne va-t-on pas vers une situation de non-retour avec de très graves conséquences sur l'économie de notre île ?

Les présents règlements ont été faits pour l'année 2007. Il est temps pour les autorités de revoir la situation à tête reposée, en dehors de toute considération ou pression politique partisane. Les décisions prises aujourd'hui dans ce domaine auront des graves conséquences sur l'avenir de Rodrigues.

Benoit Jolicoeur

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