Pere Jean-Claude Alleaume

«Les habitants du Ciel contribuent à affermir
plus solidement toute l'Eglise en sainteté»

Dans le cadre des fêtes de la Toussaint et des morts, le père Jean-Claude Alleaume nous invite à réfléchir sur l'appel à la sainteté et la séparation d'avec nos êtres chers.

Il y a parmi les fideles une confusion fréquente entre la Toussaint et la Fête des morts...

Ces deux fêtes sont célébrées, pour ainsi dire conjointement, chaque année. Bien qu'étroitement liées, elles n'ont pas le même caractère. La première, en honneur de tous les saints, est joyeuse. La deuxième, qu'on appelle la Fête de la commémoration des fideles défunts, est une occasion pour prier pour les défunts, rappelant nécessairement des souvenirs attristants. Cependant, pour en apprécier l'importance, je pense qu'il serait bon de les placer dans le cadre plus large du salut que Jésus-Christ nous a apporté. Car c'est bien du salut qu'il s'agit, et nous sommes tous appelés à avoir part au bonheur de Dieu, pour l'éternité.

Pourquoi abordez-vous cette question du salut?

Rappelons d'abord les paroles de Jésus à Nicodème: «Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle. Car, Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.» Saint Paul fait écho à ces paroles de Jésus, dans sa première lettre à Timothée: «Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité

Vous parlez beaucoup de salut. Quelle est l'étendue de ce salut? Est-ce en répondant pleinement à l'amour de Dieu la seule façon d'en avoir?

L'étendue de ce salut est l'étendue que Jésus et Saint Paul attribuent au salut qui vient de Dieu: «Le monde», dit Jésus ; «tous les hommes», écrit Saint Paul. Il y a, d'une part, ceux dont la sainteté est déjà reconnue par l'Eglise. Puis, toute cette foule qui a eu le salut par Jésus-Christ. On ne l'a peut-être pas assez souvent rappelé : «Le salut ne concerne pas seulement les chrétiens, mais la grâce du Christ agit aussi en chaque homme qui, obéissant avec droiture à sa conscience, cherche et aime le vrai et le bien, et évite le mal.» (Abrégé du Catéchisme de l'Eglise catholique, N° 359). Il en ressort qu'il n'y a pas que les catholiques qui puissent avoir accès au bonheur éternel du Ciel. Ceux qui tournent le dos à Dieu n'y ont pas accès, alors que d'autres, bien que n'ayant jamais entendu parler du Christ, mais agissent dans la rectitude de leur conscience, y seront accueillis. Il n'empêche qu'il n'y a qu'un seul Sauveur, Jésus-Christ, qui a versé son sang pour la multitude ­ remarquons encore l'étendue du sacrifice de Jésus ­ en rémission des péchés.

Est-ce une occasion pour s'intéresser sur le sens de la mort et l'appel à la sainteté ?

Oui, je cite de mémoire Jean-Paul II, qui disait qu'aujourd'hui l'Eglise n'a pas tant besoin de chercheurs et de théologiens que de saints. C'est vrai qu'après tous les conciles, il y a des crises. Et c'est l'action de l'Esprit-Saint qui nous habite qui nous amène à la sainteté. Nous sommes tous appelés à la sainteté et le concile Vatican II ne cesse de le répéter.

Comment définissez-vous la sainteté ?

La sainteté, c'est vivre tout simplement l'intimité avec le Christ. Ce n'est pas moi qui vis. C'est le Christ qui vit en moi.

En quoi les saints sont-ils des modèles pour les chrétiens?

Les saints sont de vrais modèles, car ils ont vécu selon l'Evangile, en parti-culier selon les Béatitudes, le résumé de l'Evangile.

Les saints n'ont pas abandonné la solidarité humaine. «Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre», affirmait Thérèse de Lisieux. Cette solidarité existe-t-elle vraiment?

Dans le credo, chaque dimanche, nous disons: «Je crois en la communion des saints.» C'est bien de cela qu'il s'agit. Aussi, je pense que la plus belle explication de ces deux fêtes est à trouver, comme en une fresque majestueuse de l'Eglise tout entière, dans la Constitution Lumen Gentium N° 49 du concile Vatican II : «En attendant que le Seigneur soit venu dans sa majesté, accompagné de tous ses anges, et que, la mort détruite, tout lui ait été soumis, les uns parmi ses disciples continuent sur terre leur pèlerinage; d'autres, ayant achevé leur vie, se purifient encore; d'autres enfin sont dans la gloire contemplant dans la pleine lumière, tel qu'il est, le Dieu en trois personnes. Tous, cependant, à des degrés et sous des formes diverses, nous communions dans la même charité envers Dieu et envers le prochain, chantant à notre Dieu le même hymne de gloire. En effet, tous ceux qui sont du Christ et possèdent son Esprit, constituent une seule Eglise et se tiennent mutuellement comme un tout dans le Christ

Comment expliquer cette conviction que les vivants ont à prier pour les morts et que l'on demande à nos morts de prier pour nous, de s'associer aux difficultés de notre vie ou de nous accueillir dans l'autre monde ?

L'union de ceux qui sont encore en chemin, avec leurs frères qui se sont endormis dans la paix du Christ, n'est nullement interrompue. Au contraire, selon la foi constante de l'Eglise, cette union est renforcée par l'échange des biens spirituels. Etant en effet liés plus intimement avec le Christ, les habitants du Ciel contribuent à affermir plus solidement toute l'Eglise en sainteté, ils ajoutent à la grandeur du culte que l'Eglise rend à Dieu sur la terre et l'aident de multiples façons à se construire plus largement. Leur sollicitude fraternelle est du plus grand secours pour notre faiblesse.

Vivre dans la mémoire de nos disparus, est-ce un témoignage de foi dans la résurrection et la vie éternelle?

De tout temps, l'Eglise a honoré les âmes du purgatoire (la mémoire à des défunts). Elle offre des prières en leur faveur ­ en particulier la messe. Cette pratique est tout à fait conforme à la foi de l'Eglise, à la communion des saints. Elle se fonde aussi sur le geste de Judas Maccabee, faisant prier pour ses soldats tués au combat. Geste que la Bible approuve comme une pensée sainte et pieuse. Un témoignage de sa foi en la résurrection des morts.

Dieu est saint. Quelle est la différence entre la sainteté de Dieu et la sainteté de l'homme?

Dieu est la sainteté infinie alors que pour entrer auprès de Dieu, l'homme doit être purifié totalement. Et le purgatoire c'est l'état de ceux qui meurent dans l'amitié de Dieu, mais bien qu'assurés de leur salut eternel, ont encore besoin de purification pour entrer dans le bonheur céleste.

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