L'Eglise du Christ (2)

Dans le premier article, nous avons vu que les évêques avaient des opinions très différentes, certains étaient progressistes, d'autres conservateurs, et que cela a donné lieu à de sérieuses discussions.

Deuxième point : la déclaration que l'Eglise du Christ comprend plusieurs communions (le Concile aime bien ce terme) catholique, anglicane, orthodoxe, protestante et aussi tous ceux vivant selon l'Evangile tout en ignorant ce que dit l'Evangile.

Eglise, peuple de Dieu

Jusqu'au concile, l'Eglise est définie comme une société hiérarchisée, pyramidale : en haut le pape; un peu plus bas, les évêques, puis les prêtres, puis les religieux et religieuses et, enfin, dans la plaine, une masse anonyme composée de laïcs.

J'ai commencé le dernier paragraphe par «jusqu'au concile», mais j'aurais pu aussi dire «jusqu'aujourd'hui», une grande quantité de chrétiens ont cette image-là de l'Eglise : une pyramide, en haut le pape ; en bas, les laïcs.

Le catéchisme que les petits Mauriciens apprenaient était calqué sur celui du diocèse de Paris, qui était resté inchangé pendant 100 ans. Et l'on y trouve ceci : «On appelle fidèles de l'Eglise les chrétiens soumis à l'autorité des pasteurs.» Le laïc fidèle était défini par son obéissance sans aucune référence à sa foi en Christ. Comme si je disais : «Une épouse est une femme soumise à son mari.» - sans référence à leur amour.

Le catéchisme comprenait 21 questions sur le pape et les évêques, et trois sur les laïcs pour leur dire leurs devoirs : obéir aux pasteurs, les respecter, payer le denier du culte (l'autofinancement). Je dis cela pour montrer à quel point l'Eglise est capable de faire des progrès.

Quand le schéma préparé par la Curie (un ministère du Vatican) arriva devant les évêques, ils sont plusieurs à protester : «Non, l'Eglise n'est pas une pyramide ! Pape, évêques, laïcs sont d'abord des membres égaux.» ils se réfèrent à saint Pierre : «Vous êtes une race choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte.» (Premier épître). C'est tout le Peuple de Dieu tout entier (pape, laïcs, prêtres, évêques) qui est sacerdotal. Il y a d'abord le Peuple, puis, au service des laïcs, des ministres, des prêtres.

Les Pères du concile retrouvaient ainsi une vision traditionnelle de l'Eglise, une vision datant des premiers siècles, où le laïcat était partie active dans le Peuple de Dieu.

«L'ensemble des fidèles qui ont reçu le Saint-Esprit (voir Premier épître de Jean, chapitre 2, versets 20 et 27) ne peut faillir dans la foi. Et manifeste cette propriété par quand, depuis l'évêque jusqu'au dernier des fidèles, il exprime son consentement universel en matière de foi et de mœurs.» (Document sur l'Eglise, N° 12) Les mœurs, c'est le comportement, ce qu'il faut faire.

Sens de la foi

Ce sens de la foi est un don de l'Esprit : c'est une intelligence, un tact chrétien qui appartient au Peuple de Dieu tout entier. La Parole de Dieu, la Révélation ont été confiées à un Peuple. L'Eglise hiérarchique (collège des évêques) ne peut ignorer ce lieu où se fait aussi la théologie. Il y a interaction entre hiérarchie et laïcat.

Un bon exemple de ce sens de la foi est celui-ci. Le peuple chrétien s'est mis à prier pour les morts. Personne, aucune autorité n'avait dit qu'on devait prier pour les morts. Mais cette pratique s'est développée, a duré des années. Si bien qu'un jour, le Vatican, après réflexion et discussions, a admis qu'il était pos

sible et bon de prier pour les morts.

Quelle leçon tirer de cela ? Celle-ci : la vie précède le règlement. C'est la vie qui est première ; c'est à partir de la vie, et de la vie du plus grand nombre, que l'on prend des décisions. Ou que l'on revient sur une décision.

Ce sens de la foi est une donnée traditionnelle de l'Eglise. Saint Cyprien (mort en 258) écrit : «Dès mon épiscopat, je me suis fait une règle de ne rien décider d'après mon opinion personnelle, sans votre conseil, à vous les prêtres, et sans l'accord du peuple

«Le sens de la foi, ce n'est pas une sorte d'opinion publique humaine. Il est la recherche de l'action même du Saint-Esprit, âme de l'Eglise et source de charismes.» (Cardinal Surnrnns)

Oublié pendant des siècles, ce sens de la foi a été remis en honneur par le concile (texte plus haut) et, dans un autre texte, il est dit que «les fidèles doivent donner aux pasteurs leur opinion sur ce qui touche le bien de l'Eglise».

La réception

Une des manières dont s'exerce ce sens de la foi s'exprime dans ce qu'on appelle la réception. Une décision est prise en haut lieu, au Vatican. Cette décision concerne le Peuple dans son entier. Le Peuple se trouve alors devant un choix : a) cette décision, il peut la recevoir, la faire sienne : il se l'approprie, il dit «oui»; b) il la refuse, il dit non, il ne la reconnaît pas comme juste et bonne pour sa vie.

Le Peuple de Dieu, ce n'est pas des chefs qui commandent et des soldats qui obéissent. En fait, il y a une espèce de décision commune, même si elle ne s'exerce pas de la même manière de part et d'autre. Le soldat ne peut pas dire non ; le laïc peut dire non.

Il y a un va-et-vient, invisible mais réel, entre la hiérarchie et les gens de la base. C'est ce va-et-vient qui fait que ce qui n'est pas la hiérarchie qui dirige et la base qui exécute. Cette dernière prend une part active aux décisions de la vie de l'Eglise.

Prenons quelques exemples sans les développer. Le «non» du pape concernant la pilule contraceptive n'a pas été accepté. Après l'avoir condamné avec force, la hiérarchie est muette sur le préservatif.

Ici, en liturgue, les gens demandent des homélies moins longues et plus simples ; des chorales moins bruyantes, du calme après la communion (musique douce, sans chant). Ils ne sont pas entendus. Ils font la grève de la messe.

Pour une bonne entente entre les parties concernées, il faut de la bonne volonté ; il faut le désir de faire marcher l'Eglise ensemble.

Conclusion

En plusieurs documents, le concile affirme que le laïc doit être un membre actif de l'Eglise, que sa collaboration est indispensable à la vie de tout le Peuple.

Je ne prends qu'un exemple qui vient du document sur l'œcuménisme : «Le concile souhaite ardemment que les enfants de l'Eglise catholique prennent des initiatives pour le progrès de l'unité.» (N° 24) Le concile exhorte les fidèles catholiques à prendre une part active dans la tâche œcuménique.

Solange Jauffret

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