A l'initiative de la commission Famille


Une campagne de sensibilisation sur l'endettement enclenchée à Rivière-des-Anguilles

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La commission Famille de la paroisse du Sacré-Cœur, Rivière-des-Anguilles, est bien décidée à apporter sa pierre dans le combat contre l'endettement. Prise de parole aux messes dominicales, tracts, interventions de l'Association pour la protection des emprunteurs abusés (APEA) tout y passe.

Pour Jean-Claude Alfred, responsable de la commission Famille et secrétaire en partance du Service d'écoute et de développement (SEED) de Caritas, cette campagne s'imposait d'emblée. «La paroisse reçoit énormément de gens pris dans l'engrenage du surendettement, raconte-il. Des gens qui viennent frapper tant à la porte du curé qu'à celle du SEED

Ce qui enclenche donc un début de réflexion. Et le partage d'un Debt Collector de même que les partages du Centre de préparation au mariage de Rivière-des-Anguilles/Souillac autour de l'extravagance financière de certains mariages viennent les conforter quant à l'urgence de la situation.

Sensibilisation tous azimuts

Ce constat posé, la commission, soutenue par toutes les structures de la paroisse, dont l'Equipe d'animation paroissiale (EAP), fait appel à l'APEA pour étoffer leur démarche. Une première grande rencontre de préparation, animée par Gérard Malliaté de l'APEA, a eu lieu le samedi 22 septembre. La marche à suivre en est soigneusement planifiée : fabrication de tract, prise de parole des membres de la Commission lors des messes du 29/30 septembre dernier. Le tout culminant, à partir du dimanche 14 octobre, sur des conférences de l'APEA. Surtout pour mieux faire connaissance avec la mission de l'organisme et planter le décor. Et deux autres rendez-vous les 4 et 11 novembre pour davantage entrer dans le vif du sujet.

«Depans brit, koul brit»

«Depans brit, koul brit». Ces propos de Gérard Malliaté de l'APEA font mouche parmi l'assistance réunie dans la salle N.-D.-de-Fatima. Ainsi que les petites histoires concrètes dans la vie de tous les jours. De même que le PowerPoint qui permet de prendre visuellement la pleine mesure des statistiques autour du taux de surendettement - 1997 : 20% ; 2000 : 33,3% et 2005 : 50% (Source : Continous Household Multipurpose Survey).

Mais aussi des problèmes qui en découlent : ainsi, selon une étude de la Mauritius Institute of Health, faite en juillet 2005, l'endettement est derrière 38% des cas de suicide. Sans compter son rôle dans la violence familiale : 71,8% pour les disputes entre parents et 28,1% pour celles avec les beaux-parents.

Engrenage broyant

D'ou ce constat des plus clairs dès le tout premier rendez-vous: «Le pays est endetté. Il en est de même du gouvernement comme de sa population. Devant cet état de choses, ce ne sera pas étonnant qu'on débouche sur une dégradation sociale vraiment grave. D'autant plus que le surendettement est un engrenage broyant d'où personne ne peut s'en sortir seul.

(...) Le surendetté est un prototype du pauvre, insistera encore Gérard Malliaté. Il n'est plus une personne, mais un problème aux yeux de nombreuses personnes (...) Nous n'avons pas le droit, mais vraiment pas le droit, de laisser nos enfants sans repères quant à une bonne gestion de l'argent (...)

Aussi longtemps que la communauté créole ne sera pas une force économique, il ne sert à rien de rêver de pouvoir. Nou pa kapav touni tou letan ! Nous avons un choix de vie à faire. A nous de nous mettre en route vers le bonheur à travers la consolidation des valeurs et une saine gestion financière ».

Réceptivité

Et un auditoire suffisamment bien préparé pour accueillir l'importance d'un budget personnel ou familial et découvrir les valeurs qui doivent le guider : dialogue, écoute, transparence, confiance, discernement, sacrifice, solidarité...

«Nous avons beaucoup misé sur le bouche à oreille ; l'idée étant de mettre l'ensemble de la paroisse et tous les quartiers dans le coup, commente Jean-Claude Alfred. Nous sommes conscients que nous n'arriverons pas à changer du jour au lendemain la mentalité, mais il faut bien essayer et démarrer quelque part. D'ailleurs, nous n'avons pas uniquement incité les gens à ne pas dépenser à tort et à travers ; nous avons aussi abordé les possibilités d'économiser et d'emprunter sainement, tout en désillant les yeux de l'auditoire avec une présentation de Mosadeq Sahebdin de l'Institut pour la protection des consommateurs (ICP) sur la vente à tempérament

Un bilan satisfaisant donc pour l'APEA, l'EAP, la paroisse et la Commission Famille qui ne comptent pas s'arrêter en si bon chemin. En février 2008, cette dernière compte approcher ceux qui étaient présents à ces rendez-vous dominicaux pour un bilan quant à l'évolution de leur gestion financière.

Mais entre-temps, deux projets sont dans le collimateur. D'une part, la mise sur pied d'une Credit Union , avec le soutien de la Curepipe Cooperative Credit Union : le «travail de déblayage a déjà démarré,» commente Jean-Claude Alfred. Et, d'autre part, un travail avec les plus jeunes quant à la gestion de l'argent de poche. Pour qu'ils ne soient pas de futures victimes de l'endettement...

Danièle Babooram

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