Réminiscence


Un journal pour Roche-Brunes
à encourager

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Christian Némorin, nouveau venu dans le monde des Lettres mauriciennes, déjà salué par la critique pour ses deux premières œuvres parues à ce jour, Mille petits quotidiens à l'île Rodrigues (août 2006) et Le marché aux pommes (2007), fait parvenir à La Vie Catholique, un exemplaire de son Trident, trimestriel de la région de Roches-Brunes.

Ce dernier se présente comme un tabloïd de huit pages, illustrées de clichés en noir et blanc. C'est dire que la rédaction, celle provisoire pour ce lancement et celle à venir pour que perdure l'initiative, dispose d'un espace suffisant pour commencer une belle aventure d'information régionale.

L'impression est assurée par Tek Graphico Co Ltd et la rédaction par Vidya Surrun, Cadresse Armoogum, Emilie et Christian Némorin. L'adresse donnée est le 8, avenue Chady, Roche Brunes (à toucher de l'école gouvernementale de cette localité). On peut la contacter au 465 6279 ou encore à l'adresse e-mail : cnemorin@intnet.mu. Elle attend d'ailleurs vos suggestions, réflexions, courrier et photos.

Information régionale

L'importance d'une démocratie régionale, vécue au ras des pâquerettes, dans notre quotidien, et son corollaire, une information régionale, permettant à ceux, qui le désirent, d'être tenus au courant des avancées, comme des reculs, de l'espace local de liberté et de responsabilité, qui nous est autant précieux que l'air que nous respirons et que l'eau, dont nous ne saurions nous passer, à longue échéance, sans nous assécher et nous étioler, est telle que nous ne pouvons que nous réjouir hautement d'une si louable initiative.

Nous devons admettre qu'autant avons-nous sujet à nous louer de la vitalité, dont fait preuve, au niveau national, notre presse parlée et écrite, et, au sein de laquelle, notre Vie Catholique tient un rôle prépondérant, autant la presse régionale est quasiment inexistante à l'île Maurice. Je dis bien «île Maurice» et non pas «Maurice», autrement dit territoire mauricien comprenant aussi Rodrigues, Agaléga et les archipels Cargados Carajos (Saint-Brandon) et Chagos (que les Britaniques nous ont volé et que les Etats-uniens recèlent, à l'encontre de plusieurs conventions onusiennes).

Avance rodriguaise

La presse régionale n'existe quasiment pas à l'île Maurice mais nous devons savoir, à notre grande honte d'ailleurs, que Rodrigues, avec ses 35 779 habitants (recensement du 2 juillet 2000), compte plusieurs hebdomadaires dont Le Nouveau Rodriguais, journal de l'Organisation du peuple de Rodrigues, Le Vrai Rodriguais, La Tribune et Ici Rodrigues. Nous savons les Rodriguais très en avance sur nous, Mauriciens, en matière de démocratie régionale et d'autonomie. Nous devons avouer aussi un retard, qui ne nous fait guère honneur, en matière de presse régionale.

Que l'Assemblée régionale et autonome de Rodrigues soit désormais à des années-lumière d'avance sur nos conseils municipaux et de districts, invisibles et inaudibles ou presque, voilà qui ne fait de doute à toute

personne sensée.

Il suffit de savoir que, chaque semaine ou presque, le Journal télévisé de notre MBC juge utile de nous informer des décisions prises, semaine après semaine, par l'Assemblée régionale rodriguaise, tandis que nous pouvons compter sur les doigts d'une seule main les rares fois où ce média estime nécessaire de nous faire part des décisions prises par nos conseils municipaux et district. A croire qu'ils sont, comme la Belle au Bois Dormant, plongés dans un sommeil cataleptique. Faut dire qu'ils ne disposent pas, comme Rodrigues, de l'équivalent régional et très localisé de notre Conseil des ministres national et central.

Si cette absence, à l'île Maurice, d'instance décisionnaire autonome au niveau de nos collectivités locales, relève davantage de nos dirigeants politiques que des simples citoyens, que nous sommes, encore qu'il ne soit pas interdit à nos conseillers municipaux et de districts de suppléer aux carences imaginatives de nos ministres comme de notre ministère des Administrations régionales, cette excuse n'est, en revanche, plus valable en ce qui concerne l'absence quasi-totale de toute presse régionale à l'île Maurice. Il est tout simplement honteux qu'aucun de nos districts et municipalités, faisant entre 60 587 (Rivère-Noire) et 127 855 habitants (Port-Louis), ne puisse apparemment se glorifier de disposer d'une publication authentiquement régionale, pouvant adéquatement informer ses citoyens sur ce qui se passe autour d'eux.

Paroisses mal loties

Nos paroisses ne sont pas mieux loties, apparemment. Certaines ne croient carrément pas qu'un journal paroissial, digne de ce nom, et authentiquement informatif et lisible, puisse être un outil d'évangélisation et de conscientisation de rêve. Nos journaux paroissiaux naissent, vivent, grandissent, s'étiolent, meurent, ressuscitent, meurent de nouveau, dans une indifférence affligeante. Ceux qui survivent se contentent trop souvent, quand ils existent, d'une distribution ou d'une vente, à la sortie des
messes. Rares sont nos paroisses, osant mettre en vente leurs publications, chez les marchands de journaux de la localité, les rendant du même coup accessibles aux non chrétiens, trop heureux de pouvoir enfin disposer de ces miettes d'informations chrétiennes, évangélisatrices et paroissiales, tombant de nos saintes tables.

Pour en revenir au Trident de Christian Némorin, disons que le contenu est loin d'être insignifiant mais aussi loin d'être parfait car il manque, peut-être, des informations régionales indispensables qu'un journalisme régional de base (les fameux localiers d'antan) pourrait fournir en avalanche, rendant du même coup la publication encore plus intéressante et instructive. Le Trident a au moins le mérite d'exister. En plein désert, une goutte de rosée sur un caillou suffit à faire renaître l'espoir. Ne boudons donc pas une telle manne.

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