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Josiane Félicité, vendeuse de fleurs à St-Jean


L'amour du métier v/s

préjugés et difficultés

Josiane Félicité est vendeuse de fleurs dans la cour de l'église St-Jean, les dimanches et jours fériés. Une activité à laquelle elle s'adonne depuis voilà sept ans. Peu encouragée par son entourage, elle persévère toutefois. Elle croit dans ce travail et y trouve son bonheur.

Dimanche, 6h00 du matin. Comme chaque dimanche et jour férié depuis sept ans, Josiane Félicité se réveille et se prépare pour aller sur son lieu de travail. A 7h00 arrive le taxi qui la dépose dans la cour de l'église St-Jean. Installée à l'ombre d'un arbre, elle patiente jusqu'à l'arrivée d'un premier client qui achètera ses fleurs pour fleurir une tombe du cimetière, quelques mètres plus loin. Ainsi se déroulera sa journée, qui prendra fin aux alentours de 16h00.

Josiane n'est pas née fleuriste. Femme au foyer après son mariage avec Antoine, elle se consacrait à ses quatre enfants. Ses temps libres étaient dédiés à la prière et à ses engagements chrétiens. D'ailleurs, membre du Renouveau charismatique depuis 23 ans, elle est aujourd'hui responsable du mouvement au niveau de la paroisse St-Jean, assistante régionale de la région Plaine-Wilhems Bas et, les lundis, animatrice au Montmartre et à St-Jean.

Voir sa vie autrement

C'est quand ses enfants sont devenus grands que Josiane a commencé à voir sa vie autrement. «J'ai eu envie de gagner ma vie moi aussi. D'apporter ma contribution aux dépenses du foyer et ainsi aider les miens à faire face à cette vie qui devient de plus en plus difficile», explique-t-elle.

Dans un premier temps, elle s'est essayée à l'artisanat. Elle entreprend des travaux à domicile et fournit des hôtels en chouchou (barrette pour cheveux) et autres petits objets artisanaux. Malheureusement, la clientèle finit par s'effriter - ce qui pousse Josiane à se tourner vers la couture.

Et comme elle n'est pas femme à baisser les bras après un premier échec, elle commence donc à prendre des cours de couture et « après» à confectionner des vêtements sur commande. Toutefois, certains de ses clients n'étaient pas très sérieux question paiement - ce qui l'entraîne à cesser ses activités. Mais, «têtue et fonceuses», ainsi se qualifie-t-elle, elle ne cède pas au découragement et se tourne vers la réalisation de bouquets.

Dieu nous parle

Au départ, Josiane ne fait que des bouquets artificiels qu'elle consigne chez des revendeurs. Et, une nouvelle fois, elle se fait arnaquer. Déstabilisée, elle commence à douter d'elle-même quand, à travers un ami, lui vint l'idée de faire des bouquets naturels pour la fête des morts.

Un regard en arrière et Josiane, très croyante, se dit convaincue que c'est Dieu qui agit à travers cette personne pour lui transmettre cette idée. Ce Dieu à qui elle voue une admiration totale. «Tout est fait par la main de Dieu. Il nous parle à travers des gens qu'on croise. Dieu a toujours été pour moi un ami, un compagnon, mon conseiller... Mon tout.»

Et là voilà donc un 1er novembre dans la cour de l'église, en compagnie d'autres marchands à vendre seulement des bouquets. Si elle n'eut pas de mal à avoir l'autorisation du prêtre pour vendre ses fleurs, elle a dû toutefois faire face aux regards des gens. Certains étonnés, d'autres désapprobateurs.

L'année suivante, elle est de retour. Surprise ! D'autres marchands s'étaient aussi lancés dans la réalisation des bouquets. Du coup, Josiane ne trouva d'autre solution que de se mettre à vendre ses fleurs à la tige.

Mais c'était de loin le plus embêtant. Si elle est obligée de vendre ses fleurs à un prix plus élevé comparé aux autres marchands parce que ces derniers sont des planteurs, elle est obligée d'acheter ses fleurs. Et elle doit aussi faire face à ceux qui veulent la décourager. «On m'a dit que je n'allais pas rester longtemps... Des membres de mon entourage restaient loin de moi en me voyant vendre des fleurs là-bas», raconte Josiane. Pour beaucoup, en effet, il n'est pas coutume de voir une femme créole faire un tel travail. Certains trouvant même cela dégradant.

«L'as dans notre culture»

Aujourd'hui encore, même ses proches désapprouvent son choix. Si sa fille se plaint de ses absences trop fréquentes lors des rencontres familiales, son mari avoue avoir du mal à concevoir qu'une femme comme elle fasse ce travail. «Ce n'est pas dans notre culture, dans notre charisme. Nous préférons assister à des réunions, avoir des activités intellectuelles tout en sachant pertinemment qu'au final, cela ne nous rapporte rien financièrement», partage Antoine. «Cela dit, je félicite ma femme pour son courage et sa force de caractère. Elle persévère envers et contre tout.»

En effet, rien n'a encore pu venir à bout de l'enthousiasme de Josiane. Même si certaines attitudes la blessent. Elle aime vendre ses fleurs, ce qui en plus lui donne l'occasion de rencontrer des personnes avec qui elle partage beaucoup. «Souvent, elles me racontent leurs problèmes et comme j'ai déjà suivi un cours d'écoute, je leur tends l'oreille et je les porte dans mes prières.»

Mais Josiane le concède : ce travail n'est pas facile. Entre aller trouver ses fleurs et les vendre, «ça lui prend tout son temps», s'insurge sa fille. «Du coup, elle n'est plus comme avant. Elle a moins de temps pour elle, par exemple.»

Mais Josiane persiste. Si un jour elle a voulu travailler, c'est bien pour aider sa famille. D'ailleurs, grâce à sa sueur, elle a pu contribuer à des projets de la famille, aussi modeste soit sa participation. «Et après, poursuit-elle, kan ou pena, personn pa pou vinn donn ou.»

La dame est convaincue : ce métier a de l'avenir. Et elle rêve déjà d'avoir un jour une petite boutique. «J'aime ce travail. J'y crois», assure Josiane, ses yeux clairs pétillants de joie.

Martine Théodore-Lajoie

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