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Dr Fayzal Sulliman :

«Urgent de diminuer l'incidence de la toxicomanie pour renverser la situation du VIH/sida»

Lors du colloque VIH/sida océan Indien (voir en pages 18/19), l'île Maurice a été présentée comme faisant partie des 10 pays africains où la contamination au VIH/sida se fait par voie intraveineuse. Le point avec le Dr Fayzal Sulliman, Officer in charge du National Detox Center, Barkly.

La contamination au VIH/sida se fait essentiellement à Maurice par voie intraveineuse. Vos commentaires.

De tout temps, Maurice a compté une population d'usagers de drogue par voie intraveineuse. Les premières études de surveillance épidémiologiques ont montré que la contamination était sexuelle. Mais depuis l'an 2000, le mode de contamination se fait parmi les usagers de drogue par voie intraveineuse (UDVI). Et le nombre de séropositifs a doublé tous les ans jusqu'en 2005 où un assouplissement a été noté.

Parmi les pays de la Commission de l'océan Indien (COI), seule l'île Maurice avait ce pro-blème jusqu'à ce que cette situation se présente aussi aux Seychelles ; ce pays doit faire attention afin que le VIH/sida ne se transmette pas aussi rapidement comme cela a été le cas pour nous. Toutefois, il faut préciser que ce scénario s'est déjà produit dans des pays d'Europe de l'Est et du sud-est Asiatique. Il y a une série de mesures qui peuvent être prises pour renverser cette situation.

Après maintes tergiversations, le National Detox Centre a ouvert ses portes en proposant la méthadone comme produit de substitution pour la désintoxication des usagers de drogue par voie intraveineuse (UDVI). Quel est votre constat après un an d'opération ?

On traite les UDVI avec un produit qui a fait ses preuves ailleurs. La méthadone n'a pas été choisie par hasard. Dans les pays où elle a été utilisée, il a été noté que les toxicomanes ont arrêté de s'injecter et ont changé leur comportement.. Toutefois, on est conscient que certains vont faire de la résistance .

Afin de contrôler la propagation du VIH/sida, un programme d'échanges de seringues a été mis en place ici, à Maurice. Dans les pays où un tel projet est d'actualité, la tendance de contamination par voie intraveineuse est en baisse.

Il est urgent de tout faire pour empêcher la contamination par voie intraveineuse de grimper et de freiner le nombre de personnes qui se droguent. Il est urgent de diminuer l'incidence de la toxicomanie pour renverser la situation du VIH/sida.

Le programme de substitution à la méthadone a été introduit en novembre 2006. Est-ce que le programme de substitution à la méthadone couplé avec celui d'échanges de seringues suff

isent pour enrayer la montée du VIH/sida ?

Non. Il faut aussi mettre l'accent sur l'Information Education Communication (IEC). L'IEC devrait nous aider à éviter d'avoir de nouveaux cas. Pour ceux qui existent déjà, la méthadone et le programme d'échanges de seringues sont là.

Combien de personnes sont sous méthadone actuellement ?

Nous avons touché plus de 300 personnes à ce jour. De ce nombre, une dizaine ont rechuté et ont arrêté le programme.

Les patients qui viennent vers nous, recommandés et préparés au préalable par des centres de désintoxication, sont sous traitement résidentiel pendant deux semaines. Apres quoi, ils rentrent chez eux et prennent quotidiennement leur dose de méthadone dans les centres de santé à travers l'île. Ils sont suivis par les ONG et bénéficient d'un accompagnement psycho-social. Suivre le programme de méthadone n'est pas tout, il faut aussi avoir un soutien et là, il convient d'insister que nous comptons beaucoup sur les membres de la famille également.

Le National Detox Centre ne peut accueillir qu'une trentaine de patients par mois, est-ce que ce nombre est suffisant par rapport au nombre d'UDVI, soit quelque 20 000 selon

les estimations du ministère de la Santé ?

Eu égard de la situation, des mesures d'urgences ont dû être prises. Le nombre de patients va bientôt augmenter avec l'aménagement d'une nouvelle salle. Nous allons aussi toucher les femmes prochainement, alors que nous touchions que les hommes jusqu'à présent.

Les effets ne seront pas visibles tout de suite. Ils ne le seront que dans 5 ou 10 ans. Nous espérons une baisse dans les chiffres de contamination, dans la criminalité et on devrait aussi noter une amélioration de la qualité de la vie de ces toxicomanes. Ils vont travailler et seront plus productifs. Ils vont eux aussi contribuer à l'amélioration de la situation économique du pays. Des améliorations seront notables dans les cellules familiales également et par extension, dans la société.

Avec le taux de criminalité à la baisse, la population carcérale va diminuer car il faut savoir que 70% des personnes en prison y sont pour un délit lié à la drogue. C'est en se basant sur les résultants avérés dans d'autres pays que Maurice a choisi d'adopter ce programme de substitution à travers la méthadone.

Propos recueillis par


Jean-Marie St-Cyr


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