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Histoire


Contribution à l'histoire de Maurice

il est vrai fonctionnaires pour la plupart: R-E Hart, Marcelle Lagesse (qui signait Rita Marc), K.Hazareesingh, Frank A. Wilson? La ligne expansionniste et carrément impérialiste adoptée par les revues métropolitaines comme l'Imperial Colonist eut-elle des échos à Maurice? Comment nos élites conservatrice, réformiste ou radicale, selon le cas, ont-elles navigué entre les idées opposées d'autonomie et de dépendance, voire d'intégration? C'est un débat qui mérite d'être lancé. Donc autant de documents à sonder et de témoins à interroger!

Archives

Enfin, il y a une autre source et une autre thématique. Il s'agit d'archives institutionnelles privées qui peuvent se prêter à une exploitation autre que la commémoration ponctuelle d'un centenaire ou d'un bicentenaire. Moyennant tact et largeur d'esprit, elles peuvent, conjointement avec leur contrepartie publique, éclairer maints aspects du fonctionnement de nos institutions au fil des 3 derniers siècles.

Nous nous penchons en ce moment sur la riche correspondance initiée avec la maison- mère par la fondatrice d'une congrégation religieuse irlandaise dans les années 1845. Nous le faisons à la lumière d'une étude intéressante entreprise par Christina de Bellaigue, professeur à Merton College, Oxford.(2) Elle porte sur la comparaison entre les pensionnats laïcs français et anglais pour jeunes filles, entre 1810 et 1867. L'auteur qualifie les premiers de «conventuels» et trouve les pensionnats anglais moins contraignants et les rapports élèves-gouvernantes plus conviviaux, en raison d'une organisation moins autoritaire. C'est dire le poids de la tradition séculaire des modèles éducatifs religieux, s'agissant ici des couvents du XVIIe siècle.

Décliner le modus operandi d'un pensionnat catholique contemporain inspiré des pratiques anglo-irlandaises, mais implanté dans une minuscule colonie au bout du monde qui portait une empreinte française indéniable ne peut qu'élargir les perspectives et permettre une meilleure compréhension des rôles impartis à / assumés par la femme dans un contexte précis. Et cela en rapport avec le gender issue qui ne laisse personne indifférent aujourd'hui. Un tel exercice a aussi l'avantage de faire la lumière sur des aspects connexes: la place de la famille, de l'Eglise et de l'Etat, de l'individu et du citoyen/de la citoyenne.

Rappelons que les religieuses de l'Institut de la Bienheureuse Vierge Marie, dit de Lorette, ouvrirent à Port-Louis leur premier établissement payant, avec pensionnat, pour jeunes filles de la bourgeoisie sur lesquelles elles exercèrent une influence considérable.(3) A partir de Port-Louis, elles essaimèrent à travers l'île. Auparavant, au début des années 1850, elles lancèrent une école gratuite pour fillettes, jumelée au collège payant. Elles ont en effet maintenu sans interruption cette tradition à Port-Louis. Le premier collège féminin d'Etat, le QEC, ne vit le jour qu'en 1952.

George Lewis Easton

Octobre 2007

(1) Compte-rendu en langue anglaise du livre: «The RoutledgeFalmer Reader in History of Education» (Londres & New York, 2005) in L'Express Outlook, N°.16056, mardi 6 fevrier 2007, p. 11(http://www.lexpress.mu/print.php?news_id=80374)

(2) C. de Bellaigue, «Behind the school walls: the school community in French and English boarding schools for girls, 1810-1867» in Paedagogica Historica, vol.40, nos. 1&2, April 2004, pp.107-121

(3) Nous avons présenté une première ébauche de notre étude au récent Colloque organisé les 23-24 août dernier par le Centre d'études mauriciennes (MGI) sur le thème: "Voyages, espace et rencontres dans la partie sud-ouest de l'Océan Indien". Elle a pour titre: "From Rathfarnham Loreto House (Ireland) to Port Louis (Mauritius): Religion, Education and Ideals of Womanhood in the 19th Century". Les Actes de ce colloque seront publiés dans le prochain numéro du Journal of Mauritian Studies au début de 2008.

Je souhaite partager quelques réflexions épistémologiques dans le sillage des propos tenus ailleurs

(1). Si l'identification des sources documentaires est incontournable, elle ne résout pas pour autant la question de leur interprétation. Cette articulation du contexte et de la démarche théorique du chercheur est à la base de la production historique.

J'ai à l'esprit deux exemples précis inspirés de mes lectures récentes et résultant d'une familiarité professionnelle antérieure avec les fonds documentaires locaux.

D'abord, la commémoration de l'Empire Day le 23 avril, rituel introduit en Grande-Bretagne et dans tout l'Empire au début du siècle dernier par Reginald Brabazon, mieux connu comme le comte de Meath, a certainement marqué la mémoire, voire l'imaginaire des Mauriciens, alors sujets de Sa Majesté. Ce phénomène ultranationaliste, à mon avis, n'a pas interpellé suffisamment nos chercheurs, alors qu'il a donné lieu ailleurs à des études fort intéressantes dans des domaines aussi variés que l'histoire politique, sociale, économique et celle des relations internationales.

Certes, Maurice - territoire exigu - n'avait pas le poids de l'Inde coloniale, des territoires de l'Afrique du sud, de l'est ou de l'ouest, du Canada, voire de l'Australie. Néanmoins, la relecture de la presse générale et spécialisée, des manuels scolaires, des correspondances et autres diaries peut s'avérer révélatrice à plus d'un titre.

Intérêt

L'intérêt académique suscité depuis quelques décennies par le thème du militarisme à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, par rapport aux enjeux géopolitiques en Europe et à l'extérieur, s'est focalisé autant sur les écoles primaires publiques anglaises (elementary schools) que les écoles privées (public schools), avec toute leur connotation sociale en termes de privilèges et de reproduction des schémas classiques. Citons les livres d'Alan Penn, Targeting schools: drill, militarism and imperialism' (Woburn Press, 1999) et de James A. Mangan, The games ethic and imperialism (Frank Cass, 1998).

En réaction au constat public de la faible constitution des jeunes recrues issues des milieux populaires anglais et à la dénonciation de leurs commandants incompétents (eu égard à la débâcle de la guerre des Boers, 1899-1902) qu'on attribuait dans certains cercles influents au dysfonctionnement du système éducatif, on en vint à prôner la militarisation de l'enseignement primaire. D'où le fameux drill et l'accent sur l'éducation physique dans le programme d'études qui privilégiait tout autant l'histoire et la géographie de la little island of Britain appelée à essaimer au-delà des mers.

Drill militaire ou drill ordinaire?

Tout cela suscita l'opposition farouche du Trade Unions Congress, du Parti travailliste britannique qui, subodorant une velléité d'introduire pernicieusement le service militaire obligatoire sur le modèle continental, proposèrent des alternatives, incluant le travail communautaire (social service work). Cependant l'éthos militaire ne s'estompa qu'après la Seconde Guerre mondiale. Des organisations de jeunesse tels le Boys' Brigade, la Lads' Drill Association se multiplièrent.

Qu'en était-il exactement chez nous? La ségrégation sociale prévalant en métropole fut-elle reproduite à Maurice avec des variantes au plan ethnique dans nos établissements scolaires? Il faudrait interroger prudemment nos fonds documentaires, parcourir les biographies et autobiographies, et sans doute confronter les données recueillies à travers d'autres démarches relevant de l'histoire orale et des entretiens avec les acteurs de ces événements encore en vie, dans le but de confirmer ou d'infirmer une telle hypothèse.

Et quid de la propagande impérialiste, distillée dans des publications semi-officielles telles Savez-vous que?, organe du Central Information Office dans les années 40, auxquelles contribuèrent des gens de lettres mauriciens,

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