Gérard Malliaté :


«Le surendettement est une maladie.
Attention à ses conséquences sociales irréversibles»

Sonnette d'alarme de Gérard Malliaté, de l'APEA, en cette fin d'année. Le surendettement est un engrenage broyant.

Les promotions pour les fêtes de fin d'année sont déjà là et les magasins rivalisent d'astuces pour nous inciter à dépenser un boni qui n'est pas encore dans nos poches... Vos commentaires.

Comme toutes les années, nous nous faisons un devoir de prévenir le public en général, à travers, les médias des risques de mauvaise gestion du boni de fin d'année.

Ce boni, nous le savons, est très convoité par le commerce en général qui y voit une occasion de 'boost up' son chiffre d'affaires, en utilisant à fond une publicité agressive et des facilités de crédits.

Nous devons être encore plus vigilants cette année vu que notre pouvoir d'achat est grandement affaibli par l'inflation galopante. Les commerçants vont conséquemment ­ comme vous le dites ­ rivaliser en termes d'offres de facilités de crédits et c'est là où commencera la descente aux enfers

N'oublions pas que certaines boîtes se flattent de réaliser 50% de leurs chiffres annuels pendant cette période. Donc le risque de persuasion d'acheter est toujours là.

Vous êtes bien alarmiste...

Nous avons à Maurice de très brillants hommes d'affaires et des publicitaires très efficaces. Mais il nous faut aussi constater que le risque de nous transformer en acheteurs et dépensiers compulsifs est là.

Le seul conseil que l'on peut donner à nos concitoyens, c'est de réfléchir sur la façon la plus intelligente d'utiliser ce boni ­ par exemple épargner pour les frais scolaires de l'année prochaine, rembourser des dettes... ­ -avant de se lancer dans des dépenses que notre patois local décrit comme «nimport».

Plus que jamais aujourd'hui, nous devons nous méfier des cadeaux des nouveaux Pères Noël du crédit facile. Nous avons à réfléchir sérieusement sur nos capacités de remboursement, l'utilité de notre achat, et surtout nous assurer de bien comprendre les clauses des contrats que nous signons.

Il faut à tout prix que nous saisissions l'occasion cette année, si nous n'y avons jamais pensé avant, de nous donner le temps de préparer ensemble un budget personnel et familial.

La naissance du Christ que nous fêtons généralement d'une façon païenne chaque année sera, peut-être, l'occasion, cette année, d'un nouveau départ pour la gestion de notre bonheur et de notre libération financière.

Le boni de fin d'année n'est pas une incitation à de folles dépenses mais un défi pour une meilleure gestion financière.

Les dettes sont certainement utiles dans la vie car permettant d'avancer, de faire du progrès. A quel moment une dette peut-elle devenir un «engrenage broyant» ?

Une dette devient un engrenage broyant quand on ne maîtrise plus la gestion de nos finances. Les causes emmenant à cette dérive sont multiples : achats irréfléchis, dépenses irraisonnées, vouloir faire comme les autres, incapacité de discerner entre besoins et envies, entre utile et accessoire...

Une dette peut devenir un sérieux problème s'il n'y a pas une réflexion et une analyse sérieuse avant de la contracter. C'est pour cela que nous menons une campagne pour que la préparation d'un budget devienne une façon de faire.

Une dette peut devenir aussi un cauchemar quand nous perdons notre emploi, quand nous vivons au-dessus de nos moyens. Une dette peut devenir un cauchemar quand nous arrivons au stage où nous remboursons une dette en faisant une autre dette ; ce que notre patois créole appelle «zoue laflut». Une dette devient cauchemar quand vous devenez insolvable. Et cela peut avoir de graves conséquences.

Pourquoi le Mauricien a-t-il autant de difficultés à faire un budget, à être raisonnable dans sa gestion financière ?

En général, la gestion financière ne fait pas partie de notre culture. Nous vivons au jour le jour et faisons un constat chaque fin de mois. Il n'y a rien de planifié à partir d'une vision du bonheur. On se laisse captiver par des bonheurs virtuels. La règle, c'est : J'achète, donc, je suis.

Comme le système ultracapitaliste veut que «pou tigit dimoun gagn boukou kass, bizin ki boukou dimoun depens sa tigit kass ki zot gagne-la», on est parti pour des jours sombres.

Nous préparons une nouvelle génération qui a tout facilement. Une génération qui ne connaît pas la valeur de l'argent et la difficulté de l'avoir. Bonjour les dégâts !

Quand vous pensez qu'aux cours de CPM, on n'accorde pas un temps de réflexion sérieux sur cet aspect vital de la vie de famille, je trouve que c'est grave.

Quand on ne trouve pas suffisamment de Créoles capables de militer pour qu'on devienne une force économique en apprenant à avoir une vision et des objectifs précis avec pour moteurs valeurs et argent , c'est grave.

Quand nous fêtons d'une façon déraisonnable les sacrements, quand nous faisons de nos églises lors de la célébration des sacrements des salles de bal masqués où l'on se déguise, des chapiteaux de cirques avec des clowns qui font plus rire que prier, c'est grave. Il faut y mettre de l'ordre.

Pourquoi le fléau de l'endettement ne jouit-il pas d'un certificat d'urgence
de la part des autorités ?

Les autorités mauriciennes hésitent toujours à mettre en place cette institution de Contrôle de crédits à la consommation. Nous militons pour cela depuis des années. Car il viendrait résoudre en grande partie les problèmes. Il ne faut pas oublier que le surendettement est une maladie. La myopie des gouvernements successifs est grave.

Aussi, l'APEA, à travers votre journal, vient demander à nouveau à tous nos élus de se pencher sur cette proposition, même si le nombre de gens dans ces problèmes ne constitue pas une force électorale. Actuellement nous ne voyons que le sommet de l'iceberg. Attention au naufrage et à ses conséquences sociales irréversibles.

retour