6e Colloque VIH océan Indien


Non à la discrimination et à la stigmatisation

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Après trois jours de partage et de discussions, le 6e colloque VIH océan Indien a pris fin le dimanche 4 novembre dernier au Palais du peuple, à Moroni, aux Comores. Trois jours enrichissants à plus d'un titre pour les participants, vu la qualité des intervenants présents pour l'occasion. Rendez-vous est d'ores est déjà pris l'an prochain à Maurice pour la tenue du 7e colloque.

Cette rencontre avait pour objectifs de réactualiser les connaissances scientifiques des acteurs de la prise en charge des patients vivant avec le VIH/sida (PVVIH) de la zone, de lutter contre les idées reçues qui sont souvent à l'origine de discrimination, voire de stigmatisation. Le colloque avait aussi pour but de permettre aux soignants et aux membres des différentes associations des Etats membres de la Commission de l'océan Indien (COI) - qui travaillent en réseau toute l'année ­ de se rencontrer et les inciter à œuvrer davantage contre ce fléau dans le pays organisateur. (Voir hors-texte)

Rompre le silence

Ce colloque annuel, qui se tient depuis 2002 dans un des pays membres de la COI, a réuni des médecins, pharmaciens, soignants, travailleurs sociaux, associatifs et politiques des pays membres. Y ont aussi participé, d'éminents professeurs de France, du Maroc et de la Turquie et, pour la première fois, des journalistes formés en avril dernier à Madagascar sur l'éthique et la communication relative au VIH/sida. Ayant pour thème Lutte contre la discrimination et la stigmatisation, le colloque avait aussi pour slogan : Rompre le silence pour mieux combattre le sida.

Outre les ateliers fort intéressants, les participants venant de divers pays ont vécu un moment d'intense émotion à la fin du colloque quand des PVVIH ont rompu le silence pour parler de leur état ; cela à
visage découvert. Une première pour certains. Ce qui a fait dire au président du comité organisateur du colloque (COC) des Comores, le Dr Mouhtare Ahmed Charif, que l'objectif de la rencontre a été atteint. Il a estimé qu'un autre grand pas sera franchi quand il n'y aura plus de discrimination et de stigmatisation envers les PVVIH.

A travers leurs témoignages, ils sont venus montrer qu'il est possible de vivre «normalement» avec le VIH/sida et qu'ils sont les témoins vivant de cela. La plupart d'entre eux portent le virus depuis plus d'une dizaine d'années. C'est grâce aux soins médicaux, au soutien des différentes associations et l'amour de leurs proches qu'ils arrivent à mener leur combat.

Prévention à tout prix

Parmi les faits marquants de ce 6e colloque, il ressort que les Comores, pays 100 % musulman, détient le plus faible taux de prévalence dans l'océan Indien (Voir tableau 1). Néanmoins, pour les autorités de ce pays, la vigilance doit être de mise afin que cette tendance se main-tienne, sinon régresse. Pour y arriver les Comores se donnent les moyens pour lutter contre la maladie à travers la prévention et l'information.

Dans ce contexte, un quatrième centre de dépistage anonyme et gratuit a été inauguré le jeudi 1er novembre à l'hôpital de Mitsamioli, soit la veille de l'ouverture de ce 6e colloque. L'utilisation du préservatif comme moyen de protection contre le virus est aussi préconisé dans le pays, une position que le grand mufti, notable religieux très respecté aux Comores, a tenu à confirmer lors du colloque.

Il ressort également que comme ailleurs dans le monde, cela malgré toutes les informations sur mode de

transmission de la maladie, la discrimination et la stigmatisation sont flagrantes, ce qui prive de nombreuses personnes de soins. Au lieu de suivre les traitements appropriés, beaucoup cachent leur maladie pour ne pas être rejetés par leurs proches et la société.

Une discrimination ressentie même chez le personnel soignant de certains pays de la région non formés sur le VIH/sida. Une situation qui, ajoutée au déni de la société, contribue à la progression de la maladie partout dans le monde, ont fait ressortir plusieurs intervenants.

Club des 10

Il ressort également que Maurice fait partie du club des 10 pays africains dont le mode de transmission du VIH/sida est prononcé chez les usagers de drogue par voie intraveineuse, soit 97% des nouveaux cas de contamination. Unesituation que connaissent aussi les Seychelles ces dernières années. Des dispositions ont toutefois été prises pour freiner cette tendance.

A Maurice cet état des choses est considéré comme alarmant car les chiffres n'ont cessé de grimper, voire de doubler chaque année depuis 2003/4. En réponse à cela, un des moyens utilisés depuis quelques mois déjà à Maurice est la désintoxication par la méthadone (au Barkly Detox Centre) et le programme d'échanges de seringues (par les ONG), introduits après maintes tergiversations.

L'expérience donne des résultats tangibles jusqu'ici mais ils ne seront vraiment visibles que dans plusieurs années, le «Barkly Detox Centre» ne peut accueillir qu'une trentaine de patients par mois à ce jour. Eu égard le nombre d'usagers de drogue injectables, cela prendra vraisemblablement plusieurs années.

Ce 6e colloque a aussi permis aux participants de mieux cerner les tenants et les aboutissants du VIH/sida qui, si rien n'est fait, va continuer à prendre de l'ampleur dans la zone de l'océan Indien, mettant ainsi en péril la vie de nombreuses personnes, appauvrissant plusieurs sociétés et rendant orphelins d'autres (comme c'est la cas dans des pays d'Afrique subsaharienne), entre autres.

Parmi les sujets abordés lors de cette rencontre, soulignons l'intervention des professeurs Willy Rozenbaum (infectiologue à l'hôpital Saint-Louis, à Paris) et Hakima Himich (infectiologue du CHU de Casablanca) ­ tous deux ont parlé des obstacles à l'accès universel aux antirétroviraux (ARV), ainsi que celles du professeur Jean-Marie Lang (hématologue du CHU de Strasbourg) et du Dr Catherine Gaud (présidente de la association RIVE océan Indien, basée à La Réunion) sur la situation mondiale et régionale : épidémiologie, prise en charge et particularités.

Participations diverses

Les participants ont pu profiter de leur expérience tant dans les domaines médical, scientifique que social lors de divers ateliers qui ciblaient d'un côté les professionnels de la santé et de l'autre ceux engagés dans le travail social et qui, d'une façon ou d'une autre, contribuent à lutter contre le VIH/sida. Parmi les sujets présentés : Traitements Nord-Sud : une différence nécessaire ou scandaleuse, Principales infections et affections du VIH et L'information grand public et la prévention de proximité, entre autres. L'importance du travail en réseau a aussi été au menu des discussions.

Soulignons que la tenue de ce colloque a été rendue possible grâce à la participation de la COI dans le cadre du Projet d'appui à l'initiative régionale de prévention aux IST/VIH/sida (AIRIS), financé par la

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