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Toussaint et Fête des morts


Les 1er et 2 novembre : temps de douleur, de souvenirs et d'espérance

Le 1er novembre, les catholiques du monde entier fêtent leurs saints, connus et inconnus. Le lendemain, c'est la fête de la commémoration des défunts. Avec le temps, pour les chrétiens, ces deux fêtes ont fusionné. Et cette période de la Toussaint voit nos cimetières être envahis de proches et amis venus rendre hommage ou prier sur les tombes de disparus. Quel sens donner à cette période ?

Pour le chrétien, cette période de la Toussaint et de la Fête des morts est une occasion offerte pour s'unir plus étroitement à ceux ayant quitté cette Terre. Le 1er, il commence à se réjouir avec ceux qui connaissent d'abord la gloire de Dieu dans le Ciel ; alors que le 2, il prie pour les âmes des fidèles défunts ­ occasion de prier en particulier pour ceux décédés durant l'année écoulée.

La tradition veut que l'on honore la mémoire de nos morts ces deux jours, en visitant les tombes de nos proches parents ou amis décédés.

Durant cette période, tous les cimetières de l'ile sont pris d'assaut et, souvent, des dispositions particulières doivent être prises pour éviter que la circulation routière ne soit bloquée. Mais l'on arrive difficilement à empêcher les «traditionnels» embouteillages de cette période aux cimetières Saint-Georges (Port-Louis), Saint-Jean (Quatre-Bornes) ou Bigara (Curepipe).

La «visite» au cimetière durant la période de la Toussaint n'est souvent que la partie visible de cet hommage rendu aux morts, car, dans bien des cas, les préparatifs ont été enclenchés bien avant : le nettoyage des tombes : lavage à grande eau, couche de peinture - certaines subissant même un véritable lifting !

«J'ai perdu, à 18 ans, mes deux parents dans un accident. Chaque mois, je me fais un devoir de leur rendre visite au cimetière. Et, durant le mois précédant la Toussaint, je remarque que de nombreuses tombes font l'objet de travaux d'embellissement», observe Pierre-Yves, dont les parents sont enterrés au cimetière Saint-Martin.

Et ils sont plusieurs artisans à gagner leur vie, soit toute l'année, soit de manière ponctuelle, grâce à l'entretien des tombes. «Outre la vente de fleurs, offrir de l'eau dans des arrosoirs durant cette période et nettoyer les tombes peut rapporter gros», avance un employé du cimetière de Phœnix.

Prière sur les tombes

Le jour de la Fête, des bouquets et couronnes de fleurs et quelques objets qui plaisaient au défunt de son vivant sont souvent déposes sur les tombes. Et le recueillement devant la tombe de celui que l'on a connu et aimé s'accompagne d'une prière. «Cette pratique date des débuts de l'Eglise, quand les

gens allaient prier sur les tombes des martyrs et aussi sur celles de leurs morts», explique le père Jean-Claude Alleaume.

Ce qui fait de la tombe un symbole. Ne pouvant plus voir la personne, la toucher et la retrouver physiquement, la tombe devient, pour beaucoup, le seul lien entre la personne en vie et celle qui est morte. Ainsi, depuis qu'il a perdu sa femme, Christian poursuit le même rituel : chaque 1er novembre, il dépose un bouquet de roses blanches et rouges sur la tombe de son épouse. Ces fleurs représentent pour lui les signes de cet amour au goût inachevé. Comme pour beaucoup de fidèles, nettoyer et fleurir la tombe de sa défunte épouse est une manière de lui rendre hommage et de lui témoigner tout son amour pour elle.

Acte de foi

Se rendre au cimetière n'est pas une corvée ou un simple rituel pour de nombreux croyants, mais un acte de foi que l'amour vainc la mort. Ainsi, Lindy et ses deux adolescents vivent une véritable tragédie il y a deux ans quand Gérard disparaît dans un accident de moto. Pour eux, la disparition d'un être cher n'était plus une idée lointaine, mais devenait une réalité quotidienne. Petit à petit, avec le temps, la blessure s'est cicatrisée et le cimetière est passé du statut de lieu de douleur à celui de lieu de souvenir, voire d'espérance. Grands-parents, tantes et oncles se joignent à eux chaque 1er ou 2 novembre pour réfléchir en famille sur le passage de la mort et la séparation d'avec des êtres chers.

La personne disparue peut aussi devenir un intercesseur au Ciel pour la famille. A l'exemple de Francine et de Laurent, qui ne cessent de penser et de prier pour leur fille Emilie, disparue dans sa première année il y a plus de dix ans. «Même si elle est au Ciel, Emilie fait encore partie de la famille», précisent les deux.

Naissance à la «vraie» vie

D'autres peuvent aussi vivre très profondément la fête des défunts sans aller au cimetière. Nos morts ne sont pas au cimetière, ils sont en Dieu, souligne Antoinette qui a une grande dévotion en sainte Thérèse. Elle s'inspire beaucoup des mots de la sainte: «Je ne meurs pas, j'entre dans la vie.» Antoinette se dit prête à rejoindre l'autre monde. Pour elle, «la mort n'est pas une fin, mais un passage. Elle est la porte qui s'ouvre sur la plénitude de la joie et de l'amour. La mort est naissance à la vraie vie».

Sandra Potié

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